JO 2032 : La Rhénanie du Nord-Westphalie avance ses pions

Au cours des trente dernières années, l’Allemagne a connu cinq déconvenues majeures dans son ambition d’abriter à nouveau les Jeux d’été, la dernière édition de l’événement organisée sur le sol allemand remontant aux Jeux de Munich en 1972.

Pour 2000, les autorités sportives et institutionnelles du pays avaient ainsi misé sur Berlin pour incarner l’idéal olympique et paralympique allemand. Malgré les aménagements réalisés en vue des compétitions – à l’initiative notamment de l’architecte français de renom, Dominique Perrault – la capitale s’était toutefois inclinée dès le deuxième tour de scrutin, ne recueillant alors que 9 suffrages, contre 13 pour Manchester (Royaume-Uni), 30 pour Sydney (Australie) et 37 pour Pékin (Chine). La candidature australienne avait par la suite raflé la mise face à la capitale chinoise, remportant le vote au quatrième tour par 45 voix contre 43.

Quelques années plus tard, le Comité Olympique Allemand (DOSB) avait soumis la candidature de Leipzig pour accueillir les Jeux de 2012, mais le rêve allemand n’avait pas convaincu le Comité International Olympique (CIO) qui n’avait même pas retenu le projet parmi la short-list des Villes Candidates.

En lieu et place des Jeux d’été, le DOSB avait par la suite revu ses ambitions en misant davantage sur une candidature aux Jeux d’hiver. Ce fut ainsi le cas avec le projet porté par Munich 2018, projet qui s’était finalement incliné face à la favorite, PyeongChang (Corée du Sud). La cité bavaroise fut à nouveau en course quelques années plus tard, avec cette fois un projet remodelé pour les Jeux de 2022. Les tensions populaires et la tenue d’un référendum à Munich et à Garmisch-Partenkirchen avaient cependant mis un terme au projet qui aurait pourtant pu être d’une redoutable efficacité.

A la suite de ces quatre échecs cuisants, le DOSB avait relancé l’idée d’une candidature aux Jeux d’été avec une sélection interne ayant abouti au choix du projet novateur de Hambourg 2024. Mais à l’image de son précédent projet, le DOSB fut contraint de se retirer de la course après les résultats référendaires négatifs à l’automne 2015.

Aujourd’hui, bien qu’aucune nouvelle échéance ne soit officiellement évoquée, la perspective d’une candidature allemande pour 2032 ou 2036 n’est pas infondée, loin de là. La capitale fédérale, Berlin, envisage ainsi la mise en place d’un projet même si le calendrier adéquat reste à définir.

Présentation du concept de Jeux d’été 2032 en Rhénanie du Nord-Westphalie, en avril 2018 (Crédits – Land NRW / A. Bowinkelmann)

Outre Berlin, un autre concept émerge depuis quelques années maintenant à l’initiative d’élus locaux de Rhénanie du Nord-Westphalie, Land le plus peuplé et le plus riche d’Allemagne.

Ces derniers mois en effet, un pré-projet a vu le jour, notamment grâce à l’investissement de Michael Mronz, homme d’affaires de Cologne et Directeur Général de l’association Aachen-Laurensberger Rennverein e.V qui organise le Concours hippique international d’Aix-La-Chapelle.

Pour ce dernier, une candidature du Land pourrait s’appuyer sur la participation de treize villes et sur la mobilisation d’infrastructures sportives et non-sportives existantes. Lors d’une conférence de presse organisée en juillet 2017, Michael Mronz avait d’ailleurs justifié ce choix d’un projet d’envergure régionale :

C’est un marathon que nous avons débuté. Si vous n’allez pas sur la ligne de départ, vous ne pouvez pas gagner.

Si nous voulons inspirer la population avec les Jeux Olympiques, nous devons nous éloigner du gigantisme.

Ces jours-ci, l’homme d’affaires a pu directement évoquer l’objectif de son projet auprès du Président du CIO.

