Présidence du CIO : David Lappartient entend replacer le sport au cœur des réflexions

Président du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF), David Lappartient se rêve aujourd’hui en successeur du Baron Pierre de Coubertin, seul et unique dirigeant tricolore à avoir présidé le Comité International Olympique (CIO) depuis sa création en 1894. Un défi de taille pour celui qui siège au sein de la vénérable institution depuis 2022.

David Lappartient lors de la présentation de sa candidature à la présidence du CIO, le 30 janvier 2025 à Lausanne, Suisse (Crédits – IOC / Greg Martin)

Et si après le CNOSF, David Lappartient parvenait à s’installer dans le fauteuil de Président du CIO ?

Après plusieurs semaines de campagne, le leader du sport français sera fixé ce jeudi 20 mars 2025, jour où le nouveau patron de la Maison Olympique sera désigné par ses pairs. Certes, les pronostics penchent davantage depuis le départ de la course pour ses concurrents directs que sont Juan Antonio Samaranch Jr., Sebastian Coe et Kirsty Coventry. Il n’empêche, le profil de David Lappartient coche au moins pour partie les cases de présidentiable.

Âgé de 51 ans, et titulaire d’un diplôme d’ingénieur de l’École Spéciale des Travaux Publics (ESTP) à Paris, il s’est progressivement construit un double engagement, dans l’univers sportif d’une part, et dans la sphère politique d’autre part. Deux terrains sur lesquels David Lappartient a pu et su s’exprimer au fil des ans.

Passionné d’athlétisme, de football, de handball, il s’est surtout distingué par son attachement au cyclisme en devenant d’abord Président du Vélo Sport de Rhuys entre 1997 et 2007, avant de prendre par la suite la tête de la Fédération Française de Cyclisme de 2009 à 2017, année où la consécration survint.

Après quatre ans à la présidence de l’Union Européenne de Cyclisme (UEC), David Lappartient accède en effet à la fonction de Président de l’Union Cycliste Internationale (UCI), instance au cœur de laquelle il a eu l’occasion d’insuffler une nouvelle dynamique.

Dépassant le seul cadre du cyclisme, l’engagement sportif de David Lappartient s’est aussi traduit par sa présence comme membre du Conseil d’administration du CNOSF de 2009 à 2017, quelques années avant de faire part de son intérêt pour la présidence de l’organe chargée de superviser les préparatifs d’accueil des Jeux d’été de Paris 2024.

A la tête du CNOSF depuis 2023, David Lappartient a dès lors été en mesure de livrer lesdits Jeux, tout en accompagnant l’émergence de la candidature des Alpes françaises pour les Jeux d’hiver de 2030. Deux événements importants qui ont contribué à asseoir encore davantage sa posture de leader.

En parallèle, celui qui a présidé le Comité d’Organisation du Grand Prix de Plumelec-Morbihan (2006-2020) a également tracé son sillon sur le terrain politique.

Acteur local et régional aux multiples casquettes – ce qui a pu lui être reproché ces dernières années par ses détracteurs – il a de fait été Maire de Sarzeau (2008-2021), Président de la Communauté de Communes de la Presqu’île de Rhuys (2014-2016), Conseiller Général (2011-2015) puis Départemental du Morbihan et ce, avant de prendre la présidence dudit Conseil à compter du 1er juillet 2021.

Installé au CIO depuis 2022, soit une date d’entrée parmi les plus récentes des sept candidats à la présidence, David Lappartient a depuis pris les commandes du Groupe de liaison de l’institution sur l’e-sport et les jeux vidéo et de la Commission sur l’e-sport, tout en étant membre de la Commission Engagement numérique et Communication marketing.

Couverture du document de candidature de David Lappartient à la présidence du CIO

Cette présence somme toute limitée – surtout en considérant le parcours olympique de certains de ses rivaux – constitue indéniablement un écueil pour le dirigeant tricolore qui s’est attaché à présenter un dossier de candidature d’une grande densité (50 pages) et qui s’appuie sur ses fonctions au sommet d’un Comité National Olympique et d’une Fédération Internationale.

Dans ce document de candidature, David Lappartient égrène les priorités de son éventuelle présidence au travers de 30 engagements, conscient des enjeux et autres défis que doit affronter le CIO après le double mandat de Thomas Bach qui a su préserver la Maison Olympique du tumulte des crises, que ce soit la pandémie mondiale de Covid-19, les tensions avec la Russie entre dopage et guerre en Ukraine, ou encore les escarmouches plus ou moins féroces en direction notamment de la Fédération Internationale de Boxe (IBA), sans compter aussi les réformes d’ampleur menées depuis 2013.

Pour David Lappartient, plusieurs axes doivent dès lors être suivis pour adapter le CIO aux futurs challenges.

