Tribune – Vikash Dhorasoo : « Face au défi climatique, éteignons à Paris la flamme olympique ! »

Dans le cadre des élections municipales des 15 et 22 mars, l’ancien footballeur Vikash Dhorasoo s’est allié avec Danielle Simonnet pour conduire un ensemble de listes citoyennes sous la bannière « Décidons Paris ! »

Aussi, à moins de 15 jours du premier tour de scrutin, Vikash Dhorasoo a souhaité prendre la parole sur le terrain des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024. Au travers d’une tribune adressée à « Sport & Société », il évoque notamment les failles du modèle olympique et expose son souhait de faire appel aux citoyens parisiens pour annuler la tenue de l’événement en France.

(Crédits – Vikash Dhorasoo)

Les Jeux Olympiques (JO), dont les premières règles ont été formalisées il y a près de 2 500 ans, représentent aujourd’hui l’idée d’un loisir et de partage d’une passion commune à travers le monde.

On peut spontanément croire que l’accueil des JO à Paris en 2024 est une bonne nouvelle. C’est a priori l’occasion d’organiser une belle fête populaire et d’assurer des retombées économiques intéressantes. Néanmoins, après réflexion, trois critiques peuvent être apportées : la première sur le plan socio-économique, la seconde est de nature écologique, la dernière est démocratique.

L’octroi des Jeux Olympiques, une malédiction économique ?

L’économiste Wladimir Andreff a popularisé l’expression de « malédiction du vainqueur » en parlant d’un État qui obtiendrait l’organisation d’une compétition sportive. D’un point de vue économique, l’économiste Alexandre Delaigue avait résumé la situation avec la boutade suivante : « Quand on vous dit les JO vont coûter 10 milliards et vous rapporter 15, il faut comprendre qu’ils vont coûter 30 et rapportez 5 ». Nous pouvons en effet remarquer que presque systématiquement, les dépenses sont plus élevées que prévues et les recettes plus faibles qu’espérées.

Des dépenses souvent sous estimées

Le budget pour les jeux olympiques est souvent revu à la hausse.

L’exemple le plus éclairant est celui des JO de Pékin de 2008. Budget initial : 2,6 milliards d’euros. Il a ensuite été multiplié par 12 atteignant ainsi la somme totale de 31 milliards d’euros. Le record en la matière est cependant encore aujourd’hui détenu par les JO d’hiver de Sotchi de 2008 avec une enveloppe de dépenses estimée à 36 milliards d’euros. Reconnaissons cependant que si les JO de Sotchi ont été si chers, c’est parce qu’ils ont été bâtis à partir de rien, la région connaissant de grandes lacunes d’infrastructures.

Or, il est vrai que la France dispose déjà d’infrastructures, Paris ne devrait donc pas voir sa facture s’envoler… Quoique. Difficile de ne pas faire de comparaison avec nos voisins britanniques.

Également pourvu d’équipements de qualité, Londres avait vu ses dépenses doubler pour les JO de 2012 : 12 milliards d’euros de dépenses contre 6 milliards prévus initialement. Le passé le prouve : les frais engagés sont souvent sous-estimés en public, notamment sur la question de la sécurité, pour que le dossier de candidature soit plus satisfaisant.

Autre quasi-constante : Une fois l’euphorie de la compétition passée, les équipements sportifs sont peu utilisés par la population. Quel est donc l’intérêt de construire des équipements à grands coups de milliards sachant qu’ils ont un usage éphémère ? Des dépenses certaines pour un usage unique relève l’inspection générale des finances (IGF) qui prévoit un déficit d’exploitation de la piscine olympique de Saint-Denis de 500 000 euros par an.

Concrètement, les autorités construisent un stade nautique de 7 hectares à Saint-Denis alors qu’il n’y a non seulement pas assez de bassins écoles et que la moitié des collégiens ne savent pas nager. Cet argent n’aurait-il pas pu être mieux utilisé ? Relevons d’ailleurs que les infrastructures olympiques ne sont guère utiles à la population : je n’oublie pas que je n’ai pas eu besoin d’un stade olympique pour devenir footballeur, un terrain vague en bas de mon immeuble puis un stade municipal dans ma cité de Caucriauville ont suffit.

De piètres recettes

Mais rassurez-vous, les partisans de l’organisation des JO l’affirment : même si l’investissement est plus coûteux que prévu, les États organisateurs restent gagnants car les recettes sont très importantes grâce à la billetterie ou encore au tourisme.

Problème : aucune étude ne le prouve.

Mis à part les Jeux de Los Angeles de 1984, tous ont été déficitaires. Les contribuables paient des années après l’organisation des JO parfois jusqu’à 30 ans après comme ce fut le cas notamment à Montréal (JO de 1976 dont la dette a fini par être épongée en… 2006).

En réalité, « Les gagnants des Jeux sont les grandes entreprises du BTP, qui ont également intérêt à ce que les membres du CIO votent pour des projets pharaoniques », souligne W. Andreff.

