L’éternel dilemme des toitures rétractables : l’exemple de l’US Open / Flushing Meadows

En Février dernier et après plusieurs mois de débats acharnés entre les villes candidates, la Fédération Française de Tennis (FFT) a pris la décision de maintenir les Internationaux de France de Roland-Garros sur le site historique de la Porte d’Auteuil dans le XVIe arrondissement de Paris.

Pour conserver le prestigieux tournoi, la capitale avait mis les petits plats dans les grands en garantissant à la FFT un bail de 99 ans, une modification du Plan Local d’Urbanisme (PLU) afin de permettre la rénovation du Court Central Philippe Chatrier et sa couverture par un toit rétractable, sans oublier la construction, dans les Serres d’Auteuil, d’un court de 5 000 places en remplacement de l’actuel Court N°1 – le troisième en capacité d’accueil – qui est destiné à être détruit.

A l’horizon 2016 – et comme je l’ai maintes fois évoqué sur le Blog – les Internationaux de France se dérouleront dans un site entièrement remodelé, plus accessible aux joueurs et aux spectateurs, de plus en plus nombreux chaque année, notamment du fait de l’engouement grandissant pour le tennis, de la part des touristes asiatiques, en premier lieu desquels, les Chinois.

Aujourd’hui, ce n’est plus Roland-Garros qui inquiète la sphère tennistique mondiale, mais l’US Open de Flushing Meadows. En effet, après trois finales Messieurs reportées en raison des conditions météorologiques – et sans doute une quatrième d’affilée cette année – certains se posent la question de l’opportunité de rester sur le site actuel.

D’ici cinq ans – autrement dit demain – l’Open américain sera le seul tournoi du Grand Chelem à ne pas posséder de stade ayant la capacité d’être couvert en cas d’intempéries.

En la matière, l’Open d’Australie installé à Melbourne, a été le précurseur et continu de l’être avec un investissement global qui pourrait dépasser le milliard de dollars si l’on prend en compte les travaux déjà entrepris (couverture de deux et bientôt trois courts) ou à venir. Wimbledon a suivi et Roland-Garros a donc acté ce changement majeur par rapport à la configuration actuelle.

De fait, Flushing Meadows est à la traîne mais pas uniquement en raison du coût financier d’une telle entreprise. Car au delà de l’impact financier, ce qui pose aujourd’hui le plus problème aux organisateurs américains est… la nature du sous-sol. En effet, lors de sa construction au milieu des années 1990, le Court Central Arthur Ashe, a été édifié sur un terrain instable, principalement constitué de cendres. Dès lors, l’aménagement d’un toit rétractable est techniquement impossible sur cette enceinte de 23 000 places.

Pour parvenir à couvrir le Central – le plus grand dans le monde du tennis – il faudrait construire un toit reposant sur des piliers enfouis dans le sol, ce qui sous-entend, une structure sans attache sur le stade existant. Cette construction serait bien entendu, bien plus onéreuse qu’une simple couverture. Ainsi, le coût d’une telle structure serait estimé entre 175 et 300 millions de dollars (126 à 216 millions d’euros). Pour comparaison, le projet d’extension de Roland-Garros dans son ensemble, est évalué par la Ville de Paris et la FFT à environ 250 millions d’euros.

Arthur-Ashe-Stadium---US-Open.jpg

A partir de là, trois options se présentent aux organisateurs de l’US Open :

– Se borner à demeurer le seul tournoi « ouvert » et être soumis aux aléas climatiques,

– Se résoudre à couvrir le Central ou un autre court plus modeste mais qui ne pourrait pas accueillir de finales,

– Décider un déménagement pur et simple du tournoi, sur un autre site new-yorkais ou – solution extrême – hors des limites géographiques de la mégalopole américaine.

1) Selon les données de « Nielsen Co », l’équivalent américain de Médiamétrie, les audiences des trois dernières finales messieurs de l’US Open ont été les pires enregistrées depuis 1992. La faute aux intempéries.

En demeurant dans le statut quo actuel, le tournoi risque à terme de voir ses audiences chuter, et par effet dominos, ses recettes baisser.

