Rio 2016 : J-100 avant la Cérémonie d’ouverture

Le 05 août prochain, le dernier relayeur de la flamme olympique embrasera la vasque des Jeux d’été de 2016, marquant ainsi le début de l’événement planétaire au Brésil.

En désignant Rio de Janeiro comme Ville Hôte, en octobre 2009, le Comité International Olympique (CIO) réuni à Copenhague (Danemark) avait fait un pari. Le pari de confier l’organisation de la plus grande manifestation sportive et médiatique au monde à un pays alors en pleine croissance.

Comme pour Pékin (Chine) quelques années auparavant, l’institution olympique avait ainsi souhaité s’ouvrir à de nouveaux territoires qui, au-delà de l’aspect sportif, présentent de potentiels marchés pour les sponsors et les marques affiliées aux Jeux.

Logo officiel des Jeux Olympiques d'été de 2016 (Crédits - Rio 2016)
Logo officiel des Jeux Olympiques d’été de 2016 (Crédits – Rio 2016)

Mais sept ans plus tard, la situation n’est plus la même au Brésil.

L’emblématique Lula – artisan de la victoire carioca face à Chicago (États-Unis), Tokyo (Japon) et Madrid (Espagne) – est pris dans la tourmente politico-économique qui menace aussi l’actuelle Présidente, Dilma Rousseff.

Cette dernière a récemment été mise en accusation par la Chambre des Députés dans le cadre de la procédure d’Impeachment engagée contre elle par l’opposition et ses anciens alliés politiques. Pire, elle devrait être écartée du pouvoir dans les prochaines semaines, après le vote du Sénat.

A l’heure actuelle, et selon un décompte du quotidien « O Estado de São Paulo », 50 sénateurs seraient favorables à la destitution de Dilma Rousseff. La Présidente ne pourrait compter que sur l’appui de 20 élus.

Dans le cas où cette situation viendrait à se confirmer, Dilma Rousseff serait alors écartée de toutes responsabilités à la tête du pays pour une durée de 180 jours. Son vice-Président – et ancien allié – Michel Temer prendrait alors la direction du Brésil et, dans l’optique des Jeux, deviendrait le maître de la Cérémonie d’ouverture.

La chef de file du Parti des Travailleurs (PT) serait ensuite jugée pour les faits qui lui sont reprochés, bien que ces derniers ne semblent être qu’un prétexte pour servir les ambitions politiques de la Droite brésilienne, soucieuse de reprendre le pouvoir à la Gauche incarnée successivement par Lula et Dilma Rousseff.

Décompte du nombre de sénateurs favorables à la destitution de Dilma Rousseff, au 27 avril 2016 (Crédits - Estadão)
Décompte du nombre de sénateurs favorables à la destitution de Dilma Rousseff, au 27 avril 2016 (Crédits – Estadão)

Cette situation inédite pour un pays hôte des Jeux Olympiques – avec aussi des déboires sur le plan sanitaire avec la pollution de la baie de Guanabara ou la menace du virus Zika – inquiète bien évidemment le CIO, bien que celui-ci fasse preuve de retenue et de prudence dans ses déclarations.

Aujourd’hui, 98% des travaux seraient achevés selon le Comité d’Organisation présidé par Carlos Arthur Nuzman.

Présent la semaine dernière à Olympie (Grèce), lors de la Cérémonie d’allumage de la flamme olympique, ce dernier a souhaité que les « premiers Jeux organisés sur le sol Sud-Américain soient porteurs d’un message de paix et, au travers de la Trêve Olympique, d’un message d’unité entre les peuples ».

Un souhait difficile à réaliser au regard de la fracture même du peuple brésilien.

Une fracture qui d’ailleurs n’est pas nouvelle et qu’il faut mentionner depuis maintenant plusieurs années, avec les manifestations d’envergure organisées depuis 2013, contre la vie chère, puis contre la corruption et contre (ou pour) Dilma Rousseff.

