Seule femme candidate à la présidence du Comité International Olympique (CIO) et unique représentante du continent africain, Kirsty Coventry pourrait inscrire son nom au Panthéon du Mouvement olympique qu’elle a appris à connaître en parallèle de sa riche carrière sportive, auréolée de l’un des plus beaux palmarès de la natation féminine de ces deux dernières décennies.

Olympienne par excellence, Kirsty Coventry a participé à cinq éditions des Jeux Olympiques d’été, de Sydney 2000 à Rio 2016, en passant par Athènes 2004, Pékin 2008 et Londres 2012.
Durant cette longue période d’activité dans les bassins, la spécialiste du dos et du quatre nages a glané pas moins de sept breloques olympiques, dont deux titres, quatre médailles d’argent et une médaille de bronze, sans compter un foisonnement de médailles mondiales – huit en grand bassin et cinq en petits bassins – et plusieurs records du monde ayant jalonné son parcours de sportive de haut niveau.
Forte de cette expérience sans équivalent parmi les sept postulants à la fonction de Président du CIO, la native du Zimbabwe – diplômée d’une Licence de Gestion en Hôtellerie et Restauration, option commerce, de l’Université d’Auburn (États-Unis) – se présente à la présidence du CIO avec une solide approche du monde sportif et des besoins de celui-ci.
Car au-delà de sa carrière sportive, la benjamine de la course – 41 ans – a aussi su s’imposer dans les arcanes du pouvoir, dans son pays et à l’échelle internationale.
Membre du Comité National Olympique du Zimbabwe depuis 2013, un temps Vice-Présidente de cette instance (2017-2018) avant d’être nommée Ministre des Sports en 2018, Kirsty Coventry a notamment été la représentante des athlètes au sein de l’Agence Mondiale Antidopage (AMA) de 2012 à 2021, membre du Comité des Athlètes de l’AMA de 2014 à 2021, avant d’accéder aux fonctions de Vice-Présidente de la Fédération Internationale de Surf (ISA) en 2016 et d’être élue membre du Comité des Athlètes de la Fédération Internationale de Natation (FINA) à partir de 2017.
Soucieuse de transmettre à la jeune génération les clés pour appréhender l’univers aquatique et sportif dans son ensemble, elle est par ailleurs la fondatrice de la « KCA Swim Acadamy » qui se consacre à l’apprentissage de la natation et de la sécurité en milieu aquatique pour les enfants, et co-fondatrice de « HEROES », organisation à but non lucratif œuvrant auprès d’enfants âgés de 6 à 13 ans dans des territoires défavorisés. Ceci, sans compter également ses missions d’intervenante lors de séminaires dans des écoles et auprès d’athlètes.
Cet engagement et ce dévouement ont indéniablement contribué à l’installer au coeur du CIO qu’elle a rejoint dès 2013 en intégrant la Commission des Athlètes qu’elle a présidé entre 2018 et 2021, période durant laquelle elle a surtout pu siéger dans l’incontournable Commission Exécutive, composée d’une poignée de membres, des quatre Vice-Présidents et du Président du CIO.
En parallèle de ce développement au sommet de la sphère olympique, Kirsty Coventry s’est aussi forgé une expérience certaine en gravitant dans une pluralité de Commissions, dont la Commission de Coordination pour les Jeux de Tokyo 2020, la Chaîne Olympique (2015-2018), mais encore la Commission des Affaires Publiques et Développement Social par le sport (2016-2018), ou le Conseil d’administration d’Olympic Channel Services S.A. (2018-2021).
Surtout, elle est parvenue à tisser des liens précieux jusqu’à aujourd’hui en étant toujours en poste dans les Commissions des Finances, de la Solidarité Olympique, des Affaires Publiques et Communication Institutionnelle, sans manquer en outre de citer son rôle de Présidente de la Commission de Coordination des Jeux Olympiques de la Jeunesse de Dakar 2026 et de la Commission de Coordination des Jeux de Brisbane 2032 et ce, après avoir été l’une des membres choisies pour évaluer les Villes Candidates aux JO 2024.