Le leader français entend ainsi renforcer le rôle des membres de l’institution. Une position qu’il partage avec d’autres prétendants, chacun étant soucieux de redonner la parole et surtout le pouvoir de décision aux membres composant la Session du CIO qui ne saurait être une simple Chambre d’enregistrement.

Ainsi qu’il l’énonce avec la volonté de se démarquer de l’orientation prise sous la présidence actuelle :

Naturellement, un processus de décision est défini et la Commission Exécutive dispose de prérogatives propres, mais il semble important que la Session du CIO puisse rester un lieu de débat et de décision qui ne soit pas uniquement centré sur l’écoute de rapports, fussent-ils de grande qualité.

Pour rendre le fonctionnement interne plus efficace, David Lappartient préconise en outre de réduire tant le nombre de Commissions que le contingent des membres composant lesdites Commissions. Il porte également l’objectif d’atteindre la parité parmi les membres d’ici 2036 au plus tard, et de renforcer la place des athlètes dans le collège électoral olympique.

Concernant les athlètes justement, le candidat tricolore veut garantir l’égalité des chances, évoquant ouvertement le fait que le sportif doit primer sur le matériel et proposant en ce sens l’établissement d’un document d’orientation avec le concours des athlètes et des Fédérations Internationales. Dans le même esprit, David Lappartient entend poursuivre l’effort global apporter aux réfugiés et aux déplacés, en particulier au travers de la Refugee Olympic Team.

La protection des athlètes, la lutte contre la manipulation des compétitions et contre le dopage, et un renforcement de la médiatisation des sports sont également des engagements-clés du dirigeant français qui compte en outre s’appuyer sur une coopération maintenue et même renforcée entre le CIO et le Comité International Paralympique (IPC).

Sur le plan des Jeux Olympiques – événement-phare du CIO – David Lappartient ne compte pas insuffler de bouleversement capital, étant surtout désireux de maintenir le caractère unique du rendez-vous sportif quadriennal.

Néanmoins, il souhaite que le CIO engage une réflexion quant à un meilleur équilibre entre les continents – soit le retour de la règle tacite de rotation entre chaque édition – et qu’il envisage aussi dans un avenir plus ou moins proche l’attribution des Jeux Olympiques sur des continents ou des régions où ces derniers ne se sont jamais tenus, ouvrant ici grand la porte à l’Afrique.

La question des Jeux d’hiver doit elle-aussi faire l’objet d’une réflexion à l’heure où les répercussions du changement climatique réduisent le potentiel organisationnel à travers le monde.

Le respect de la nature et de l’environnement et la conciliation des enjeux sociaux et économiques sont par ailleurs évoqués par David Lappartient dans sa feuille de route pour favoriser un sport durable au service de l’action climatique, la défense des valeurs olympiques et la réaffirmation de l’autonomie et de la neutralité politique du CIO figurant elles-aussi parmi les priorités, de même que l’engagement vers une digitalisation accrue de l’Olympisme, passant à la fois par le développement de l’e-sport et l’utilisation de l’Intelligence Artificielle (IA) au sein du Mouvement olympique.

Pour le Mouvement olympique dans son ensemble, le candidat propose de poursuivre les efforts de gouvernance en s’inspirant de la démarche formulée par Thomas Bach dès sa prise de fonction en 2013 avec la promesse de l’Agenda 2020.

David Lappartient propose ainsi d’élaborer un Agenda 2036 pour fixer les grandes orientations du Mouvement olympique pour les dix prochaines années et ce, à l’aune d’un dialogue renforcé avec toutes les parties prenantes dudit Mouvement et en considérant les divers défis à surmonter sur les années à venir.

Un tel chantier serait à conduire parallèlement à une réflexion autour de la consolidation de la stratégie financière du CIO et d’un renforcement des relations avec les acteurs sportifs, tenant notamment aux organisations représentatives et reconnues comme l’Association des Comités Nationaux Olympiques (ANOC) ou World Olympians Association.

David Lappartient, Président du CNOSF, mardi 07 novembre 2023 (Crédits – CNOSF / KMSP)

L’élection de David Lappartient à la tête du CIO interviendrait en tout cas à un moment charnière.

Moins d’un an après la tenue des Jeux d’été de Paris 2024 et moins de cinq ans avant l’orchestration des Jeux d’hiver des Alpes françaises 2030, la France se retrouverait dans une situation sans précédent avec, outre David Lappartient à la présidence du CIO, un contingent inédit de membres actifs – Guy Drut, Jean-Christophe Rolland, Martin Fourcade, Tony Estanguet – qui en ferait par conséquent la nation la plus représentée au sein de l’institution olympique, devant les États-Unis, le Royaume-Uni ou encore l’Italie.

L’arrivée de David Lappartient aux manettes du CIO représenterait de surcroît une première pour un dirigeant français depuis un certain Pierre de Coubertin qui, acteur de la rénovation des Jeux et de l’instauration du CIO, fut à la direction de ce dernier entre 1896 et 1925.


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