Alpes françaises 2030 : Devant les Sénateurs, Edgar Grospiron reste droit dans ses bottes

Auditionné devant la Commission sénatoriale en charge de la Culture, de l’Éducation, de la Communication et du Sport, le Président du Comité d’Organisation des Jeux d’hiver des Alpes françaises 2030 s’est expliqué sur les raisons – selon lui – de la crise de gouvernance qui frappe l’instance et sur les moyens de relever la tête pour affronter les prochaines échéances-clés des préparatifs d’accueil de l’événement dans tout juste quatre années.

Edgar Grospiron, Président du Comité d’Organisation des Jeux des Alpes françaises 2030, mardi 18 février 2025 à Décines-Charpieu, Rhône (Crédits – CNOSF / KMSP)

Annoncée ces dernières semaines, l’audition du Président du COJO, Edgar Grospiron, et du Délégué Interministériel aux Jeux Olympiques et Paralympiques (DIJOP), Pierre-Antoine Molina, s’est déroulée comme convenu ce mercredi 25 février 2026 en début de matinée.

Connecté en visioconférence eu égard aux contraintes d’agenda entre la fin des Jeux Olympiques de Milan-Cortina 2026 et les engagements en vue des Jeux Paralympiques à venir, Edgar Grospiron a dès lors eu l’occasion d’aborder différents sujets et divers aspects tenant tant à la gouvernance actuelle des JO 2030 qu’aux préparatifs et à l’avancée de ces derniers.

Pour le Président du COJO, cette audition a notamment permis d’évoquer le départ de Cyril Linette, Directeur Général de l’instance organisatrice dont le débarquement a été officialisé ce jour eu égard aux « désaccords insurmontables » entre les deux hommes concernant les orientations à prendre pour garantir le succès des chantiers à réaliser d’ici 2030.

Souhaitant à ce sujet mettre en perspective ce départ forcé avec les démissions ayant jalonné les dernières semaines, en particulier celle de la Directrice des Opérations, en décembre 2025, et celle du Directeur de la Communication, en janvier 2026, Edgar Grospiron a ainsi affirmé :

Ces démissions, ce sont des problèmes qui, de mon point de vue, sont au départ des problèmes organisationnels.

La manière dont cette organisation s’est mise en place, c’était une organisation en râteau où, en novembre-décembre, un Directeur Général avait douze Directions en direct et où le management de ces Directions était compliqué parce que ça nécessite de passer quand même beaucoup de temps avec chacun, et lorsque nous n’avons pas le temps, nous ne pouvons pas passer avec chaque Directeur au fond des sujets.

L’organisation manquait de robustesse et les gens avaient tendance, soit à rester dans leur couloir, sans travailler de manière collective, et cela peut expliquer certaines démissions, soit des gens qui n’étaient pas au rendez-vous des exigences – celles demandées par le Directeur Général – et dont nous avons décidé de nous séparer.

Par la suite, face aux inquiétudes soulevées par les Sénateurs au sujet d’une gouvernance à la dérive, le Président en exercice du COJO a souhaité apporter quelques éclaircissements concernant la question du cabinet dont il s’est entouré et qui a contribué à un isolement certain, renforçant les tensions internes et in fine, la fuite en avant assumé de la figure de proue de l’instance.

Comme l’a justifié avec aplomb le Champion Olympique de bosses aux Jeux d’Albertville 1992 :

Le cabinet – tel qu’il avait été configuré à mon arrivée – n’existe plus.

Il s’agissait de quelques personnes que j’avais recruté pour me permettre de lancer le COJO il y a un an. En arrivant, j’ai effectivement sollicité un collaborateur pour m’aider à déposer les statuts en Préfecture, ouvrir les comptes en banque et lancer les premières procédures, tout en amorçant les relations que je devais créer avec les territoires et avec la SOLIDEO.

Depuis le mois de juillet, ce cabinet a été reconfiguré en une Direction Exécutive. Certains collaborateurs sont restés, d’autres sont partis.

Des éclaircissements qui ne sont pas forcément de nature à convaincre et à soulever les suspicions d’ingérence en interne, en particulier au sujet de la distinction entre les fonctions de Président et de Directeur Général du COJO.

Incarnées jusqu’alors par deux personnalités, lesdites fonctions ont en effet toutefois pu apparaître comme relevant finalement d’une seule et même personne, en l’occurrence, Edgar Grospiron, au détriment des responsabilités propres à Cyril Linette. Lors de son départ, le Président du Comité des Rémunérations avait d’ailleurs ciblé l’omnipotence supposée du Président du COJO.

Aussi, le Président du COJO a voulu faire le distinguo entre un Président exécutif et un Directeur Général dont le rôle devrait se cantonner au management des équipes. Or, les fonctions d’un tel cadre dirigeant dépassent ce seul volet du fonctionnement interne, comme a pu le démontrer notamment l’exercice réalisé des années durant par Étienne Thobois avec Paris 2024 ou Andrea Varnier avec Milan-Cortina 2026, ce dernier ayant même été le chef d’orchestre du Programme des Sponsors de l’édition italienne.

