JO 2032 : Un référendum pour valider la candidature allemande

Au cours des dernières années, l’ambition olympique allemande a été contrecarrée par une opinion publique soucieuse des dépenses engendrées par la tenue des Jeux. Aujourd’hui, alors que le Comité Olympique (DOSB) est engagé dans une réflexion concernant la présentation d’un projet pour 2032, les sondages et surtout la mise en place d’un référendum seront deux éléments-clés à prendre en considération.

(Crédits – Rhein Ruhr City 2032)

Avant Pékin 2022, l’Allemagne avait espéré devenir le premier territoire hôte, dans une même ville, des Jeux d’été et d’hiver.

En présentant la candidature de Munich 2018, le DOSB prétendait en effet à inscrire le nom de la cité bavaroise au Panthéon olympique avec l’organisation de l’événement hivernal, 46 ans après le déroulement des Jeux d’été, et la mobilisation d’une partie des sites hérités de cette Olympiade. Néanmoins, des tensions locales exprimées dans le secteur de Garmisch-Partenkirchen mais surtout la redoutable concurrence exprimée par PyeongChang (Corée du Sud) alors candidate pour la troisième fois consécutive, auront eu raison de cette aventure.

Peu après, un projet similaire fut proposé par le DOSB dans l’optique des Jeux d’hiver de 2022. Comme pour la précédente candidature, le dossier allemand reposait sur des fondamentaux pensés autour de deux pôles distincts : les épreuves de glace à Munich, au sein du Parc Olympique des JO 1972, et les épreuves de neige autour de Garmisch-Partenkirchen, hôte des Jeux d’hiver en 1936.

Pour assurer la pérennité du projet, les autorités allemandes décidèrent d’organiser un référendum – à Munich et dans les territoires associés – à la date du 10 novembre 2013, soit quatre jours avant la deadline pour le dépôt des lettres d’intention auprès du Comité International Olympique (CIO).

En dépit des arguments déployés par les partisans d’une candidature, la ténacité des opposants, forts d’une communication ciselée, aura finalement fait basculé le destin de Munich 2022 et rebattu par la même occasion l’ensemble du processus des candidatures olympiques pour 2022 qui, au bout du compte, s’est soldé par le maintien de seulement deux prétendantes, à savoir Almaty (Kazakhstan) et Pékin (Chine). Cela fera par la suite dire au Président du DOSB que Munich aurait pu avoir « la victoire servie sur un plateau d’argent ». Comme un goût amer.

Affiche de campagne des partisans et des opposants à la candidature de Munich 2022

Sans doute conscient de la difficulté de continuer, au moins pour un temps, une quête des Jeux d’hiver vouée à l’échec dans un contexte local tendu et avec les polémiques émergents des préparatifs des Jeux de Sotchi 2014, le DOSB décida dès lors de rebondir sur les Jeux d’été et ce, dans la perspective d’obtenir une édition 2024 également placée dans le viseur de la France, de l’Italie, de la Hongrie et des États-Unis.

Aussi, après un examen des dossiers internes, l’institution allemande se prononça en mars 2015 à l’unanimité en faveur du projet développé par la ville portuaire de Hambourg, avec le concours de Kiel pour les épreuves de voile, au détriment du projet de la capitale fédérale Berlin.

L’originalité du concept et l’audace de la communication des partisans de Hambourg 2024 – qui avaient déployé moult initiatives pour promouvoir le projet – auraient pu séduire au-delà des frontières allemandes, le CIO souhaitant à l’époque surfer sur la dynamique de l’Agenda 2020 et des nouvelles opportunités offertes aux Villes Candidates. Mais si le projet avait ses forces, les faiblesses furent aussi bien présentes. De fait, en amont d’un référendum décisif, le dévoilement des éléments budgétaires du projet de Hambourg 2024 a peu à peu conduit à l’inversement d’une courbe sondagière jusqu’alors favorable. In fine, l’approbation du projet à Kiel ne pu contrebalancer le résultat tant redouté du côté de Hambourg, résultat qui se solda par la victoire du « Nein » à la candidature.

Visuel des trois principaux équipements sportifs de Kleiner Grasbrook, avec de gauche à droite, le Centre Aquatique, le Stade Olympique et la Halle Olympique (Crédits – Hambourg 2024 / Visualisierungen HH Vision, Luftbilder Matthias Friedel)

Malgré ces déconvenues successives – auxquelles il convient d’ajouter aussi les projets infructueux de Berlin 2000 et de Leipzig 2012 – le DOSB ne semble pas avoir renoncé à son ambition. De fait, si Berlin a un temps songé à développer un projet pour 2036, le positionnement actuel de l’instance olympique penche davantage en faveur d’une candidature régionale basée sur la Rhénanie du Nord-Westphalie, Land le plus prospère du pays.

