JO 2026 / 2030 : La perspective d’un retour des Jeux d’hiver aux États-Unis

A l’occasion de la 130ème Session qui s’était tenue cet été à Lausanne (Suisse), le Comité International Olympique (CIO) avait adopté les modalités pratiques relatives à la procédure de candidature aux Jeux d’hiver de 2026.

Se fondant sur l’obsolescence d’un modèle fragilisé par les retraits successifs de plusieurs villes initialement intéressées par les échéances 2022 et 2024, l’institution avait ainsi fait le choix de revoir une procédure jusqu’alors basée sur deux années.

De fait, le processus 2026 comportera – comme pour le processus 2024 – une séquence préparatoire dénommée « Phase d’invitation », mais n’intégrera in fine qu’une seule année dite « Phase de candidature ».

(Crédits – CIO / Greg Martin)

Concrètement, de septembre 2017 à octobre 2018, les Comités Nationaux Olympiques (CNO) et les villes susceptibles de proposer une candidature aux Jeux d’hiver pourront se rapprocher du CIO afin d’obtenir conseils et assistance.

Directement issue de l’Agenda 2020, cette opportunité avait été instaurée le 15 janvier 2015 pour les villes désireuses de présenter un projet aux JO de 2024. Les villes de Rome (Italie), Boston (États-Unis), Hambourg (Allemagne), Paris (France) et Budapest (Hongrie) avaient alors répondu à l’appel du CIO avant de confirmer – hormis Boston remplacée par Los Angeles – leur intérêt respectif à la mi-septembre 2015.

Pour l’échéance 2026, un modèle similaire est mis en place ; modèle pour lequel un Groupe de Travail du CIO doit être installé pour faciliter les échanges avec les CNO et villes intéressées. Le Programme d’observation des Jeux de PyeongChang 2018 sera par ailleurs ouvert aux potentiels prétendants et des ateliers thématiques seront installés, là-encore afin de faciliter la discussion.

Pour apporter force et crédibilité à leur ambition – et pour limiter les risques de retraits ultérieurs – les CNO et les villes devront clarifier la question référendaire et démontrer le soutien populaire dont pourrait bénéficier un projet olympique et paralympique.

Les CNO et les villes devront en outre apporter des éléments concrets relatifs au masterplan (positionnement des principaux sites, du Village des Athlètes, etc…), ainsi qu’au budget. Des informations concernant la sécurité, les transports et le logement seront aussi demandées, de même que des éléments portant sur les Jeux Paralympiques, la vision et l’héritage, ainsi que l’expérience sportive dans la ville et le pays.

Bien sûr, des informations relatives aux garanties financières que pourraient fournir les divers échelons administratifs – Ville, Région / Province, État – constitueront un préalable à toute candidature et ce, sans changement par rapport aux règles olympiques actuelles.

A l’issue de cette « Phase d’invitation », et sous l’égide du Groupe de Travail et de la Commission exécutive du CIO, les villes ayant apporté les éléments requis entreront officiellement dans la « Phase de candidature ».

D’octobre 2018 à octobre 2019, quatre étapes distinctes jalonneront la procédure.

Pour la première étape, le CIO installera une Commission d’évaluation chargée d’examiner sur pièces et sur sites les propositions soumises par les Villes Candidates.

Ces dernières devront d’ailleurs fournir quatre données essentielles : l’engagement des autorités gouvernementales à respecter les dispositions de la Charte Olympique et le Contrat Ville Hôte ; l’engagement de la Ville et du CNO à signer le Contrat Ville Hôte en cas d’élection ; les garanties concernant la sécurité ; et enfin les garanties portant sur l’aspect financier du projet.

A ces données majeures, il convient aussi d’ajouter les informations – affinées depuis la clôture de la « Phase d’invitation » – concernant le concept des Jeux, la structure de gouvernance, le soutien institutionnel et public, la durabilité et l’héritage.

Pour la deuxième étapeet sur le modèle existant pour la procédure 2024 – des groupes d’experts prépareront la visite de la Commission d’évaluation avant que celle-ci ne se déplace dans chacune des Villes Candidates.

