Exclusif « Sport et Société » : Tribune des salariés de la Direction des Sports de France Télévisions

Au lendemain d’une motion de défiance visant la Présidente de France Télévisions, Delphine Ernotte, « Sport & Société » publie aujourd’hui une tribune de 130 salariés de la Direction des Sports.

Transmise par Thierry Vildary, journaliste et élu indépendant au Comité d’établissement du siège de France Télévisions, cette tribune rassemble largement les journalistes et les personnels techniques et administratifs d’un service qui, aujourd’hui, se retrouve sous la menace d’une réduction des investissements. Le projet de budget 2018 prévoit en effet une baisse de 10% de la part consacrée aux sports sur France Télévisions, soit 180 millions d’euros envisagés contre 200 millions sur l’année écoulée.

Cette baisse drastique, qui pourrait s’entendre par un allégement du catalogue des événements sportifs du groupe audiovisuel public et par un impact sur l’emploi, est de nature à avoir de lourdes répercussions en ce qui concerne l’ambition de diffusion des rendez-vous sportifs, à commencer par la perspective des Jeux Olympiques et Paralympiques de Paris 2024.

A ce jour en effet, aucune certitude n’est établie quant à l’intérêt de France Télévisions de se porter candidat à la diffusion de cet événement majeur pour l’Hexagone, cent ans après les derniers Jeux d’été organisés dans la patrie du Baron Pierre de Coubertin.

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Tribune des salariés de la Direction des Sports de France Télévisions

Pour la première fois, un doute sérieux plane sur la capacité ou la volonté de la télévision publique française de diffuser les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2022 à Pékin et 2024 à Paris. Cela entrainerait sa disparition du paysage olympique pour la prochaine décennie. Ce doute est nourri par un contexte où la Présidence de France Télévisions ne fait plus du sport une priorité, tente de revendre une grande partie de son catalogue de droits sportifs et s’apprête à faire payer à la Direction des Sports l’essentiel des 50 millions d’euros d’économies demandées par l’État.

Nous parlons de cela cinquante ans presque jour pour jour après la première diffusion télévisée en couleur, en direct et en mondiovision, d’un événement : la cérémonie d’ouverture des Jeux de Grenoble en 1968.

Au delà du constat, ce risque de retrait de France Télévisions de l’Olympisme pose une série de questions. Il remet également en cause quelques principes qui fondent notre démocratie, le mouvement olympique et sa nouvelle trajectoire.

