JO 2032 : Pour son projet, l’Inde veut se donner du temps

Intéressée par l’échéance des Jeux Olympiques et Paralympiques d’été de 2032, l’Inde entend profiter de l’absence de calendrier électoral et de la nouvelle phase de dialogue mise en place par le Comité International Olympique (CIO) pour avancer à son rythme.

Portrait de Narinder Batra, Président du Comité Olympique de l’Inde et membre du Comité International Olympique (Crédits – CIO / Greg Martin)

Alors que le Queensland (Australie) a choisi de faire son retour dans l’arène des Jeux en cette fin d’année 2020, l’Inde de son côté préfère se laisser du temps pour réfléchir et élaborer au mieux un projet.

De fait, dans une interview accordée ce week-end au quotidien The New Indian Express, le Président de l’Association Olympique Indienne (IOA), Narinder Batra, a rappelé tout à la fois l’intérêt du pays pour l’organisation prochaine d’une édition des Jeux d’été et l’importance de la nouvelle procédure destinée aux candidatures, sans négliger par ailleurs la crise liée au Covid-19.

Comme il l’a ainsi affirmé :

Pour 2032, il n’y a pas d’appel d’offres. Ce système est terminé. Nous sommes en contact. Nous avons exprimé notre intérêt. Puis le Covid-19 est arrivé et tout est passé à l’arrêt. Nous aurons une réunion au cours du premier trimestre de l’année prochaine. Non seulement pour les Jeux Olympiques, mais aussi pour d’autres événements.

Les Jeux Asiatiques de 2032 ne sont plus disponibles contrairement aux Jeux du Commonwealth de 2030. Vous devez obtenir quelque chose si vous voulez que les gens soient impliqués.

L’idée d’une double candidature de l’Inde n’est pas nouvelle.

Le pays, après avoir accueilli dans la tourmente les Jeux du Commonwealth en 2010 avait ainsi pensé à mettre sur les rails une candidature pour des Jeux d’été, misant un temps sur 2024 avant que le CIO ne lui conseille toutefois d’attendre. Récemment, Narinder Batra avait évoqué la possibilité de focaliser l’ambition indienne sur les Jeux Olympiques de la Jeunesse de 2026 et sur les Jeux d’été de 2032 en faisant déjà le constat lucide de l’impact du contexte sanitaire.

En mai dernier, celui qui est devenu membre du CIO à l’été 2019, avait sur ce point déclaré :

[La candidature] est un projet au long cours qui n’avancera pas, je pense, jusqu’en décembre.

Ce n’est pas le moment de parler d’une candidature olympique avec de grands groupes ou avec l’État. Il faut d’abord trouver comment résoudre ce problème [l’épidémie de Covid-19] qui concerne le monde entier.

Les anneaux olympiques devant la Maison Olympique à Lausanne (Crédits – CIO / Christophe Moratal)

Pour l’Inde, l’ambition d’accueillir les Jeux demeure donc intacte, même si le chemin est encore long pour pouvoir rivaliser avec d’autres territoires aujourd’hui engagés dans la phase de dialogue du CIO.

Surtout, il ne faudrait pas oublier le fait que l’un des défis de l’Inde repose sur le développement de la performance sportive de ses athlètes mobilisés dans le cadre des Jeux. Car malgré une démographie qui en fait le deuxième pays le plus peuplé de la planète, avec quelques 1,3 milliard d’habitants, l’Inde reste un nain sportif, à l’extrême opposé de son rival chinois qui a accueilli les Jeux d’été en 2008 et qui se prépare désormais à recevoir les Jeux d’hiver en 2022.

Pour exemple, la délégation indienne ayant fait le déplacement à Rio lors des JO 2016 n’avait remporté que deux médailles (une en argent et une en bronze), un score bien en deçà des résultats obtenus quatre ans plus tôt, soit six breloques (deux en argent et quatre en bronze).

Aussi, Narinder Batra espère que les prochaines échéances olympiques pourront permettre d’accroître le potentiel des athlètes indiens.

Les Jeux de Paris 2024 sont d’ailleurs perçus comme une priorité par le leader de l’IOA afin de tenter de glaner de meilleurs résultats dans des sports individuels comme l’athlétisme, la natation, mais encore le cyclisme ou la gymnastique. Cette quête de visibilité sportive devra en tout cas nécessairement s’accompagner d’un vaste plan national comprenant l’aménagement d’équipements sportifs performants pour faciliter la formation et l’entraînement des athlètes.

Sur ce dernier point, la détection de jeunes talents constitue un autre défi majeur pour les autorités du pays. En 2015, le Président du CIO n’avait pas manqué de soulever cet élément-clé, intrinsèquement lié à la force démographique de l’Inde.

Comme l’avait ainsi exprimé Thomas Bach :

Il faut exploiter l’énorme potentiel que représente la population au nombre de 1,2 milliard de personnes, dont 80 millions sont des jeunes.

La jeunesse est l’un des trois piliers de l’Agenda 2020 et c’est là un exemple concret de la manière dont nous pouvons vous aider.

Thomas Bach, Président du Comité International Olympique, et Narendra Modi, Premier Ministre de l’Inde, le 27 avril 2015 (Crédits – CIO)

Dès lors, 2032 et les autres événements désirés par l’Inde – Jeux du Commonwealth ou Jeux Olympiques de la Jeunesse – pourraient représenter un prétexte, servant in fine de tremplin en vue d’une candidature à une échéance plus lointaine, peut-être plus réaliste.

2036 ou 2040 serait ainsi davantage à la portée du pays, laissant à ce dernier le temps utile à la mise en œuvre d’une politique sportive, couplée à une dynamique économique, sociale, environnementale et territoriale.

Laisser un commentaire