« La crise grecque et les Jeux Olympiques » où le problème de la durabilité et de l’héritage olympique

Le 17 Février dernier, Guillaume Guichard, journaliste au quotidien « Le Figaro », revenait sur les problèmes économiques que rencontrent depuis plusieurs mois la Grèce et dressait un parallèle entre « la crise grecque et les Jeux Olympiques » d’Athènes 2004.

Selon lui, la « Grèce n’a pas récolté les fruits de ces investissements » massifs – plus de 9 milliards d’euros – reprenant alors l’analyse de Victor Matheson, spécialiste américain de l’économie du sport pour qui, « l’année des JO, les touristes ont fui la Grèce, et pour cause : Athènes était devenu un gigantesque chantier […] Et il n’y eut pas de boom touristique en 2005 comme certains le prévoyaient après le battage médiatique autour de la Grèce ». Guillaume Guichard reprend enfin l’analyse de Philippe Sabuco pour qui « le problème structurel de la Grèce se trouve plutôt du côté des recettes et de la collecte des impôts ».

Le problème principal des Jeux d’Athènes – comme ceux de Montréal 1976 d’ailleurs – vient du fait que les organisateurs n’ont pas pensé l’héritage olympique, le développement durable des Jeux.

Comme je le rappelle dans mon Mémoire sur les « Impacts et l’héritage des Jeux Olympiques modernes »  (format PDF), Athènes a du faire face le lendemain de sa désignation comme Ville Organisatrice, à un défi aux multiples facettes avec « d’un côté la volonté de moderniser en profondeur les infrastructures de transport et d’hébergement existantes mais obsolètes pour une ville européenne, tout en lançant la construction des sites olympiques, et d’un autre côté, le souhait de valoriser le riche patrimoine archéologique d’Athènes et de sa proche banlieue ».

Sur le budget global des Jeux, près de la moitié a concerné l’aménagement de la ville et plus largement de la Grèce avec « la construction d’un tramway, d’un Réseau de transport suburbain, d’un périphérique autoroutier de 60 kilomètres, l’Attiki Odos et enfin la modernisation et l’extension du métro athénien ». Ces aménagements ont directement bénéficié à la population puisque « l’autoroute ‘Attiki Odos’ était réclamée par les athéniens depuis les années 1960 au même titre que le tramway dont la précédente ligne avait été supprimée dans la première moitié du XXe siècle ».  

En revanche, pour ce qui concerne les infrastructures sportives, « la capitale grecque n’a pas su anticipée la période post-olympique et est devenue l’exemple de ce qu’il ne faut plus faire. En construisant l’ensemble des sites de compétition, la ville avait fait un choix surprenant de durabilité, qui avait d’ailleurs inquiété le CIO au regard des nombreux retards quant à la livraison des sites olympiques pour Août 2004. Aujourd’hui, seuls 30% des sites de compétitions ont été reconverti, les autres restant d’immenses ‘éléphants blancs’ dénomination employée par les déçus des Jeux d’Athènes 2004. […] En plus [du coût global de 9 milliards d’euros, dont une partie provient du soutien financier de l’UE], l’Etat grec et sa capitale doivent dépenser, chaque année depuis la fin des Jeux, 50 millions d’euros au titre de l’entretien des sites olympiques à l’abandon. Richard W. Pound, Président de la Commission d’Etude des Jeux Olympiques estimait pourtant dans le Rapport de la 115e session du CIO publié en 2003, que ‘la maintenance après les Jeux d’un site sous-utilisé peut être un fardeau financier considérable pour la ville hôte et en fin de compte s’avérer contreproductif par rapport à l’usage pour lequel le site était prévu à l’origine' ».

Le constat est différent pour les Jeux de Londres 2012 – et Guillaume Guichard oublie d’ailleurs de le mentionner – puisque les organisateurs britanniques – qui doivent faire face à un triplement du budget initial – n’avaient pas prévu la crise financière et économique de 2008 et comptaient grandement sur des investisseurs privés qui finalement se sont désistés… sans oublier bien sûr la grande part du budget londonien absorbée par la nécessaire modernisation et sécurisation du réseau de transports publics, déjà pointé du doigt par le Rapport de la Commission d’Evaluation des Jeux 2012.

Les Jeux Olympiques sont rarement « profitables » aux Villes Organisatrices, sur le court terme. Seule Los Angeles (1986) a réussi à dégager un bénéfice de quelques centaines de millions de dollars.

En revanche, une organisation réussie et réfléchie de l’évènement peut profiter à la Ville et à sa région sur les moyens et longs termes (retombées économiques liées aux investissements ultérieurs…).

L’exemple d’une telle réussite post-olympique demeure celui de Barcelone qui organisa les Jeux d’été 1992. Comme je l’ai indiqué dans mon Mémoire, « la venue des Jeux Olympiques a incontestablement servi de tremplin à une ville transformée, poumon économique de l’Espagne et quatrième ville d’affaires d’Europe. Mais au-delà de la seule ville de Barcelone, c’est l’ensemble de l’Espagne qui a surfé sur la vague ‘olympique’ en 1992, à l’exemple de Madrid, ‘Capitale Européenne de la Culture’ et de Séville, hôte de l’Exposition Universelle ». Construite sur un modèle en damier, la cité espagnole a longtemps souffert de la bureaucratie franquiste et de plans d’aménagements urbains morts-nés.

Les aménagements olympiques entre 1986 et 1992 ont permis de réhabiliter le quartier du front de mer jusqu’alors à l’abandon (ancienne zone industrielle), de même que les quartiers historiques (les Ramblas) et le désormais célèbre Montjuic, où se trouve le Stade Olympique ainsi que le Palau Sant Jordi, dont j’avais récemment vanté les mérites et qui accueille régulièrement des manifestations sportives et culturelles du fait de sa très grande capacité (environ 20 000 places). La Piscine Olympique de Barcelone a aussi acquis une reconnaissance internationale avec l’accueil des Mondiaux 2003 et prochainement les Mondiaux 2013 dont l’organisation a été retirée à Dubaï après son retrait soudain en Mai 2010 du fait de difficultés économiques…

Pour les Jeux de 2018, Annecy a élaboré un véritable plan de durabilité de ses sites, puisque ne seront construits de manière permanente, que les sites nécessaires à l’attractivité du territoire après les Jeux, à l’image de l’Anneau de Vitesse qui sera alors la seule structure de ce type en France ! Le stade olympique témoigne également d’une réflexion sur l’héritage post-olympique. En effet, comme je l’avais précisé dans le Dossier Thématique : Présentation et analyse de la Candidature « Annecy 2018 », le Théâtre des Cérémonies, structure de 42 000 places, sera entièrement démontable et ne sera donc pas conservé après les Jeux… dans le cas, évidemment, où Annecy en obtiendrait l’organisation.

Illustration :

– Cérémonie d’Ouverture des Jeux Olympiques d’Athènes 2004 (CIO / KISHIMOTO Tsuyoshi – Publiée sur le site officiel des Jeux de Pékin 2008)

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