A Lausanne (Suisse), Thomas Bach s’est en effet récemment entretenu avec Michael Mronz, mais également Armin Laschet, Premier Ministre de la Rhénanie du Nord-Westphalie, et Veronika Rücker, Directrice Générale du DOSB. Après avoir visité le Musée Olympique surplombant le Lac Léman, les deux premiers représentants ont profité de ce déplacement helvète pour exprimer l’intérêt autour du projet de candidature pour les Jeux de 2032.

De gauche à droite, Michael Mronz, initiateur du projet de candidature de la Rhénanie du Nord-Westphalie ; Veronika Rücker, Directrice Générale du DOSB ; Armin Laschet, Premier Ministre de la Rhénanie du Nord-Westphalie ; et Thomas Bach, Président du CIO, vendredi 08 mars 2019 à Lausanne (Crédits – Michael Mronz / Compte Twitter officiel)

Si des précisions devraient être apportées au fil des mois et du développement dudit projet, les grands axes de ce dernier sont déjà établis.

Reposant sur treize villes, dont Cologne, Dortmund et Düsseldorf, le projet pourrait compter sur 80% de sites d’ores et déjà opérationnels ou tout du moins existants, ce qui aurait dès lors le mérite de répondre aux exigences du CIO – via l’Agenda 2020 en particulier – et de gommer les faiblesses de la précédente candidature allemande.

La proposition régionale met notamment en exergue la richesse de ses infrastructures sportives, avec pas moins de vingt-quatre sites d’une capacité supérieure à 3 000 spectateurs et neuf sites d’une capacité allant au-delà de 5 000 spectateurs.

Il conviendrait néanmoins de choisir la ville adéquate pour accueillir le Stade Olympique et le Village des Athlètes, autrement dit, les deux équipements-phares des Jeux. Les trois villes précitées seraient en mesure d’offrir les conditions nécessaires, mais Dortmund pourrait potentiellement avoir un avantage sur ses voisines, avec, à l’heure actuelle, un stade d’une capacité supérieure à celle des enceintes principales de Düsseldorf et Cologne : 65 851 places pour le Signal Iduna Park de Dortmund, contre 51 500 places pour l’Esprit Arena de Düsseldorf et 46 195 places pour le RheinEnergieStadion de Cologne.

Au-delà des questions sportives, la problématique des transports et des temps de trajet entre les treize villes doit encore être affinée, tout comme celle de l’hébergement des officiels et des spectateurs, même si l’offre régionale propose jusqu’à 147 000 chambres d’hôtel, soit largement au-dessus des exigences olympiques (42 000). Un autre élément pourrait aussi peser dans la balance, si d’aventure le projet venait à se concrétiser par un dépôt formel auprès du DOSB : la renommée internationale.

Concept olympique développé par la candidature de Rhénanie du Nord-Westphalie (Crédits – Rhein Ruhr City 2032)

Au cours des dernières années et pour les trois prochaines Olympiades, toutes les éditions des Jeux d’été ont ainsi eu pour incarnation une capitale ou ce qu’il est convenu de dénommer une ville-monde : Sydney 2000, Athènes 2004, Pékin 2008, Londres 2012, Rio 2016, Tokyo 2020, Paris 2024 et Los Angeles 2028.

A l’aune de cette considération, et en imaginant bien sûr l’approbation du DOSB pour une candidature allemande future, les autorités pourraient in fine délaisser le projet régional au profit d’une candidature berlinoise.

La capitale fédérale serait dès lors en mesure de rivaliser avec d’autres villes internationales et conforterait sa position incontournable Outre-Rhin avec ses équipements construits au cours des dernières décennies.

En plus de disposer d’un Centre aquatique et d’un Vélodrome – conçus par Dominique Perrault – Berlin aurait surtout l’avantage de disposer d’un Stade Olympique – construit pour les JO de 1936 et rénové pour la Coupe du Monde FIFA 2006 – et de terrains adéquats pour l’aménagement du Village des Athlètes.

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