Dans le même temps, Edgar Grospiron a aussi reconnu avoir pu prendre le leadership sur des dossiers bien spécifiques qui permettent d’avoir une lecture complémentaire à la crise en cours.

Ainsi que l’a évoqué l’ancien Directeur Général de la première partie de candidature d’Annecy dans la course aux Jeux d’hiver de 2018 devant la Commission :

Dans le cas du projet qui est le nôtre aujourd’hui, la compétence managériale, c’est le Directeur Général, c’est lui qui anime ses équipes.

Ce qui n’a jamais empêché le Président exécutif que je suis d’aller en pointe sur certains sujets comme je peux l’être aujourd’hui sur les aspects des partenariats, ou comme j’ai pu l’être à un moment sur des sujets comme la réintégration de Val d’Isère. Il n’y a pas de confusion entre les deux fonctions.

Tout au long de son audition qui a duré environ deux heures, avec bien sûr les réponses du Président du COJO, les interventions de chacun des acteurs présents, mais également les réponses fournies par le DIJOP qui a lui-aussi été sollicité par les questionnement des Sénateurs, Edgar Grospiron est en tout cas apparu déterminé, mais surtout droit dans ses bottes.

Sans jamais vraiment porter la moindre part de responsabilité dans la crise de gouvernance, Edgar Grospiron a surtout semblé vouloir diriger les maux du COJO sur le dos d’une organisation mal coordonnée jusqu’à présent par le seul Cyril Linette dont il avait pourtant vanté les mérites lors de la nomination de ce dernier en avril 2025.

De surcroît, le Président du COJO a clairement balayé d’un revers de la main toute démission de son poste et ce, même si son destin à la tête de l’instance n’est plus réellement entre ses mains à l’heure de la mission d’accompagnement pilotée par Étienne Thobois et au moment où l’État a diligenté, via le gouvernement, une mission d’inspection de la gouvernance.

Comme il l’a notamment déclaré avec force devant les Sénateurs :

Je suis surpris et même stupéfait par les questions concernant ma démission. Je ne sais pas où vous avez pu entendre que j’ai pu émettre l’idée même de démissionner. Que ça puisse être des suppositions que vous avez pu lire dans les médias, peut-être. Mais est-ce que vous m’avez entendu dire autre chose que j’étais à 100% impliqué dans la réussite de ce projet ? Je ne crois pas.

Dans un contexte qui reste incertain quant à l’issue de la crise bien que les prochaines semaines conduiront à des décisions suivants les recommandations des missions précitées, Edgar Grospiron a aussi adopté une approche optimiste pour la suite, jugeant les retards limités et non-insurmontables.

Cette approche est d’autant plus importante pour le Président du COJO que l’année 2026 constitue un moment important pour enclencher les différents marqueurs qui permettront de garantir le succès des Jeux et la livraison effective de ces derniers.

Comme il l’a en ce sens affirmé avec une confiance certaine :

Cette crise de gouvernance n’a pas d’incidence sur la livraison des Jeux.

Si nous n’avions pas pris de décision responsable, si nous avions caché ces problèmes, là nous aurions pu avoir plus de tensions à terme. Dès que nous avons identifié les difficultés, nous avons tâché de les résoudre et de mettre en place des processus pour rendre notre organisation plus robuste.

Nous sommes à un moment charnière.

A l’issue des Jeux de Milan-Cortina 2026, le COJO aura un an d’existence. L’objectif, il y a un an lorsque j’ai pris mes responsabilités [à la tête du COJO], c’était de rattraper les deux ans de retard que nous avions pour pouvoir arriver au point de passage à quatre ans de l’organisation de nos Jeux. Un point de passage en termes d’organisation, de ressources humaines, de structuration de notre gouvernance. Cette année de structuration est essentielle pour entrer dans la phase de planification stratégique qui nous amènera jusqu’aux Jeux de Los Angeles 2028. […]

La mission d’Etienne Thobois doit nous permettre de nous mettre en ordre de bataille pour rentrer et assurer cette phase de planification stratégique.

Mais si les questions liées à la gouvernance et à la nécessaire restructuration de celle-ci ont sans surprise occupé une large part des discussions de cette matinée écoulée, Edgar Grospiron a tout de même pu aborder des problématiques en suspens concernant les préparatifs d’accueil des Jeux.

Sur ces points, le Président du COJO s’est voulu résolument rassurant, comme il a pu l’être d’ailleurs lors de la présentation de l’avancée des démarches devant la 145ème Session du CIO au début du mois de février.

La carte des sites doit ainsi être validée par l’institution olympique d’ici la fin du printemps 2026, tandis que les semaines à venir verront la révélation de l’identité visuelle et de l’emblème des Jeux d’hiver de 2030.

Ainsi que l’a résumé Edgar Grospiron, conscient que les mois qui s’annoncent seront décisifs :

Les sujets avancent en dépit des difficultés de gouvernance.


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