Interview exclusive : « Il faut changer le mode de gouvernance, pas seulement dans l’athlétisme » (Jean Gracia)

Nommé en qualité de Directeur Exécutif et Secrétaire Général par intérim de la Fédération Internationale d’Athlétisme (IAAF), Jean Gracia a accepté de répondre aux questions de « Sport & Société ».

Revenant sur son parcours et sa passion pour l’athlétisme, l’actuel vice-Président de l’Association Européenne d’Athlétisme (AEA), porte un regard lucide et sans concession sur le sport dans sa globalité et le rapport de ce dernier avec la société et les jeunes.

(Crédits - Page officielle Twitter)
(Crédits – Page officielle Twitter)

Que représente pour vous cette nomination aux postes de Directeur Exécutif et Secrétaire Général par intérim ?

Tout d’abord, je suis un passionné d’athlétisme depuis très très longtemps. J’ai été à la Fédération Française d’Athlétisme (FFA) pendant plus de 24 ans. J’ai ensuite été élu à la vice-Présidence de l’AEA. J’ai tenté, l’an passé, d’aller jusqu’à la Présidence et je n’y suis pas arrivé, mais j’ai tout de même été réélu vice-Président.

J’ai suivi une trajectoire au service de l’athlétisme.

Aujourd’hui, le fait que je puisse donner un coup de main à la Fédération Internationale représente quelque chose d’important. Je suis d’abord honoré d’avoir été demandé par le Président [Sebastian Coe] et puis je suis prêt à relever le challenge en essayant de mettre toute mon énergie pour servir au mieux les intérêts de l’athlétisme, les intérêts des Fédérations membres de la Fédération Internationale, etc…

En prolongement de cet engagement, avez-vous l’intention de présenter votre candidature à ces deux postes à l’issue de la période d’intérim ?

Aujourd’hui, il s’agit uniquement d’une mission de six mois, jusqu’aux Jeux Olympiques de Rio. Je ne suis pas encore fixé sur ce que je souhaite faire par la suite. J’en suis pour le moment dans la réflexion personnelle. J’ai plusieurs possibilités : il y a des élections dans trois ans à l’AEA, etc… donc voilà, il y a beaucoup de choses qui peuvent encore arriver et il faut donc que je réfléchisse si oui ou non je souhaite continuer dans cette voie-là.

Il est évident que si je continue et si je suis choisi – car ce n’est pas tout de vouloir continuer – il est clair qu’il serait difficile de pouvoir prétendre à autre chose, ne serait-ce qu’à continuer ma mission de vice-Président au sein de l’AEA, ou à retenter la Présidence.

Quel regard portez-vous aujourd’hui sur les accusations et soupçons qui planent sur la Fédération Internationale d’Athlétisme mais plus largement, sur la Fédération Internationale de Football (FIFA), et dernièrement sur la Fédération Internationale de Tennis (ITF) – avec les révélations de cette semaine sur de possibles matchs truqués ?

Ce qui est clair, c’est que cela ternit l’image du sport, du sport en général, pour l’athlétisme en ce qui concerne les affaires d’athlétisme, pour le football en ce qui concerne le football et pour le tennis concernant le tennis.

Ce n’est pas bon à une époque et à un moment où dans la société, on a davantage besoin du sport pour marcher un peu plus normalement et pas sur la tête.

Là où le sport doit servir à une meilleure société, on nous perçoit souvent comme ayant un rôle élitiste. On parle toujours des grandes manifestations, ce qui est normal avec les Jeux Olympiques, les Championnats du Monde, les Championnats d’Europe. Mais le sport en général, et plus particulièrement l’athlétisme, nous avons un rôle important à jouer dans la société, à la fois sur la santé des citoyens, à la fois sur l’intégration des citoyens dans la société, etc…

On a aussi un rôle important à jouer dans l’éducation des jeunes, et lorsque l’on voit les dérives qu’il y a actuellement dans la société, et les événements qui se sont produits en France et ailleurs dans le monde, il est clair que le sport peut jouer un rôle. Il y a d’autres leviers et d’autres choses à faire, ce n’est pas que le sport, mais le sport peut être un médicament important pour notre société.

Toutes ces affaires, ce n’est pas très bon, car par conséquent, les gens se posent la question : « Mais que se passe-t-il ? »

Pensez-vous qu’il faudrait revoir, par exemple, le mode d’élection des villes et pays candidats, mais également celui des membres des Fédérations Internationales ?

Cela permettrait-il de ramener une certaine transparence, plus ou moins réclamée ?

Il faut changer le mode de gouvernance, et encore une fois, pas seulement dans l’athlétisme.

Aujourd’hui, les modèles – en place la plupart du temps – sont des modèles qui ne sont pas du XXIe siècle, mais qui datent du début du XXe siècle, voire même du XIXe siècle.

Ce mode de gouvernance n’est plus d’actualité et il doit être revu. C’est l’une des choses que Seb Coe souhaite faire, pour éviter toute dérive. Il faut travailler autrement, il faut que l’on évolue avec la société, car nous ne pouvons pas rester figés avec le modèle en vigueur il y a 50 ans, 80 ans ou 100 ans, comme par exemple l’IAAF qui a été créée en 1912.

Concernant la présence au sein des Fédérations Internationales, on sait que la représentation de Français est une nécessité pour la promotion du sport et des candidatures de l’Hexagone.

Quel rôle pourriez-vous jouer auprès de la candidature de Paris pour l’organisation des Jeux de 2024 ?

Je suis Français, c’est clair. Je suis aujourd’hui là pour une période limitée, donc il ne se passera rien pendant les 6 mois à venir en ce qui concerne le choix de la Ville Hôte de 2024. Il est évident que je suis un petit peu plus proche de Paris 2024 que des autres Villes Candidates.

J’ai un rôle aujourd’hui très clair, qui est de faire en sorte que la « Maison athlétisme » fonctionne mieux que ce qu’elle a fonctionné ces derniers temps. Il y a des choses à mettre en place, le Président qui a été élu vient avec un programme, programme à mettre en place. Il a été élu parce qu’il a présenté un programme et pas seulement parce qu’il s’appelle Seb Coe.

Mon rôle est un rôle qui est bien sûr opérationnel. Il faut faire en sorte que les équipes de l’IAAF et l’ensemble de la Famille athlétisme, aillent dans le même sens.

Cela ne veut pas dire que je suis plus sensibilisé par telle ou telle chose, mais mon rôle aujourd’hui n’est pas de défendre la candidature de Paris 2024. Bien entendu, j’aimerai plus que tout que Paris l’emporte en tant que Français, mais là, lorsque je deviens Secrétaire Général de l’IAAF, je suis en mode « athlétisme ».

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