Enfin, si le tourisme est un argument, il ne tient pas toujours. On constate en réalité un effet d’éviction. Les touristes qui viennent pour les JO dissuaderont d’autres touristes de venir durant cette même période : c’est ce qui est arrivé à Athènes en 2004 où les recettes touristiques annuelles ont baissé.

En 2016, en France, nous savons que le Championnat d’Europe de football, plus communément appelé « l’Euro », n’a pas été très rentable. Et pour cause : la France exonéré l’UEFA et la FFF d’impôt sur les bénéfices, de cotisations sociales et de taxe d’apprentissage pour l’organisation de cet événement. Ces dispositions fiscales spéciales s’appliqueront également pour les JO 2024, ce qui pose manifestement la question de l’égalité devant l’impôt.

Les JO à Paris, une aberration écologique et démocratique

Les Jeux Olympiques sont également un véritable danger pour la planète. C’est pourquoi nous proposons de faire voter les citoyens pour discuter de l’opportunité de maintenir cet événement.

« Des Jeux Olympiques verts », expression oxymorique

Alors que les principaux experts en la matière s’accordent à dire que l’urgence est à la fois sociale, économique et environnementale, l’organisation des JO fait fi de l’écologie.

Danielle Simonnet, Frédéric Viale, Alice Le Roy, Mathilde Panot et Sergio Coronado ont récemment souligné que dans le futur quartier Chapelle-Charbon (18e arrondissement) les espaces verts ont été réduit. De la même manière, l’artificialisation des sols initialement envisagée au détriment du parc de Bercy pour agrandir le Palais omnisport de Bercy (dont le nom a été racheté par AccorHôtel) montre bien la logique profondément anti-écolo des JO. Quel est l’intérêt de cette bétonisation ?

Par définition, les Jeux Olympiques tels que nous les concevons ne respectent pas l’environnement. Les illustrations sont nombreuses : la Tour triangle, l’ajout d’un terminal à l’aéroport de Roissy, alors que nous savons à quel point le trafic aérien est polluant, ou encore l’ouverture en 2024 d’un centre commercial à destination d’un public touristique à la Gare du Nord.

Certains prétendent que des améliorations des transports sont prévues. L’idée est pertinente. il aurait cependant été plus pertinent de réfléchir à un véritable plan transport visant notamment à désenclaver réellement les banlieues et les populations plutôt qu’à garantir que « 85% des athlètes seront à moins de 30 minutes de leur site de compétition ».

Une réponse démocratique : faire appel aux citoyens

Élue en 2014 en se positionnant contre l’organisation des JO, Anne Hidalgo, l’actuelle maire sortante de Paris opère un virage à 180 degrés l’année suivante, probablement sous la pression de François Hollande, alors Président de la République.

Il faut dire que les JO ne jouissent pas d’une popularité débordante dans les villes du monde entier.

Initialement candidates pour accueillir les Jeux en 2024, de nombreuses mégalopoles ont finalement jeté l’éponge sous la pression démocratique : Boston en juillet 2015 après une campagne éclair des anti-JO et suite à des enquêtes d’opinion de plus en plus en négatives ; Hambourg à l’issue d’un référendum organisé en novembre 2015 (650.000 votants, 51,6% pour le Non) ; Rome en septembre 2016 après l’élection d’une maire qui avait fait du refus des JO une promesse de campagne et enfin Budapest en février 2017 grâce à une pétition recueillant 300.000 signatures

Il serait donc judicieux d’un point de vue démocratique de sonder l’avis des Parisiens.

Souhaitent-ils, oui ou non, accueillir les Jeux Olympiques en 2024 ? Les parisiens pourraient dire stop, aux jeux business et vouloir plutôt une fête populaire. En tant que footballeur, j’en sais quelque chose : j’ai participé aux JO 1996 surnommé « les JO Coca-Cola », je suis bien placé pour critiquer cela. Les Parisiens et Parisiennes voudront peut être plutôt qu’on développe le sport pour les habitants et pas pour le « Paris- carte postale » et le « Paris Disneyland ».

Compte tenu des risques économiques, sociaux et environnementaux, les Parisiens pourraient donc, s’ils le voulaient, annuler les JO de Paris par voie référendaire. C’est ce qui est arrivé de l’autre côté de l’Atlantique, en 1972, à Denver qui devait accueillir les JO d’hiver quatre ans plus tard. Reconnaissons le, cette annulation pourrait coûter environ 1 milliard d’euros à l’État du fait de ses engagement vis à vis du Comité International Olympique (CIO).

Cependant, il serait juridiquement possible d’éviter de payer cette somme si la décision était appuyée démocratiquement par le référendum. Mais cette bataille sera à mener dans un second temps, après le combat politique visant à organiser une consultation populaire pour demander l’avis des premiers concernés : les contribuables et citoyens parisiens.

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