Le Stade Olympique, illustration des enjeux liés à la durabilité des sites sportifs

La semaine dernière, le Gouvernement britannique de David Cameron a décidé de mettre un terme au processus de vente du Stade Olympique des Jeux de Londres 2012.

Avant l’été, les autorités politiques et l’Olympic Park Legacy Company (OPLC) en charge de la reconversion des sites après l’organisation de l’événement olympiques dans la capitale britannique, avaient pourtant confier les « clés » de l’enceinte des Cérémonies au club anglais de deuxième division de football, West Ham United. L’arrondissement de Newham avait rejoint West Ham pour remporter la mise face au club de première division, Tottenham.

Il faut dire que le choix fut vite fait par les autorités, West Ham proposant un simple réaménagement pour passer d’une capacité de 80 000 places à 60 000 tout en garantissant le maintien de la piste d’athlétisme en vue de l’accueil d’une éventuelle compétition d’envergure mondiale. A l’inverse, Tottenham, qui fesait équipe avec le géant des concerts et spectacles AEG, préconisait la destruction du Stade Olympique afin d’en construire un nouveau, sans piste d’athlétisme. Le projet du club prévoyait toutefois l’aménagement d’une piste dans le cadre de la rénovation du Crystal Palace Park, situé dans le sud de Londres.

Cependant, des recours juridiques avaient été déposés par Tottenham mais aussi par le club de quatrième division, Leyton Orient, l’un reprochant l’investissement de l’arrondissement de Newham, l’autre craignant pour sa situation future, au regard de la proximité du Stade Olympique avec son propre stade et donc un possible désintérêt de ses supporteurs pour le club.

La décision gouvernementale survenue Mardi 11 Octobre, témoigne de la crainte des autorités de voir un Stade Olympique inoccupé durant des mois voir des années, du fait des recours juridiques déposés.

Le Gouvernement britannique a donc indiqué qu’il resterait propriétaire de l’enceinte sportive. Le club de West Ham, s’il confirme un intérêt pour le stade, devra donc passer par la case « location »

Boris Johnson, Maire de la capitale, a ainsi déclaré que « le Stade restera public […] Nous allons plutôt le louer à une équipe de soccer, presque assurément West Ham, et cela va couvrir les coûts. Ce sera une très très bonne entente pour les contribuables. L’élément crucial est que ça fournira à la fois une solution pour le soccer et un héritage pour l’athlétisme » en vue d’une candidature de Londres pour l’organisation des Championnats du Monde 2017.

Il faut dire que le Stade Olympique est traditionnellement l’un des éléments sportifs les plus coûteux dans le cadre de l’accueil des Jeux, celui de Londres ayant par exemple coûté 565 millions d’euros, tandis que le « Nid d’Oiseau » de Pékin en a coûté près de 400 millions.

A la fin des Jeux, chaque ville hôte se pose la question du devenir de son « grand » stade. Athènes (Grèce) n’a pas su gérer son avenir post-olympique et son stade accueille des événements par intermittence (Finale de la Ligue des Champions UEFA 2007), insuffisant pour combler les coûts de l’infrastructure et notamment ceux liés à sa rénovation avant l’organisation des Jeux (265 millions d’euros).

Pékin pour sa part a misé, les premières années ayant suivi les Jeux 2008, sur l’attrait touristique de son stade unique au monde du fait de son architecture atypique. Comme l’a exposé le quotidien économique « Les Echos » dans son édition du 16 Août 2011, « les agences de voyages de Pékin le confirment. Le Stade Olympique arrive derrière la Cité Interdite et la Grande Muraille dans le classement des sites préférés des visiteurs chinois dans la capitale ». Car avant les touristes étrangers, les chinois sont les premiers à venir, chaque année, visiter le « Nid d’Oiseau », d’où la question posée par le journaliste Gabriel Grésillon dans « Les Echos » : « Pourquoi un tel succès pour un stade? » avant d’en apporter la réponse : « D’abord parce qu’il cristallise toute la fierté associée à la réussite exceptionnelle des Jeux Olympiques de Pékin. Non contente d’être parvenue à métamorphoser sa capitale pour organiser sans fausse note le plus important événement planétaire, la Chine s’est propulsée sur la première marche du podium, raflant 100 médailles, dont 51 en or. Mais le ‘Nid d’Oiseau’ n’est pas seulement l’enceinte dans laquelle se sont déroulés la plupart de ces exploits. Il est aussi la manifestation de ce retour de la Chine au-devant de la scène internationale ».

Le journaliste poursuit par un constat saisissant : « En optant pour ce design résolument singulier et novateur, Pékin a fait preuve d’une capacité d’ouverture qui tranche avec l’image poussiéreuse dont pâtissait alors le pays à l’étranger. Une ouverture qui se perçoit dans le design même du stade, dont le parti pris était précisément d’exhiber à nu l’armature du bâtiment plutôt que de la dissimuler. Ce choix renvoie bien sûr à la volonté de ‘montrer au monde que la Chine est désormais capable des plus grandes prouesses’, comme le résume Tessa Aryani Untung », une architecte indonésienne installée dans la capitale chinoise.

Cependant, « le flux de touristes sur le site s’est effondré. Pris d’assaut après les Jeux, au point qu’il fallait limiter à 80 000 par jour le nombre de visiteurs, le stade ne parvient aujourd’hui à en attirer quotidiennement que quelques milliers ». d’où la nécessité de trouver de nouvelles sources de financement et c’est là, que les problèmes se posent, et non des moindres : « Comme tous les stades olympiques, il peine à trouver un modèle économique viable, d’autant qu’avec sa multitude de colonnes en plein air, il prend de plein fouet les agressions de la pollution […] Trop excentré par rapport au centre-ville, mal desservi par les transports en commun, il est éloigné des flux de population, ce qui a poussé la chaîne KFC à fermer le restaurant qu’elle y exploitait. Difficile également d’y organiser des événements sportifs. Comme l’explique Zhang Qing, qui dirige l’entreprise de consultants ‘Key Solutions’, ‘ce stade est trop grand par rapport au faible développement du sport professionnel en Chine’« . Avec un stade de 91 000 places – ramené depuis à 80 000 – le pays a peut être été trop ambitieux.

« Les Echos » avaient conclu l’analyse dans ces termes : « Avec son design époustouflant mais un succès populaire qui s’érode, on serait presque tenté de voir dans le ‘Nid d’Oiseau’ un résumé de [la] tension entre l’assurance débridée d’un régime et les interrogations toujours plus palpables de son peuple », où comment faire d’un stade olympique, un sujet de politique nationale et internationale!

Illustrations :

– Le Stade Olympique des Jeux de Londres 2012 (ODA)

– Vue intérieure du Stade Olympique de Pékin (site officiel)

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