Le devenir incertain du Stade Olympique de Montréal

Symbole par excellence de la ville de Montréal, et plus globalement du Québec, le Stade Olympique est un vaisseau de béton dans un état critique.

Construite selon les plans de l’architecte français Roger Taillibert (Parc des Princes, Piscine de Deauville…), mais inachevée à l’occasion des Jeux Olympiques 1976, cette infrastructure de 56 000 sièges doit affronter depuis plusieurs années maintenant, les polémiques liées à son coût.

Évaluée à 350 millions de dollars canadiens en 1974 (239,8 millions d’euros), la construction du Stade a finalement coûté la bagatelle de plus de 1 milliards de dollars canadiens (685 millions d’euros).

Stade Olympique de Montréal - vue extérieure

Outre le coût d’aménagement de l’enceinte sportive montréalaise, les polémiques portent aussi sur les conséquences des aléas climatiques et la détérioration inexorable de sa toiture du Stade Olympique.

Malgré la promesse d’un toit amovible pour les JO 1976, il faudra attendre plusieurs années avant de voir l’édification d’un tel équipement sur le Stade.

Dès lors, après la pose d’un premier toit en 1987 – toiture en kevlar -, un second chantier est entrepris en 1998 afin de tendre une immense toile en fibre de verre et téflon. Mais un an plus tard, sous le poids de la neige, la structure s’effondre partiellement.

Depuis, les déchirures se multiplient dans la toiture. Ainsi, de 24 en 2010, le nombre de coupures est passé à 435 en 2011, 1 240 en 2012 et même 3 429 sur l’année 2013.

Ces dégâts conduisent de surcroît à une augmentation des coûts d’entretien. Ceux-ci sont passés de 400 000 dollars canadiens (274 000 euros) sur l’année 2011-2012 à quelques 800 000 dollars canadiens (548 000 euros) entre 2012 et 2013.

Une inflation particulièrement inquiétante et qui relance de fait, l’idée du remplacement de l’installation actuelle par un nouveau toit, fixe ou rétractable.

Mais sur ce point, les avis divergent car le coût des travaux est loin d’être le même. En effet, selon les partisans d’un toit fixe, l’aménagement d’un tel équipement coûterait quelques 200 millions de dollars canadiens (137 millions d’euros) contre 300 millions pour un toit rétractable (205,5 millions d’euros).

Une somme non-négligeable pour laquelle les autorités nationales et locales ne veulent pas s’engager.

La Première Ministre du Québec, Pauline Marois, a ainsi estimé qu’elle n’était “pas sûre aujourd’hui d’être capable de vendre ce projet” à la population, tandis que le Maire de la Ville, Denis Coderre, a indiqué qu’il avait “d’autres priorités”.

Une situation de blocage qui risque surtout d’alourdir la facture liée aux coûts d’entretien de la structure dans les mois et années à venir.

Lorsque l’on sait qu’aucun événement de grande envergure ne peut être organisé dans l’enceinte du Stade Olympique durant la saison hivernale, il apparaît pourtant primordial de lancer un véritable projet pour le devenir de ce symbole olympique.

Stade Olympique de Montréal - vue intérieure

Équipement majeur des Jeux, le Stade Olympique n’en demeure pas moins un casse-tête pour les organisateurs. En effet, à l’issue des JO, il est primordial de savoir quelle sera la destinée de l’enceinte, son utilisation future.

Une mauvaise gestion peut conduire à un accroissement de la facture globale des Jeux Olympiques et au maintien d’un “éléphant blanc” de plusieurs dizaines de milliers de places.

Ce fut le cas à Athènes après les Jeux de 2004, c’est actuellement le cas à Pékin après l’Olympiade de 2008, mais c’est aussi, dans une autre mesure, le cas de Montréal.

Car après les JO 1976, pour lesquels les autorités avaient souhaité une démesure architecturale pour le Parc Olympique, le concept d’héritage n’a pas été parfaitement maîtrisé. Inflation des coûts, polémiques, dégradations techniques et naturelles ont alors transformé le rêve olympique de Montréal en un véritable cauchemar pour l’ensemble de la population.

Aujourd’hui, le défi des pouvoirs publics est de doter le Stade Olympique de Montréal d’une nouvelle toiture d’ici à 2017. Cette année-là, le Québec célébrera le 375e anniversaire de sa grande ville.

Un défi loin d’être relevé, loin d’être gagné, car outre le devenir du Stade, une autre question essentielle se pose aux responsables locaux et nationaux : la reconversion réussie, assurée et enfin assumée du Parc Olympique qui accueille chaque année, près de 3 millions de visiteurs.

En 2012, le Comité-Conseil sur l’avenir du Parc, recommandait notamment dans son rapport “L’achèvement, l’avenir”, que le “quadrilatère et ses alentours [puissent] s’offrir à tous, tel un écosystème de l’activité physique au Québec”.

Illustrations :
– Photographies : Crédits – Site officiel du Parc Olympique de Montréal / Jean-François Hamelin
– Vidéo : Projet d’aménagement d’un toit rétractable à structure pneumatique conçu par François Delaney (Crédits – Denaley Technologies)

6 pensées

  1. Merci pour cet excellent résumé de la situation du Stade Olympique de Montréal.

    L’autre problématique de ce stade est qu’il n’a plus de club résident depuis 2004 et le déménagement de la franchise MLB des Expos. Tous ces travaux ne vont donc servir qu’à un nombre limité d’événements par an, même si cela ouvre des perspectives d’utilisation l’hiver.

    A 137 millions d’euros (hypothèse basse) – et sans prendre en compte le coût du prêt nécessaire à une telle opération – j’ai calculé qu’il faudra remplir 490 fois le stade pour que les travaux ne pèsent que 5 € par billet vendu.

    Sur 30 ans, cela fait donc 16 événements de plus par an. Pas impossible, finalement…

    1. Merci pour le compliment 😉

      Effectivement, l’absence de club résident pose un problème supplémentaire pour ce stade.
      Mais cette problématique pourrait être réglée dans le cadre de la rénovation de l’enceinte, car il ne faut pas juste penser à la réfection du toit, mais bien de l’enceinte.

      Il faut avoir un projet d’avenir clair et lisible pour faire de cette enceinte, une fierté pour les Montréalais et non plus un poids…

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