Guerre ouverte entre SportAccord et le CIO

La charge est virulente et pourrait avoir de graves conséquences sur les relations à venir entre les dirigeants sportifs internationaux.

Lors de la traditionnelle Convention SportAccord – qui se tient actuellement à Sotchi (Russie) -, le Président de l’institution a violemment attaqué le Comité International Olympique (CIO), pointant du doigt la gouvernance et le fonctionnement de l’organisation de Lausanne (Suisse).

Élu en 2013 face à Bernard Lapasset à la tête d’une institution rassemblant pas moins de 107 Fédérations, Marius Vizer avait alors présenté un projet révolutionnaire qui avait déjà soulevé de nombreuses interrogations, à savoir la création des United World Games, manifestation devant rassembler plusieurs sports, olympiques et non-olympiques.

L’Autrichien estimait alors que cet événement « apporterait aux Fédérations Nationales et Internationales, une nouvelle source de revenus ».

En filigrane toutefois, la mise en place d’une telle compétition multi-sports aurait pu venir concurrencer les Jeux Olympiques, chasse gardée du CIO.

Marius Vizer

« Après être devenu Président de SportAccord, j’ai essayé de développer une collaboration constructive avec le CIO et le Président Thomas Bach. Malheureusement, cela n’est jamais devenu réalité.

La majorité des voix au CIO devrait revenir à des individus dont la fonction ou la position est en relation avec le monde sportif. [Le CIO est une institution] dépassée et absolument pas transparente.

Monsieur le Président, arrêtez de bloquer SportAccord dans sa stratégie et sa mission pour identifier et organiser des Conventions et des événements multi-sports. N’essayez pas de créer une théorie selon laquelle les sports sont ou ne sont pas éligibles pour des événements multi-sports » a ainsi lancé Marius Vizer à l’attention de Thomas Bach, en ce début de semaine.

Ces propos ont immédiatement déclenché une vague de protestations, à commencer par celle de l’accusé du jour et principal intéressé, Thomas Bach.

« Après avoir parlé avec plusieurs de vos collègues, j’ai l’impression que votre position ne reflète que vous-même.

Nombreux sont ceux qui ont fait des propositions très constructives dans le cadre de l’Agenda Olympique 2020, ce qui a permis de nouer une coopération plus étroite entre le CIO et les Fédérations Internationales » a répliqué le Président de l’institution olympique.

Mais outre la réaction de Thomas Bach, les Fédérations sportives se sont elles-aussi invitées – malgré elles – dans cet affrontement de titans.

La puissante Fédération Internationale d’Athlétisme (IAAF) et la Fédération de Tir (ISSG) ont ainsi décidé de suspendre leur participation à SportAccord, tandis que 15 autres Fédérations – notamment la Fédération Internationale de Football (FIFA) – ont adressé un courrier à Marius Vizer afin de s’opposer à son discours.

Dans le même temps, les Villes Candidates à l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver de 2022, devraient quitter les lieux, alors que SportAccord est habituellement une vitrine offerte aux Comités de Candidatures pour présenter leurs projets aux dirigeants sportifs de la planète.

Même si une présentation orale devant la Convention n’est plus autorisée par le CIO, la seule présence de Pékin 2022 et Almaty 2022, aurait permis à ces dernières de promouvoir leurs idéaux des Jeux d’hiver.

Quoiqu’il en soit, cette déclaration de guerre de Marius Vizer – sorte de point de non-retour – illustre en tous cas un état de fait.

Depuis les changements opérés dans les années 1980 à l’initiative de Juan Antonio Samaranch, ancien Président du CIO, l’institution de Lausanne est devenue une puissante « cash-machine » où le fonctionnement interne et la gouvernance sont régulièrement sous le feu des critiques.

La volonté de réformes de Jacques Rogge s’était ensuite heurtée à des conservatismes féroces. Aujourd’hui, bien que l’Agenda 2020 soit présenté comme une révolution, il n’en reste pas moins une déclaration de belles intentions qu’il faudra encore concrétiser.

L’ouverture de la procédure des candidatures pour les JO 2024 – la première depuis l’adoption des 40 mesures en décembre 2014 – sera un élément crucial. Les Villes Requérantes puis Candidates devront présenter des concepts en adéquation avec l’Agenda 2020 mais plus encore, le choix de la Ville Hôte par les membres du CIO sera un indicateur fort de la tendance en cours au sein de l’institution.

On pourra alors constater le réel changement opéré ou in fine, un habile coup de communication pour une organisation si singulière.

Illustration : Crédits – SportAccord

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