Se voulant en phase avec les nouvelles exigences olympiques – Agenda 2020 et Nouvelle Norme – le concept pensé par Michael Mronz, homme d’affaires de Cologne et Directeur Général de l’association Aachen-Laurensberger Rennverein e.V qui organise le Concours hippique international d’Aix-La-Chapelle, repose sur les infrastructures présentes dans une dizaine de villes, parmi lesquelles Düsseldorf, Cologne et Dortmund.

Dès le mois de juillet 2017, Michael Mronz avait évoqué la perspective d’une candidature inédite dans sa configuration. Comme il l’avait alors exposé :

C’est un marathon que nous avons débuté.

Si vous n’allez pas sur la ligne de départ, vous ne pouvez pas gagner. Si nous voulons inspirer la population avec les Jeux Olympiques, nous devons nous éloigner du gigantisme.

De gauche à droite, Michael Mronz, initiateur du projet de candidature de la Rhénanie du Nord-Westphalie ; Veronika Rücker, Directrice Générale du DOSB ; Armin Laschet, Premier Ministre de la Rhénanie du Nord-Westphalie ; et Thomas Bach, Président du CIO, vendredi 08 mars 2019 à Lausanne (Crédits – Michael Mronz / Compte Twitter officiel)

Aujourd’hui, en dépit de la crise sanitaire liée au Covid-19, les porteurs du projet entendent accélérer le pas et la mise en œuvre d’une candidature jusqu’à présent perçue comme outsider face au dossier australien conçu autour de la ville de Brisbane et de la région du Queensland.

Il n’empêche, outre l’apport de précisions au niveau logistique, le projet allemand doit encore obtenir l’appui des citoyens de Rhénanie du Nord-Westphalie. Pour y parvenir, Michael Mronz entend dès lors assurer la tenue d’un référendum pour sécuriser le projet et donner à ce dernier une assise populaire.

Comme il l’a fait savoir la semaine dernière au cours d’une conférence de presse :

Il serait logique de lancer un référendum en 2021 ou au plus tard au début de 2022. Dans les semaines à venir, nous discuterons des modalités avec les responsables politiques locaux.

Bien que l’issue d’une telle consultation soit toujours incertaine – d’autant plus lorsqu’il s’agit de la problématique des Jeux et les exemples sont nombreux en ce sens – le contexte d’un projet de dimension régionale pourrait in fine changer la donne.

En effet, avec une candidature aux contours géographiques plus larges, les coûts pourraient être divisés entre les différentes parties, tandis que les aménagements nécessaires seraient limités en raison des équipements existants ou temporaires dans les 14 villes mobilisées. La phase de dialogue instaurée par le CIO à l’égard des territoires intéressés par les Jeux est également un point non-négligeable pour affiner le projet et pour estomper les critiques.

Quoiqu’il en soit, la construction du projet régional devra nécessairement tenir compte des écueils de la candidature avortée de Hambourg 2024.

Il faut dire que malgré ses atouts, cette candidature comportait nombre d’installations majeures à construire – Stade Olympique, Centre Aquatique, Village des Athlètes, etc. – avec un package budgétaire conséquent de 12,35 milliards d’euros à répartir entre les aménagements destinés aux Jeux et la régénération globale du secteur portuaire.

A l’époque de la candidature, les dépenses liées à la seule préparation des Jeux (2017-2024) furent ainsi estimées à 11,218 milliards d’euros, dont 3,631 milliards uniquement consacrés aux sites sportifs et au Parc Olympique de Kleiner Grasbrook. En outre, sur l’ensemble du chiffrage, la part incombant aux contribuables fut présentée à 7,4 milliards d’euros, dont 1,2 milliard à la charge exclusive de la Ville de Hambourg. Un élément qui a incontestablement pesé dans les résultats du référendum de l’automne 2015 et dans le désaveu alors infligé par les citoyens de Hambourg.

Concept olympique préliminaire développé par la candidature de Rhénanie du Nord-Westphalie (Crédits – Rhein Ruhr City 2032)

Cette expérience ayant laissé des traces, le DOSB, mais plus encore les équipes de Michael Mronz souhaitent aujourd’hui mettre toutes les chances de leur côté pour viabiliser un projet qui serait en capacité de rivaliser avec les candidatures du Queensland, mais aussi de l’Indonésie, de l’Inde, du Qatar, voire de la Chine.

A ce jour, l’opinion publique semble en tout cas enthousiaste à l’idée d’un tel projet.

Selon une enquête menée par l’institut « Infratest dimap » en janvier et février 2020 et publiée il y a peu sur le site officiel du DOSB, entre 76 et 88% des citoyens des potentielles villes candidates de Rhénanie du Nord-Westphalie se disaient favorables à un projet régional, ce dernier ne nécessitant que peu d’aménagements (90% de sites existants ou temporaires).

L’organisation prochaine d’une consultation populaire pourrait dès lors venir conforter l’initiative de Michael Mronz et donner une dynamique nouvelle au projet.

La crise sanitaire pourrait toutefois avoir un impact et des répercussions à court et moyen terme sur cette ambition, tout comme la possible mobilisation des opposants aux Jeux qui fut redoutable dans le cadre des précédentes candidatures allemandes.

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