Roland Garros : Un rapport d’expertise relance le projet alternatif

Dans un courrier en date du 22 décembre 2014, la Ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Énergie, Ségolène Royal, demandait au Conseil Général de l’Environnement et du Développement durable (CGEDD), de réaliser une étude relative au projet alternatif de modernisation du stade de Roland Garros.

La Ministre se basait alors sur le fait, que le projet officiel porté par la Fédération Française de Tennis (FFT) et la Ville de Paris, « continue de susciter l’opposition d’associations et d’élus hostiles à l’amputation définitive d’une partie du jardin des Serres d’Auteuil qui est site classé, pour une compétition sportive durant trois semaines à l’année ».

L’étude commandée devait être remise avant le 15 mars 2015. C’est finalement avec un mois d’avance que Philippe Iselin, Inspecteur de l’administration du développement durable et Évelyne Humbert, Ingénieure générale des ponts, des eaux et des forêts, ont présenté leur rapport.

Ce document d’une cinquantaine de pages, revient tout d’abord sur les caractéristiques d’aménagement proposées par les deux projets en opposition, à savoir celui de la FFT et de la Ville de Paris d’une part, et celui des associations, de riverains et d’élus locaux d’autre part.

Les inspecteurs rappellent ainsi que « la Fédération Française de Tennis envisage de restructurer et moderniser ses installations, de réaménager ses espaces et d’étendre son site dans le jardin botanique adjacent où sont implantées les Serres d’Auteuil.

La Fédération considère que ces aménagements sont indispensables pour maintenir la compétition au niveau des trois autres tournois internationaux composant le Grand Chelem ».

RG - Nouveau stade

Il faut dire en effet que Roland Garros, avec 8,6 hectares actuellement, demeure largement distancé en termes de superficie mais également d’affluence (460 000 spectateurs), par les trois tournois suivants : l’US Open de Flushing Meadows (14 ha / 700 000 spectateurs), Wimbledon à Londres (20 ha / 485 000 spectateurs), Open d’Australie à Melbourne (20 ha / 700 000 spectateurs).

Ces trois tournois font par ailleurs l’objet d’une modernisation et d’un réaménagement visant à couvrir certains des courts existants (Wimbledon, US Open) ou à garantir la pérennité du site actuel en offrant de nouvelles prestations (Open d’Australie).

Concernant le site de Roland Garros, ce dernier a déjà fait l’objet d’une série d’extensions (1979, 1984 et 1994) et de six phases de grands travaux entre 1978 et 2008, qui ont notamment permis d’agrandir le Court Central Philippe Chatrier et d’accroître la capacité d’accueil de l’ensemble du complexe tennistique.

Néanmoins, ces différents chantiers ont aussi eu pour effet de réduire les espaces dédiés à la circulation et au passage des spectateurs entre les courts. Surtout, certaines infrastructures demeurent difficilement accessible aux personnes à mobilité réduite, ce qui nécessite un plan de mise aux normes du stade.

Dès lors, comment ne pas s’interroger – à nouveau – sur l’opportunité de maintenir les Internationaux de France de tennis à la Porte d’Auteuil ? Ne faudrait-il pas revoir la procédure d’attribution du site et refaire un appel à projets comme ce fut le cas jusqu’en 2011 avec la concurrence portée par Versailles (ci-dessous), Gonesse et Marne-La-Vallée ?

Roland Garros - Versailles projet

Bien que recalés face au prestigieux site parisien, les trois dossiers mentionnés ci-dessus offraient pourtant des prestations qui ne seront pas possibles sur le site actuel et ce, même à l’issue de son extension selon le modèle souhaité par la FFT et la Ville de Paris ou par les associations.

La Fédération ne semble en tous cas pas ouverte à un réexamen approfondi des projets et ne jure aujourd’hui que par son projet d’extension et de modernisation du stade de la Porte d’Auteuil.

Par conséquent, la Fédération a pleinement conscience des retards déjà engendrés par les procédures administratives et juridiques lancées contre son projet ainsi que du risque de blocage pérenne compte-tenu de son entêtement à ne pas imaginer une solution alternative qui conviendrait au plus grand nombre, à savoir ses instances dirigeantes, ses abonnés, les spectateurs et joueurs du tournoi, ainsi que les riverains et les associations.

