JO 2024 : Les dangers d’un discours « franco-français » de Paris

Repensé il y a quelques mois, en même temps que le logo officiel, le portail Internet du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) a également mis en ligne son espace « International » en mettant en avant la candidature olympique de Paris 2024.

Dans ce volet – accessible en Français et en Anglais – les internautes et les dirigeants sportifs peuvent, outre les informations relatives à la candidature aux JO d’été 2024, accéder aux différentes actualités du CNOSF, à ses coopérations, à son rapport avec la Francophonie.

Fonctionnel et faisant la part belle aux couleurs françaises, ce nouvel espace propose notamment un manifeste en 10 points, comme autant de « bonnes raisons de vouloir les Jeux Olympiques » :

CNOSF - Manifeste

Si ce manifeste se veut un engagement au service de la candidature tricolore, il n’en demeure pas moins porté par une vision « franco-française » et ce, alors que Paris 2024 s’apprête à faire son entrée sur la scène internationale, le 15 septembre prochain.

Paradoxal pour un site qui met en exergue l’aspect « International » du CNOSF…

En aucun point, l’apport potentiel et souhaitable de la France et de Paris à l’égard du Comité International Olympique (CIO) et plus globalement, à l’égard du Mouvement Olympique dans son ensemble, n’est évoqué.

Un positionnement d’autant plus dommageable lorsque l’on sait que Paris devra avant tout s’adresser aux membres du CIO et aux grandes institutions sportives mondiales pour espérer obtenir – enfin – l’organisation des Jeux d’été.

Un positionnement d’autant plus dommageable lorsque l’on sait les manquements des précédentes candidatures sur ce point précis. Car il ne s’agit pas de vouloir les Jeux. Il faut en priorité exposer un projet en lien étroit avec le Mouvement Olympique.

Vue de la Salle de Présentation et d'Annonce (Crédits - CIO / Ubald Rutar)
Vue de la Salle de Présentation et d’Annonce (Crédits – CIO / Ubald Rutar)

Un simple exemple permet de prendre conscience de cette nécessité de « parler » au Mouvement Olympique : la candidature victorieuse de Pékin dans la course aux JO d’hiver de 2022.

Certes, Pékin (Chine) partait avec l’avantage d’avoir accueilli les Jeux d’été en 2008, mais la capitale chinoise a su parler aux membres électeurs avec un argument martelé mois après mois : en obtenant les Jeux, la Chine offrira la possibilité à 300 millions de personnes d’accéder aux sports d’hiver et ainsi au Mouvement Olympique et à ses composantes, de s’implanter encore davantage dans l’Empire du Milieu.

Les leçons de l’élection de la Ville Hôte des JO 2022 devront rapidement être tirées. Pour Paris 2024 comme pour les autres candidatures. La course s’annonce serrée, d’autant plus au moment où le CIO a décidé de provoquer un véritable « big bang » dans le processus de sélection de la Ville Organisatrice.

Le favori des médias et de l’opinion pourrait terminer en dernière position dans le cœur des membres électeurs du CIO. A l’inverse, le petit poucet pourrait créer la surprise.

Les derniers scrutins olympiques ont réservé bien des surprises : Londres (Royaume-Uni) a su faire mentir les pronostics pour s’imposer face à Paris pour les Jeux de 2012, tandis que Rio (Brésil) a raflé la mise face à Chicago (États-Unis) pour les Jeux de 2016. Et que dire de Pékin qui a habilement su profiter des défections successives – notamment d’Oslo (Norvège) – pour s’imposer comme une quasi-évidence…

(Crédits - Capture d'écran)
(Crédits – Capture d’écran)

Mener une campagne de séduction auprès des citoyens français n’est pas incompatible avec une campagne à destination du Mouvement Olympique. Bien au contraire. C’est en combinant ces deux aspects que la candidature française parviendra à sortir d’un message « franco-français ».

Un message qui pourrait lourdement handicaper Paris dans sa course aux Jeux et rappeler inévitablement les erreurs du passé.

Mais au-delà de ce danger et de celui d’une captation du projet olympique par la classe politique nationale, déjà évoqué par « Sport & Société », un autre risque guète le camp tricolore : le rappel de l’anniversaire olympique du centenaire des derniers Jeux d’été organisés en France, en 1924.

En ce sens, les porteurs de la candidature de Paris devront garder à l’esprit les propos de Jean-Claude Killy formulés en octobre 2013, quelques semaines après le succès de la candidature de Tokyo 2020 :

« Il faut faire preuve d’humilité, d’écoute et de persévérance, tout en proposant évidemment un dossier qui ne soit pas critiquable. On doit cesser de se prendre pour ce que l’on n’est pas.

On ne peut pas arriver une fois tous les dix ans, expliquer au monde entier ce qu’est l’olympisme, faire preuve d’arrogance, puis disparaître et recommencer dix ans plus tard.

Il nous manque de la constance dans l’organisation d’événements, de la présence à la tête des fédérations internationales, des relais.

En 1996, on est allés à Atlanta et non à Athènes. Vu l’ampleur des enjeux et des responsabilités, le CIO romantique n’existe plus ».

