Grand Stade : « Le XV de France ne sait pas où jouer quand il accueille les grandes nations du rugby »

Mardi soir, la ville de Narbonne a accueilli la Fédération Française de Rugby (FFR) pour une présentation détaillée de la maquette et du projet d’aménagement du Grand Stade de Rugby de Ris-Orangis.

Accueilli par le Maire, Jacques Bascou et en présence de nombreux responsables sportifs départementaux et régionaux – dont Guy Molveau, Président du Comité du Languedoc du rugby, et Francis Sénégas, ancien Président du Comité Régional Olympique et Sportif – Jean-Romain Sintès, contrôleur de gestion auprès de la Direction Administrative et Financière de la FFR, a exposé les grandes lignes du projet, décochant ici et là quelques piques à destination du Stade de France.

De fait, Jean-Romain Sintès est revenu sur certaines motivations ayant conduit la FFR a avancé son projet de Grand Stade et ce, malgré les réticences de certains au début de la procédure.

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Parmi les motivations exposées, celle de la liberté de mouvement au sein d’une enceinte sportive dont la FFR serait propriétaire.

Aujourd’hui, la Fédération doit en effet louer le Stade de France afin d’y organiser des rencontres de rugby et notamment des matchs du XV de France ou encore la Finale du Top 14.

Le Stade de France – qui a récemment fêté ses 15 ans – est toutefois à la disposition d’autres fédérations sportives (football, athlétisme…) mais aussi à la disposition de spectacles culturels comme ce fut le cas en 2009 avec un concert de Johnny Hallyday. Ce rendez-vous avait d’ailleurs nécessité le décalage de la Finale du Top 14.

Un bouleversement – une semaine – qui n’était pas sans conséquence, pour les joueurs qualifiés pour la finale bien sûr, mais aussi pour l’équipe de France qui préparait alors sa tournée dans l’hémisphère Sud.

Outre le stade de Saint-Denis, des soucis de disponibilité avaient également été constatées auprès d’autres stades, en province, comme à Lyon (Stade Gerland) ou à Marseille (Stade Vélodrome).

Comme l’a résumé Jean-Romain Sintès, « aujourd’hui, ces stades sont essentiellement consacrés à la pratique du football avec des clubs qui jouent le haut de tableau en Ligue 1 et qui ont pour ambition de jouer régulièrement les Coupes d’Europe de football. Et ils ne veulent pas – entre guillemets – que trente rugbymans, trois jours avant un quart de finale de Ligue des Champions ou même un match de poule, viennent endommager la pelouse ».

Par conséquent, à l’heure actuelle, « le XV de France ne sait pas où jouer quand il accueille les grandes nations du rugby ».

Mais au delà de la nécessité de disposer pleinement d’une installation de grande capacité pour organiser les matchs au moment voulu, la FFR ne souhaite plus être dépendante financièrement d’une autre infrastructure.

Jusqu’à présent, la location du Stade de France par la FFR représente un coût : 1,3 million d’euros par match. A cela s’ajoute le « rachat [pour 1,5 million d’euros] des panneaux publicitaires, pour afficher les partenaires, car ces panneaux ne nous appartiennent pas ».

Le contrôleur de gestion de la FFR a notamment pris l’exemple de la tournée de novembre : « Il n’y a pas d’affichage sur le centre du terrain. La pelouse n’est pas peinte. Et bien la FFR rachète cet espace pour le laisser vide, pour garder la pelouse verte, pour éviter que le Stade de France ne vienne vendre un espace plein centre du terrain à un concurrent des partenaires de la Fédération ».

Un autre exemple a également permis d’illustrer le manque à gagner pour la Fédération : « Sur les recettes des espaces vides et des loges, qui constituent l’essentiel des revenus d’un stade moderne, la Fédération récupère 0 euros, alors même qu’elle apporte le spectacle. On estime finalement ce manque à gagner à 3 millions d’euros par match ».

Au total, « quand vous additionnez l’ensemble de ces chiffres, vous arrivez à 5,8 millions d’euros par match. Si vous faites dix matchs par an, vous comprenez vite comment vous pouvez sur, dix ou quinze ans, financer un stade à 600 millions d’euros« .

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Toutes ces problématiques ont conduit la Fédération à s’intéresser au modèle anglo-saxon et notamment à la structure des stades Outre-Atlantique, afin de réaliser l’étude de faisabilité de sa future enceinte francilienne.

Plusieurs stades ont donc été inspectés et visités aux États-Unis, parmi lesquels le Cowboys Stadium d’Arlington près de Dallas (Texas), dont une présentation détaillée avait été réalisée il y a quelques années à l’occasion du Super Bowl 2011.

En Europe, deux stades ont retenu l’attention de Pierre Camou, Président de la Fédération Française et Serge Blanco, responsable du projet : le Veltins Arena de Gelsenkirchen (Allemagne) et le Gelredom de Arnhem (Pays-Bas).

Le premier, inauguré en 2001, est l’enceinte du club de football de Schalke 04. Doté de 61 673 places, il possède un toit et une pelouse rétractables. Cette dernière d’ailleurs, « est inchangée depuis 2006 et est en parfaite état ».

Le second, inauguré en 1998, accueille le Vitesse Arnhem devant quelques 29 600 personnes avec là aussi, toit et pelouse rétractables.