Il faut rappeler en effet, qu’une partie seulement du projet de la FFT est attaquée par les opposants.

Ainsi, comme le rappelle l’expertise menée par les inspecteurs, « par leur projet alternatif, les associations ne contestent pas les objectifs généraux poursuivis par la FFT visant à moderniser les installations existantes, à réaménager le site, à restructurer les équipements et à desserrer les espaces de circulation du public.

Elles ne contestent pas davantage la nécessité d’une extension hors du site.

La principale opposition tient au choix du terrain d’extension, toute implantation dans le jardin des Serres d’Auteuil étant exclue à leurs yeux ».

RG - Court des Serres

Le projet de la FFT vise à aménager un court semi-enterré de 4 950 places et ce, afin de contrebalancer la destruction de l’actuel court n°1. Pour les associations, un agrandissement de ce court peut être envisagé (plus de 1 500 places supplémentaires) mais surtout, une extension du stade au dessus de l’autoroute A13 apparaît comme une solution crédible tant en ce qui concerne les besoins de nouveaux courts que de la capacité globale d’accueil du stade de Roland Garros.

De fait, les associations ont pensé – sur la base d’études techniques préalables – à l’aménagement d’une dalle de béton permettant la couverture partielle de l’A13, sur une surface de 4 000 à 7 000 m². Trois à six nouveaux courts seraient alors disponibles pour la FFT lors des Internationaux de France. Les associations se sont notamment fondés sur l’actuelle couverture de l’A13 où est disposée plusieurs courts d’entraînement sur une longueur de 810 mètres.

Toutefois, la Fédération estime que la surface envisagée reste en deçà des exigences techniques relatives à l’aménagement de nouvelles structures de compétitions. Ainsi, la FFT estime qu’il faudrait dégager une superficie d’au moins 17 500 m².

A la suite de l’enquête publique menée en 2014, le Commissaire enquêteur avait conclu par le fait qu’à « l’examen de l’ensemble de ces éléments, et de la complexité de leur mise en œuvre, la solution de la couverture de l’A13 ne paraît pas à mon sens appropriée aux enjeux liés à la modernisation du stade Roland Garros ».

Cet avis aurait pu avoir pour conséquence de clore le débat actuel et les procédures administratives.

Néanmoins, la Ministre de l’Écologie, du Développement durable et de l’Exergie a souhaité avoir pleine connaissance du contentieux actuel, se posant ainsi en recours tant pour les associations que pour la FFT. Chacun sait en effet que l’avis pris par Ségolène Royal aura valeur de décision quasi-définitive. Si elle penche en faveur des associations, la FFT devrait alors se soumettre au projet alternatif et inversement en cas d’avis favorable à la Fédération.

Selon le rapport d’expertise, « le principe de couverture proposée est possible [mais] en reconsidérant certains dimensionnements de la structure qui sont un peu faibles ».

Contre-projet - Extension de Roland Garros

Le rapport précise notamment que la structure existante répond aux caractéristiques d’un tunnel et ce, conformément à la législation en vigueur en France depuis l’accident du tunnel du Mont-Blanc. Dès lors, un système de ventilation et d’évacuation devrait être installé sous la dalle à construire afin de maintenir une continuité avec la dalle existante.

La nécessité de redimensionner certains aspects de la dalle à aménager repose également sur la proximité des bretelles de raccordement, notamment sur le boulevard périphérique de Paris, ainsi que sur la montée légère de l’A13 près dudit boulevard. De fait, une surélévation de deux à trois mètres au minimum apparaît comme impérative afin de garantir la lisibilité des panneaux signalétiques actuels et la sécurité des automobilistes.

Par conséquent, la dalle de béton proposée devrait se situer en hauteur vis-à-vis de la structure actuelle.

Pour les inspecteurs, cette couverture éventuelle « peut recevoir des courts de tennis mais avec une conception en escaliers, chaque court ayant une altimétrie différente.

Afin d’éviter l’éblouissement des joueurs au soleil levant et couchant, tous les courts doivent être orientés nord-sud suivant leur grand axe. Les paliers de la dalle doivent être prévus en fonction de cette utilisation et non pas en fonction de l’axe longitudinal de l’ouvrage.