8 pensées

  1. À ce stade-ci de la course, cela n’est par un handicap. Toutes les candidatures en sont encore au même point. Aucune n’est dans une stratégie vraiment internationale. Qui entend parler de Rome ou de Budapest? Quant à Hambourg, tous ces coups promotionnels sont dirigés vers les Allemands.

    Je ne remarque aucun faux pas de Paris pour le moment. Contrairement à l’USOC et la saga Boston/Los Angeles. L’arrogance est cette fois-ci du côté américain.

    Avant de convaincre le monde entier, il faut fédérer les Français autour de ce projet. C’est louable et indispensable.

    2 ans à tenir, c’est très long. La stratégie d’occupation du terrain en étant présent lors des grands événements sportifs, couplée à une diplomatie efficace qui agit en coulisse, ne peut qu’être bénéfique à la candidature de Paris.

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      1. Même si il faut d’abord séduire les Français, il ne faut pas tomber dans nos travers. Je trouve quand même que le projet parisien n’est pas, pour l’instant, arrogant et qu’ils avancent avec prudence.

        Mais il est vrai que dans le cas de Paris, le pire ennemis c’est nous avec notre vision franco-centrée. Je pense que Lapasset va mener une bonne compagne si chacun reste à sa place.

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      2. Ce texte proposé par Sport et Société est pertinent. Il ne doit pas y avoir de dichotomie et de rupture entre la communication nationale utile pour mobiliser les citoyens et la promotion internationale. Compte tenu de la fidélité des pays concurrents de la France à l’olympisme, ceux-ci n’ont pas ce type d’handicap: devoir convaincre les français de l’utilité des JO tout en démontrant aux décideurs internationaux que le pays a toujours été olympique.
        Pour information, l’Allemagne, les USA et l’Italie, au même titre que d’autres concurrents possibles, sans sous-estimer les problèmes d’adhésion populaire, consacrent l’essentiel de leur temps et ce avec discrétion à cultiver une relation fidèle et permanente avec chaque membre du CIO.
        Rien n’est rédhibitoire cependant, mais à force de justifier, pour des raisons politiques, une image franco-française, pour ne pas dire nombriliste, on étouffe la volonté d’ouverture des français et on déçoit les décideurs internationaux qui aimeraient voir une France généreuse, innovante et loin des clichés qu’elle a tendance à entretenir.
        Corriger cette erreur est avant tout une question d’ambition et de courage qu’il appartient à la gouvernance du projet d’imposer à tous les acteurs qui se réclament de Paris 2024. Le veut-elle et le peut-elle? A voir les hésitations et tergiversations concernant notamment le positionnement du projet et l’absence d’une vraie, pertinente et unique réponse à la question « pourquoi nous voulons les JO », on peut effectivement être interrogatif.
        Aussi est-il temps, même à 2 ans du verdict, de répondre aux seules questions qui intéressent les décideurs/influencées de l’attribution des des JO selon leur propre prisme et non en priorité celui de nos dirigeants et/ou concitoyens. Possible? Je l’espère.
        A. de Rendinger

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  2. Oui, comme vous le dites Kevin, attendons le 2 septembre pour en savoir peut-être davantage. Le danger du discours franco-français est évidemment bien réel. Mais pour le moment, nous ne savons rien de ce que sera la campagne de promotion internationale. Il me semble donc bien trop tôt pour jeter le bébé avec l’eau du bain. Paris n’est même pas encore officiellement candidate!

    Quant à la référence de M. Rendinger concernant la fidélité des autres pays au monde de l’olympisme, je suis assez dubitatif.

    Regardons un peu ce qui s’est passé dans les dernières années. Budapest n’a pas été candidate aux JO depuis 1960. Les dernières candidatures allemandes ont été de lourds échecs (Berlin 2000, Leipzig 2012, Munich 2018), sans parler du référendum qui a mené au retrait de Munich en 2022. Rien pour se faire des amis prêts à voter pour vous. Quant à l’Italie, sa dernière tentative pour obtenir les jeux d’été date de 2004 et le retrait de Rome, favorite pour 2020, un jour avant le dépôt des candidatures ne doit pas avoir laissé que de bons souvenirs au CIO. Sans parler des cinglantes défaites de NYC 2012 et de Chicago 2016 côté américain. La saga Boston a sans doute terni l’image de l’USOC auprès du CIO et la moindre faille ou erreur de Los Angeles pourrait lui être fatale.

    De plus, la supposée fidélité de ces pays au mouvement olympique reste à démontrer. Pour les Américains par exemple, elle se confine souvent à penser que les JO leur sont dus.

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    1. Chacun peut avoir sa propre analyse sur cette notion de fidélité. La vôtre est compréhensible et factuelle. Cependant et sans doute la fidélité olympique ne se juge pas uniquement lors de candidatures. L’expérience montre que l’olympisme et le CIO apprécient aussi ceux qui ont la puissance et les moyens de convaincre. Regrettable ou non, cela relève de la réalité de ce monde où le pragmatisme l’emporte souvent sur le rêve. Cependant aucune certitude en la matière. Aussi la passion des JO ne doit pas s’effacer derrière l’ardente de garder les pieds sur terre.
      Effectivement espérons que le 2 septembre répondra à ces quelques légitimes interrogations.

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