Comme l’a souligné Jean-Romain Sintès, « fort des visites, la Fédération a construit un rêve, une ambition : le stade le plus parfait possible ».

Aujourd’hui, un stade moderne et qui fonctionne, « c’est un stade avec toit rétractable pour garantir le confort des spectateurs […] et la tenue du spectacle quelque soit les conditions météorologiques.

[C’est également un stade doté d’une pelouse amovible], qui ne sort pas mais qui rentre à l’intérieur. [En effet], sauf pour un match, la pelouse est tout le temps à l’extérieur du stade. Cela lui permet de respirer et d’être bien entretenue avec accessoirement un système de chauffage qui évite le gel de la pelouse ».

Cette pelouse amovible permettra évidemment une multifonctionnalité du stade, puisqu’en étant installée à l’extérieure de l’enceinte, elle dévoilera une dalle de béton entièrement aménagée et pré-équipée (électricité, eau, accès internet…) pour l’installation d’une scène de concert, d’un salon ou d’un congrès d’entreprise par exemple.

La multifonctionnalité des enceintes sportives est aujourd’hui une nécessité et cela un impératif pour le Grand Stade de Rugby.

En effet, malgré l’absence d’une piste d’athlétisme autour de la pelouse, une installation temporaire pourra être installée sur la dalle de béton pour permettre éventuellement l’accueil d’un événement « indoor » en présence de 50 000 spectateurs. Outre l’athlétisme, le Grand Stade pourra être en mesure d’organiser des rencontres internationales de basket-ball (Coupe d’Europe…).

L’avantage de la multifonctionnalité se ressentira aussi sur les concerts, puisque les camions pourront directement pénétrer dans le stade, ce qui n’est pas le cas pour les stades sans pelouse amovible (risques divers, dommages causées à la pelouse…).

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Un stade tout confort, ultramoderne donc, avec une capacité majeure : 82 600 places.

« Pourquoi [ce chiffre] ? Aujourd’hui, le XV de France joue quand même régulièrement dans un stade de 80 000 places, donc on ne va pas quitter un stade de 80 000 places pour un stade plus petit, et puis le 600, c’est un clin d’œil, car à Twickenham, ils se sont arrêtés à 500, donc on ne va pas faire moins bien que les Anglais !« 

5 pensées

  1. La FFR évoque un manque à gagner de 5,8 millions d’euros et avance le chiffre de dix matches. Dans l’état actuel du calendrier, l’équipe de France ne peut disputer pas plus de 5 à 6 matches à domicile, soit 11 sur deux ans.

    Dans ces 11 matches, deux ne font pas la plein : une nation non-majeure du rugby international (Iles du Pacifiques, Canada, etc.) et l’Italie. Le manque à gagner de ces deux matches est certainement divisible par deux.

    On comptera donc 10 matches en deux ans, soit 5 matches par an, ce qui nous donne un manque à gagner déjà considérable de 29 millions par an.

    Si on ajoute également une quinzaine d’évènements avec une location du stade à 1,5 M€, on arrive à un gain total pour la FFR de 51 millions par an.

    A ce rythme-là, les 600 millions de gain sont atteint dans la 12e année. Un financement sur 15 ans semble très optimiste d’autant qu’un stade démarre rarement en faisant le plein d’évènements.

    A mon avis, on est plus sur un financement de vingt ans. Mais cela veut dire que le projet de la FFR n’est pas aussi fou qu’on pourrait le penser au premier abord.

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    1. C’est exact.

      La FFR songe à financer une partie du Grand Stade grâce à un emprunt obligataire – au moins 150 millions d’euros. Reste à trouver l’argent auprès des Collectivités et des investisseurs privés. Là est peut être la difficulté principale au regard du contexte économique, mais la rentabilité du projet n’est pas si utopique que cela en effet.

      Une fois le Grand Stade achevé, il faudra démontrer qu’il est en mesure d’accueillir des manifestations « 365 jours par an » comme cela a été indiqué par la FFR mardi soir, avec des rendez-vous plus ou moins importants (salons, congrès, concerts, rencontres sportives…).

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    2. Ce qui me gène dans ce raisonnement, c’est qu’il signifie que tous les matches de l’EdF devront se dérouler à Paris, alors qu’aujourd’hui les matches de novembre tournent et pourraient continuer de tourner sur Marseille, 67500 places au Vélodrome, Lyon, 61500 places, Lille, 50000, voire Bordeaux, 42000, et St Étienne, 41000, pour rester aux stades de plus de 40000 places. Outre que je doute qu’un France-Tonga se déroule devant 80000 spectateurs à Paris, cela signifie que le Toulonnais ou le Montpelliérain ne pourra plus voir un France-Australie au Vélodrome, etc. Les Boks tournent dans toute l’Afrique du Sud, idem dans leur pays respectif pour les Néozeds et les Australiens. Irlande, Angleterre, Écosse et Pays de Galles ne jouent que dans un seul stade mais ne couvrent qu’un territoire réduit. Il n’y a pas une équipe du Royaume-Uni qui pourrait tourner sur Londres, Édimbourg et Cardiff.

      Par ailleurs, les concerts et autres évènements « massifs » ont déjà le Stade de France. Y en aura-t-il assez pour faire vivre les deux stades ?

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