Cette contrainte représente une complexification supplémentaire pour la méthode de construction de la dalle de couverture ».

Se pose alors la question du coût éventuel du projet alternatif.

Ce dernier se base sur un calcul de 6 000 euros le mètre-carré, soit, pour l’option à 4 000 m², un coût de 24 millions d’euros, et pour l’option à 7 000 m², un coût de 42 millions d’euros. Cependant, ces estimations ne prennent pas en compte les différents travaux induits par le projet. De ce fait, le coût global serait supérieur à 60 millions d’euros. La FFT chiffre pour sa part ce projet alternatif à près de 220 millions d’euros.

Quoiqu’il en soit, le projet des associations ne semble pas susceptible de rencontrer de difficultés juridiques quant à une mise en œuvre éventuelle.

Néanmoins, deux éléments importants devraient être considérés : l’impact visuel relatif à l’aménagement de la dalle, des courts de tennis et du système de ventilation du tunnel près du Bois de Boulogne ainsi que la circulation sur l’avenue de la Porte d’Auteuil, les associations proposant une coupure temporaire le temps du tournoi et de ce fait, une déviation sur les axes routiers limitrophes.

Une étude d’impact devrait par ailleurs être engagée à destination de l’Autorité environnementale, afin de mesurer les différentes nuisances potentielles (nuisances sonores lors des sessions nocturnes du tournoi, qualité de vie aux abords du stade…).

En conclusion, les inspecteurs Iselin et Humbert estime qu’en alternative au projet porté la FFT, « l’étude présentée par les associations tient davantage d’une esquisse que d’un projet abouti.

Pour autant, le scénario présenté par le collectif permet d’évaluer la faisabilité technique et juridique – notamment le projet de couverture de l’autoroute A13 – et ses principaux impacts, même si cette appréciation devrait être confirmée à la lumière d’une étude plus approfondie de ce scénario. […]

Le présent rapport conclut à la faisabilité technique de la couverture de l’autoroute dont la dalle, cependant, devrait être conçue en escaliers destinés à recevoir deux courts. Aucun obstacle juridique ne s’oppose à la réalisation du projet alternatif, sous réserve de l’aboutissement de plusieurs procédures à engager au titre des différentes législations applicables.

Sur le plan financier, les différentes variantes que comporte le projet alternatif ont été évaluées en ‘différentiel’ par rapport au projet actuellement porté par la FFT ».

Couverture du Stade Philippe Chatrier - Roland Garros

Le rapport d’expertise propose enfin la réalisation d’études complémentaires afin d’évaluer la pertinence des deux projets et ce, dans un souci de comparaison en toute objectivité et transparence.

La FFT, qui s’inquiétait déjà des retards pris sur le calendrier initial, n’en a donc pas fini avec les procédures administratives et autres études techniques. Régulièrement évoqué au cours des dernières années, le projet d’extension et de modernisation de Roland Garros apparaît désormais dans une situation de blocage, tant les parties prenantes au projet semblent rester sur leurs analyses et points de vue de départ.

La Fédération espère en tous cas la délivrance des permis de construire avant la fin du mois d’avril 2015 afin de pouvoir respecter l’échéancier établi, à savoir la livraison du Court semi-enterré des Serres d’Auteuil en 2017 et l’achèvement du chantier pour l’édition 2019 des Internationaux de France, avec la pose du toit rétractable sur le Court Central Philippe Chatrier.

La balle est désormais dans le camp de Ségolène Royal, même si le Premier Ministre Manuel Valls a déjà eu l’occasion d’apporter sa caution à la réalisation du projet officiel.

En juin 2014, Manuel Valls avait ainsi précisé qu’il s’agissait « d’un magnifique projet. […] Nous avons besoin de l’agrandissement de Roland Garros et donc le Gouvernement suit avec beaucoup d’attention l’évolution de ce projet. Nous serons présents.

La France doit être présente à chaque fois que l’on peut accueillir de grands rendez-vous et montrer la beauté, la force et l’attractivité de notre pays, dans le domaine économique comme dans le domaine du sport ».

Illustrations : Crédits – SPPEF (contre-projet) et FFT (visuels du nouveau stade)

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