  • Alors que le pays s’apprête à accueillir les jeux du centenaire, nous pensons que le débat dépasse largement le cadre même de France Télévisions, ses dirigeants et ses salariés mais relève d’un enjeu national. Les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024 en France promettent de porter avec eux des évolutions, des opportunités, des investissements importants, dans le sport bien sûr, mais aussi dans l’éducation, la santé, les télécommunications, l’emploi. L’audiovisuel fait-il partie de ce champ public et peut-il en être exclu ?
  • Dans le pacte que le Comité International Olympique vient de signer avec la France, est-il envisageable que le groupe audiovisuel majeur du pays ne soit pas le partenaire, le témoin et le forum de ce contrat ?
  • À l’heure où le pays s’apprête à investir au moins 3,5 milliards d’euros dans les infrastructures des Jeux Olympiques en France, est-il raisonnable d’envisager que le contribuable, qui financera une part importante de ce projet, ne soit pas garanti d’avoir un accès libre, gratuit et complet à cet événement historique, et ne pas garantir la même réciprocité aux sports qui seront représentés en 2024 ? D’autant que, loin d’être hégémonique, France Télévisions a toujours su nouer des partenariats public/privé pour amortir ses coûts et offrir une diversité de choix au public.
  • Alors que les Jeux doivent être un accélérateur de prise de conscience et d’évolutions sociétales, un promoteur des nouvelles politiques d’inclusion, qui d’autre que France Télévisions peut offrir autant de visibilité aux sports paralympiques ? Qui peut assurer autant d’heures de diffusion aux Jeux quelque soit leur fuseau horaire ?
  • Devant nous s’annoncent à moyen terme de nouveaux bouleversements technologiques et les Jeux en seront comme toujours la rampe de lancement. Qui d’autre que France Télévisions peut assumer le rôle de plateforme de partage avec les pays émergents et en voie de développement ?
  • Face à des enjeux qui dépassent largement le cadre du sport, est-il souhaitable de se passer du groupe audiovisuel public qui, par la variété de ses canaux, son expertise et ses rédactions, est le seul capable de présenter tous les aspects d’un projet tel que l’organisation des Jeux dans un pays ? Qui d’autre qu’un groupe audiovisuel public peut offrir la garantie d’organiser le débat, toujours passionné autour des Jeux, de manière indépendante de toute pression ?
  • En dehors de France Télévisions, de sa mission de service public, de ses multiples antennes, de ses solutions numériques puissantes, qui peut assurer une couverture plus large des Jeux de jour, comme de nuit, offrir une visibilité de cette ampleur à tous les sports et pas seulement aux plus « rentables » en termes d’audience ? Qui d’autre peut être le partenaire de tous les médias des 270 millions de francophones dans le monde ?
  • Si à Los Angeles, et son projet entièrement privé, la question ne se pose pas en ces termes, en France, l’objectif assigné à ces Jeux de 2024 est clairement de servir de modèle inspirant pour d’autres villes et d’autres pays. Devrait-on comprendre qu’un désengagement de la télévision publique, partenaire historique du CIO, serait alors inclus dans ce nouveau modèle présenté au monde olympique ?
  • Parlons franchement, que représentent 50 millions d’euros de 2018 sur les quelques 20 milliards de budget cumulé de France Télévisions d’ici 2024 et au regard des investissements de long terme que consent la nation ? La chasse aveugle aux coûts doit-elle se transformer en mise à l’écart pour les dix ans qui viennent d’un partenaire historique du mouvement olympique ? Cette intention affichée, si elle devait se transformer en décision ou en défaite serait-elle bien proportionnée et finalement crédible ?

Chacun répondra à ces questions selon son analyse et sa sensibilité.

Il n’est pas question ici de prétendre qu’il faut dépenser sans compter, ni céder aux chantage de prix exorbitants. Pour notre part, nous pensons que le défi historique d’organiser les Jeux du centenaire à Paris doit prévaloir sur des considérations saisonnières, il nécessite une vision à long terme. Un tel dossier, avec ses enjeux, ne peut se balayer d’un revers de manche par quelques indiscrétions dans la presse.

France Télévisions est le témoin de l’histoire contemporaine de la France et du monde, c’est sa mission première, sa raison d’être. Les Jeux Olympiques et Paralympiques en font pleinement partie. Raconter, faire découvrir et partager, au fil du temps l’aventure de jeunes femmes et hommes de tous horizons lancés dans l’aventure olympique, témoigner de la transformation physique, technologique et sociétale d’un territoire lancé dans le défi olympique – pas seulement pendant une quinzaine estivale – c’est pleinement cela la mission actuelle de France Télévisions et pour l’avenir.

Les salariés de France Télévisions et ceux de la Direction des Sports en particuliers, sont viscéralement attachés à leur mission olympique, et le prouvent tous les deux ans. Pour toutes ces raisons qui nous semblent fondées, nous n’imaginons pas que la télévision publique de la France puisse manquer ce rendez-vous et, pour la première fois, tourner le dos à son histoire.

Nous en appelons donc aux autorités supérieures du pays et de l’olympisme pour que l’intérêt général, les valeurs portées par le mouvement olympique et finalement la raison l’emportent. La génération 2024 mérite que son histoire soit contée.

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Une réaction

  1. A l’heure où la commissaire européenne à la Concurrence, veut briser le monopole des fédérations sportives sur l’organisation des compétitions. Cela n’est pas contradictoire. Tout le sport au privé.
    A mort le droit associatif français et surtout mort au Ministère des Sports qui permet les monopoles des fédérations délégataires. Tout ou rien à l’anglo-saxonne. Ce n’est pas ce que nous voulons mais vu qu’on nous dénie le droit d’exister et qu’on se permet de régenter notre pratique sportive… Ce ne serait peut-être pas plus mal. https://t.co/tZ0vDRBf35

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