JO 2026 : Stockholm fragilisée par le politique et l’opinion publique

Ville Candidate retenue parmi la « short-list » du Comité International Olympique (CIO) pour poursuivre le processus de sélection de la Ville Hôte des Jeux d’hiver de 2026, Stockholm (Suède) se retrouve aujourd’hui dans une délicate position.

Ainsi, en dépit de réels atouts au regard de l’expérience avérée dans l’organisation de grandes compétitions de sports d’hiver, la Suède et sa capitale sont fragilisées sur des éléments majeurs.

(Crédits – Comité Olympique de Suède / SOK)

De fait, bien que le pays ait eu l’opportunité d’accueillir 75 événements majeurs – 7 Championnats du Monde et 68 Coupes du Monde – au cours des dix dernières années, la candidature ne soulève pas un taux de soutien exceptionnel de la part de la population locale et nationale.

Selon un sondage réalisé en avril dernier par Publicis Media, seuls 49% des citoyens de Stockholm approuvent l’idée d’une candidature aux Jeux d’hiver de 2026, tandis que 25% y sont opposés. Dans le même temps, et là se trouve sans doute l’une des clés des prochaines semaines et des mois à venir, 26% des citoyens de la capitale suédoise n’ont pas d’avis sur l’ambition olympique et paralympique du pays. Ces chiffres sont sensiblement identiques à deux échelles supplémentaires, à savoir au niveau du Comté de Stockholm (42% de Pour, 31% de Contre et 27% de Neutre) et de la Suède (46% de Pour, 24% de Contre et 30% de Neutre).

(Crédits – Rapport du Groupe de Travail du CIO pour les Villes Candidates aux JO 2026)

Les résultats de cette enquête, publiés dans le cadre du Rapport du Groupe de Travail du CIO pour les Jeux de 2026, illustrent ici la faiblesse de l’engouement populaire, une faiblesse qui pourrait in fine conduire les autorités politiques à ne pas s’engager derrière le projet de candidature.

Déjà frileuses pour ce qui était de l’échéance olympique de 2022, les autorités regardent aujourd’hui avec distance l’idée de présenter un nouveau projet. La nouvelle majorité municipale établie au cours des derniers jours a d’ailleurs repris à son compte les résultats de l’enquête sondagière. Selon toute vraisemblance, les porteurs du projet pour les Jeux de 2026 ne bénéficieront donc pas de l’appui des autorités municipales.

Un constat qui ne semble toutefois pas inquiété le Comité de Candidature. Dans un communiqué, ce dernier, qui devra nécessairement entrer en discussion avec la majorité municipale, précise ainsi :

La nouvelle majorité politique au Conseil Municipal de Stockholm, présidée par le nouveau Maire élu du Parti Conservateur, a été présentée. La majorité est une coalition de partis et son objectif est de s’assurer que tout denier public soit utilisé de manière appropriée et dans l’intérêt de la ville.

Notre plan est à la fois financièrement prudent et socialement responsable vis-à-vis de toutes les parties prenantes – à commencer par notre ville et notre pays, en passant par le Mouvement Olympique.

Notre offre est solide, notre budget est solide et il est financé à 100% par des fonds privés, sans fonds en provenance des contribuables.

Nous pensons que cette approche est adaptée à la nouvelle réalité du CIO. Stockholm 2026 établira de nouveaux standards dans tous les aspects de la durabilité, non seulement pour nos Jeux, mais pour les Jeux d’hiver dans leur globalité.

La position exprimée aujourd’hui par le Comité de Candidature tranche en tout cas avec les éléments présentés dans la stratégie financière remise au Groupe de Travail du CIO.

Concernant à la fois le budget d’organisation des Jeux projeté pour 2026 et les services du soutien gouvernemental, ledit Groupe souligne à plusieurs reprises l’absence de données chiffrées :

Il est actuellement prévu que le budget d’organisation des Jeux soit financé à 100% par des fonds privés.

Les coûts pour les services publics (sécurité, services médicaux, douanes et immigration, etc…) n’ont pas encore été communiqués.

[…] Les sources de financement [des investissements à long terme] ne sont pas encore confirmées.

[…] Aucun coût spécifique pour la construction du Village Olympique n’a été communiqué.

(Crédits – Rapport du Groupe de Travail du CIO pour les Villes Candidates aux JO 2026)

Cette carence, qui s’ajoute à la faiblesse du soutien populaire, rend dès lors plus fragile encore le projet de Stockholm 2026.

Même si ce dernier propose un financement privé, il n’en demeure pas moins qu’avec 75% de sites de compétition existants ou temporaires, l’investissement devrait être conséquent, d’autant plus si l’on considère les sites prévus par le Comité de Candidature.

Sur douze sites, seuls six sont existants et en capacité de recevoir les Jeux sans travaux permanents. Pour compenser ce chiffre, les promoteurs du projet envisagent donc l’aménagement d’un site temporaire, la réhabilitation profonde de deux sites existants et surtout la construction de trois nouvelles enceintes sportives, ce qui pourrait en fin de compte alourdir la facture globale des Jeux.

(Crédits – Rapport du Groupe de Travail du CIO pour les Villes Candidates aux JO 2026)

Ces divers constats n’entravent pas la détermination du Comité de Candidature, même si la survie de ce dernier est désormais en jeu. En l’absence de l’appui des autorités municipales, le Comité espère néanmoins pouvoir encore compter sur l’engagement des autorités nationales.

Sur le site du Comité Olympique de Suède (SOK), Richard Brisius, Président de Stockholm 2026 évoque de fait l’apport de l’État dans l’organisation d’un événement de la dimension des Jeux. Sans cet apport, la poursuite de la candidature serait inévitablement impossible :

Ce dont nous avons besoin de la part de l’État, c’est de la sécurité externe, notamment en ce qui concerne les aéroports. C’est quelque chose qui est réaliser tous les jours, mais lors d’événements majeurs, il est toutefois nécessaire d’accroître ce système de sécurité.

Au cours de l’année écoulée, nous avons coopéré de manière positive avec les autorités de police, avec également la participation des experts en sécurité du CIO et d’anciens représentants d’événements dans d’autres pays. Ils ont accordé les notes les plus élevées aux conditions préalables présentées et ont été impressionnés par le niveau d’expérience sur le terrain.

Malgré un propos rassurant et un plan directeur des sites ambitieux, avec la mobilisation d’enceintes au cœur de la ville – sur un modèle qui n’est pas sans rappeler celui d’Oslo 2022 – la candidature de Stockholm avance à présent sur un chemin semé d’embuches.

A l’instar de son ambition avortée pour 2022, la capitale suédoise pourrait être contrainte d’abandonner son projet pour 2026 en raison de considérations politiques.

(Crédits – CIO)

Les semaines qui viennent seront particulièrement décisives, tant pour le devenir de la candidature de Stockholm que pour la course même aux Jeux de 2026. Les fragilités de la candidature de Milan / Cortina d’Ampezzo (Italie) et la perspective d’une consultation populaire à l’issue incertaine à Calgary (Canada) rendent ladite course à la fois intéressante et inquiétante pour le CIO.

Si ce dernier se refuse à l’heure actuelle d’ouvrir un nouveau processus de double attribution des Jeux, comme ce fut le cas pour 2024-2028, nul doute qu’il pourrait en être autrement d’ici la fin de l’année, en fonction de l’évolution des trois projets encore en lice.

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