Sur le plan des chantiers, outre la poursuite des travaux sur les principaux pôles des futures compétitions – Barra da Tijuca et Deodoro – et malgré la baisse drastique des dépenses, les organisateurs et les autorités ont su articuler un vaste plan de revitalisation de la ville de Rio.

Symbole de cette régénération urbaine : la transformation du quartier portuaire, la création de nouveaux espaces culturels, la mise en place d’équipements modernes dans les quartiers, ou encore la réalisation de moyens de transport plus performants et efficaces, bien que des retards soient perceptibles sur certains points, à l’image du « Métro Olympique ».

Montage avant / après concernant l'un des quartiers réaménagés de Rio de Janeiro (Crédits - Cidada Olimpica)
Montage avant / après concernant l’un des quartiers réaménagés de Rio de Janeiro (Crédits – Cidada Olimpica)

L’ensemble de ces aménagements constituera indéniablement un héritage fort pour Rio et sa région.

Mais cette réussite urbaine pourrait ne pas profiter à chaque citoyen. La vente des appartements du Village Olympique pourrait ainsi donner lieu à une surenchère budgétaire et ce, alors que des milliers de personnes ont été déplacés de force pour les besoins de l’organisation.

Ce genre de dérives a d’ailleurs été pointé ce mercredi par « Amnesty International ».

L’organisation dénonce particulièrement les violences policières et les homicides réalisés au cours d’opérations d’envergure dans les favelas.

Comme le souligne « Amnesty International », « depuis le début de l’année 2016, les homicides liés à des interventions policières à Rio de Janeiro ont augmenté de 10%. [par rapport au premier trimestre 2015].

Au moins 11 personnes ont été tuées lors d’opérations au cours des trois premières semaines d’avril 2016″.

Sur deux ans, ces chiffres seraient même plus élevés à en croire l’organisation qui cite le rapport « You killed my son » et l’Institut de la Sécurité publique du Brésil.

De fait, « en 2014, année où le Brésil a accueilli la Coupe du Monde de football, 580 personnes ont trouvé la mort au cours d’opérations policières [dans l’État de Rio], soit environ 40% de plus que l’année précédente.

En 2015, la tendance s’est poursuivie, avec 645 homicides commis par des policiers, ce qui représente une augmentation de 54% par rapport à 2013″.

« Amnesty International » s’inquiète par ailleurs des possibles dérives de la nouvelle loi antiterroriste adoptée par le pouvoir législatif brésilien.

(Crédits - Secretaria de Estado de Segurança do Rio de Janeiro)
(Crédits – Secretaria de Estado de Segurança do Rio de Janeiro)

Il faut dire qu’en prévision des Jeux Olympiques et Paralympiques, les autorités locales et fédérales ont voulu mettre en place un programme de sécurité sans comme mesure dans l’histoire du Brésil.

Depuis 2013, le pays s’est ainsi engagé dans l’achat de 34 blindés de défense anti-aérienne auprès de l’armée allemande. Il a en outre assuré l’achat et l’installation de 2 000 caméras de surveillances fixes et de 1 500 caméras embarquées pour le territoire de Rio de Janeiro.

Le Brésil a également obtenu l’appui logistique des forces américaines et européennes, comme la France ou encore le Royaume-Uni.

Concrètement, pour les Jeux d’été, au moins 85 000 personnes devraient être déployées à Rio et dans les villes d’accueil du tournoi olympique de football, dont 47 000 membres de la police paramilitaire et des services de secours.

La crainte de manifestations populaires est bien sûr présente dans la tête des autorités. Mais c’est surtout la menace terroriste internationale – venant en particulier de Daesh – qui a été prise en considération par le Comité d’Organisation et les pouvoirs publics.

Toutes ces données ne doivent toutefois pas faire oublier que les Jeux Olympiques sont avant tout un événement sportif. Quelques chiffres permettent d’ailleurs de le rappeler. Pour cette 31e Olympiade de l’ère moderne, ce sont ainsi :

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