2) Début 2011, Jon Vegosen, Président de la Fédération Américaine de Tennis (UTSA) déclarait au « Wall Street Journal » : « Nous sommes dans un marché hyper-concurrentiel, et rester l’événement n°1 du tennis mondial, exige des investissements importants dans l’infrastructure du tournoi. Le National Tennis Center est un complexe vieillissant et d’importantes améliorations sont nécessaires ». Un tel investissement supposerait, comme je l’ai mentionné ci-dessus, la construction d’une structure couverte, indépendante du stade Arthur Ashe, ou l’aménagement d’un toit rétractable sur un court plus petit (par exemple le stade Louis Armstrong).

3) La question de l’exil du tournoi hors de New York pose également problème, l’UTSA ayant signé avec la Municipalité en 1993, un bail de 99 ans. En outre, la ville n’aurait pas intérêt à « abandonner » le tournoi, celui-ci rapportant pas moins de 420 millions de dollars de revenus directs dans ses caisses. Le déménagement présenterait enfin le risque pour les organisateurs, de ne pas connaître le niveau de recettes sur un site ne possédant pas le prestige de la « Big Apple » de même qu’une incertitude tenant au maintien de la fréquentation du tournoi.

Longtemps pionnier dans la phase de modernisation du tennis – il a notamment offert dès 1973, un gain équivalent pour la victoire aux hommes et aux femmes – l’US Open pourrait, dans les prochaines années, se retrouver en queue de peloton et être menacé par les tournois émergents, ceux-là même qui menaçaient, il y a quelques mois encore, la pérennité du titre de Grand Chelem du « French Open ».

Afin de mieux cibler le contexte actuel et futur, je vous propose ci-dessous, un bref rappel des aménagements de structures couvertes sur les tournois du Grand Chelem :

Rod-Laver-Arena---Melbourne.jpg – 1988 : Aménagement d’un toit rétractable de 700 tonnes composé de deux structures sur le court Rod Laver Arena (Open d’Australie – Melbourne). Il s’ouvre et se ferme en vingt minutes.

La construction de ce toit a permis au stade d’accueillir diverses manifestations culturelles (concerts de AC/DC, U2, Mariah Carey, Rihanna…) et sportives (Mondiaux de Gymnastique 2005, Mondiaux de Natation 2007, épreuves de gymnastiques des Jeux du Commonwealth 2006).

En 2009, la Rod Laver Arena a été classée 3e salle de concerts au monde derrière le Madison Square Garden de New York et l’O2 Arena de Londres avec quelques 700 000 spectateurs pour 84 concerts.

– 2000 : Construction de l’Hisense Arena (Open d’Australie – Melbourne) avec un toit rétractable capable de s’ouvrir et de se fermer en dix minutes.

Lors des Jeux du Commonwealth 2006, l’enceinte a accueilli les épreuves de cyclisme sur piste, de volley-ball et de basket-ball. Les Mondiaux de cyclisme sur piste 2010 se sont également déroulés dans l’Hisense Arena.

– 2009 : Aménagement d’un toit rétractable sur le Centre Court (Wimbledon – Londres). D’une superficie de 5 200m2, il pèse 700 tonnes et a été inauguré par Steffi Graf et Andre Agassi, deux des plus grands champions de tennis de l’ère Open.

La structure, placée en accordéon en position fermée, est opérationnelle en dix minutes. Il faut toutefois trente minutes au total, pour que les matchs puissent reprendre, le stade rénové étant conçu pour produire de l’air conditionné et l’environnement devant être dès lors stabilisé afin de ne pas fragiliser le toit rétractable.

– 2015 : Fin des travaux de revitalisation du Parc Olympique de Melbourne.

Parmi les travaux en cours de réalisation ou en projets (centre de formation…), notons la rénovation du court Margaret. A terme, l’enceinte aura une capacité de 7 500 spectateurs et disposera d’un toît rétractable.

– 2015-2016 : Toit rétractable sur le court Philippe Chatrier (Roland-Garros – Paris).

A noter l’éventualité de la couverture du court Suzanne Lenglen de Roland-Garros. Initialement non-retenu, le dispositif pourrait finalement être mis en oeuvre dans la foulée de la couverture du Philippe Chatrier.

Illustrations :

– Stade Arthur Ashe (onthebaseline.com)

– Rod Laver Arena (rodlaverarena.com.au)

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