Avec un tel profil, Kirsty Coventry est immanquablement une solide prétendante à la fonction suprême, déployant pour cela cinq axes prioritaires au travers de son document de candidature.
Soucieuse de mobiliser la force du sport, elle entend ainsi donner la priorité aux athlètes, en renforçant les missions actuelles et en développant de nouvelles opportunités, via notamment les ressources issues du Programme des Partenaires Olympiques Mondiaux (TOP) et des droits de diffusion des Jeux, avec l’ambition complémentaire d’intensifier les programmes de carrière des athlètes pour accompagner au mieux ces derniers dans leur reconversion.
Le renforcement du sport féminin, la lutte contre les inégalités dans le sport, l’extension du programme des bourses de la Solidarité Olympique, ou le renforcement des partenariats en s’appuyant entre autre sur l’Intelligence Artificielle figurent également parmi les chantiers majeurs que Kirsty Coventry veut mettre en œuvre en cas d’accession à la présidence du CIO.
Une plus grande implication des Fédérations Internationales pour renforcer la portée des événements olympiques et améliorer la livraison et les retombées de ces derniers.
Désireuse par ailleurs de maximiser la collaboration et l’engagement des membres du CIO – avec ici un renforcement des prérogatives des Commissions et un pouvoir décisionnel des membres rehaussé – la candidate prévoit de poursuivre la coopération entre les divers organes faisant la composition du Mouvement olympique et ce, dans une volonté de tirer le meilleur de chacun.
Il en est de même en ce qui concerne la promesse de renforcer les partenariats en vue de créer les conditions et de bâtir une croissance mutuelle.
Pour rendre les Jeux les plus accessibles possibles, Kirsty Coventry – consciente que l’événement planétaire ne peut permettre à tout le monde d’y prendre part – avance l’idée d’une stratégie repensée pour étendre la portée de la plateforme olympique et pour accroître l’engagement numérique du Mouvement olympique avec OBS et la Chaîne Olympique.
Ce souhait de revoir la stratégie d’accessibilité des Jeux s’explique pour partie par la nécessité de se rapprocher d’un public jeune, consommateur de sport d’une façon nouvelle et attentif à l’intégration de disciplines dont ils maîtrisent les codes.
A l’image de ce qui a pu être engagé sous la double mandature de Thomas Bach dont elle s’inscrit dans les pas, Kirsty Coventry entend relever le défi du développement durable.
Ainsi qu’elle l’expose :
Les Jeux Olympiques doivent montrer l’exemple en matière de responsabilité environnementale et se poser en champions des pratiques durables dans les domaines des infrastructures, de la logistique et des opérations.
En adoptant des innovations qui réduisent les déchets, conservent l’énergie et minimisent l’empreinte carbone, nous pouvons créer un héritage durable pour les Villes Hôtes et inspirer les Futurs Hôtes à accueillir les Jeux.
Dans cette logique, l’ancienne nageuse préconise de moduler le schéma organisationnel tenant autant aux Jeux d’été qu’aux Jeux d’hiver.
Comme elle l’explique notamment :
La croissance pour la croissance n’est plus tenable.
Avec 10 500 athlètes olympiques l’été et 2 900 athlètes olympiques l’hiver participant déjà aux Jeux, l’ajout de nouveaux sports et compétitions doit être mis en balance avec les sports existants, la capacité des Villes Hôtes et l’écosystème olympique dans son ensemble.
Je m’appuierai sur notre expertise collective pour examiner avec minutie la révision du programme sportif.
Comme d’autres candidats, Kirsty Coventry veut faire progresser la crédibilité et la confiance, tant dans le Mouvement olympique que dans le déroulement des Jeux.
Pour cela, elle promet une clarification du rôle et des responsabilités des diverses parties prenantes, le maintien de la neutralité du CIO dans un monde polarisé, tout en prônant une tolérance zéro pour la corruption, le dopage et les comportements contraires à l’éthique.

A l’évidence, Kirsty Coventry se pose en digne successeure de Thomas Bach.
Sans engager de grandes manœuvres, elle souhaite avant toute chose consolider les acquis des réformes menées jusqu’alors et renforcer les opportunités là où elles peuvent être déployées de manière plus soutenue.
En somme, tout en capitalisant sur l’héritage des réformes conduites sous la présidence de Thomas Bach, Kirsty Coventry apporterait certainement un vent de nouveauté pour poursuivre l’ouverture du CIO et des Jeux en direction des femmes et de la jeunesse notamment.
Néanmoins, malgré les efforts consentis au cours de la dernière décennie, avec un accroissement sensible du nombre de femmes élues membres du CIO – 41% du contingent des membres en 2023 contre 20% en 2013 – il n’est pas acquis que l’institution fondée par le Baron Pierre de Coubertin soit aujourd’hui prête à franchir le pas ultime.
Or, et même si cela ne peut être un argument en soi, l’installation éventuelle de l’ancienne nageuse à la tête du CIO enverrait au monde un signal fort pour une gouvernance rajeunie et féminisée, un signal qui pourrait avoir un impact non-négligeable dans les prochaines années au sein des organisations sportives en quête d’un plus juste équilibre entre les hommes et les femmes.
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