Pour la troisième étape, la Commission d’évaluation collectera toutes informations complémentaires fournies par les Villes Candidates et publiera son Rapport d’évaluation qui servira de base à l’élection de la Ville Hôte.

Pour la quatrième étape, un briefing sera proposé aux Villes Candidates en juillet 2019 ; briefing au cours duquel elles auront la possibilité de présenter leur concept respectif aux membres du CIO et aux représentants des Fédérations Internationales des sports olympiques d’hiver.

En octobre 2019 enfin, la Session du CIO – qui se réunira à Milan (Italie) – sera chargée d’élire la Ville Organisatrice des JO 2026.

(Crédits – CIO)

Pour l’heure, plusieurs villes ont d’ores et déjà mentionné un intérêt – plus ou mois important – pour l’accueil des Jeux d’hiver : Calgary (Canada), Sapporo (Japon), Innsbruck (Autriche), Erzurum (Turquie), Sion (Suisse), Stockholm (Suède) – mais cette dernière s’est depuis retirée – ainsi qu’une poignée de villes américaines.

Dans la logique qui prévalait il y a encore quelques années, un Comité National Olympique ayant obtenu l’attribution d’une édition des Jeux avec une Ville Hôte, ne se portait pas candidat par la suite à court et moyen terme.

Toutefois, les bouleversements constatés par l’apport de l’Agenda 2020 et par les retraits massifs de Villes Candidates, ont rebattu les cartes.

La règle non-écrite de rotation des continents qui prévalait jusqu’alors est ainsi devenue caduque, et ce qui apparaissait comme une évidence hier s’est transformé en une parfaite incertitude.

Les bouleversements observés expliquent en conséquence – et pour partie – la désignation de Pékin 2022 pour l’accueil des Jeux d’hiver, quatorze années seulement après l’organisation par la capitale chinoise des Jeux d’été de 2008. Cette élection – survenue le 31 juillet 2015 à l’issue d’une procédure de candidature qui préfigurait le contexte que nous connaissons aujourd’hui – a de fait établi que trois éditions des Jeux successives se dérouleraient sur le continent asiatique : PyeongChang 2018 (hiver), Tokyo 2020 (été) et Pékin 2022 (hiver).

Rien d’étonnant dès lors, au regard de ces divers constats, à ce qu’une ville asiatique comme Sapporo se positionne sur l’échéance 2026. Il en est de même avec les villes américaines alors même que Los Angeles a obtenu l’attribution des JO d’été 2028.

(Crédits – USOC)

Au cours des cinq dernières années, le Mouvement olympique américain a pu remarquer l’intérêt porté par Salt Lake City (Utah), Anchorage (Alaska), Lake Placid (État de New York), Reno / Lake Tahoe (Nevada) ou encore Denver (Colorado).

En février 2014, l’USOC avait une première fois évoqué la possibilité d’une candidature hivernale sur fond de préparation à une candidature estival.

« Nous discutons avec une poignée de villes et si nous déterminons finalement qu’une candidature pour 2024 n’est pas dans l’intérêt du Mouvement olympique américain, nous verrons alors si une candidature pour les Jeux d’hiver de 2026 a plus de sens » avait alors affirmé Scott Blackmun, Directeur Général de l’USOC.

L’institution olympique américaine avait ensuite privilégié l’option 2024 – puis 2028 – laissant 2026 de côté. Casey Wasserman, Président de LA 2028 avait donné le même sentiment dans une interview accordée au cours de l’été à « Sport & Société ».

Le retour des Jeux d’été aux États-Unis a néanmoins conduit les autorités à rouvrir le dossier des Jeux d’hiver. Cette semaine, le Comité Olympique des États-Unis (USOC) a en effet franchi une étape supplémentaire en posant les bases d’une hypothétique candidature du pays aux Jeux de 2026 voire de 2030.

Paradoxalement, la prudence reste de mise, compte-tenu de la récente désignation de Los Angeles 2028 et des perturbations – sur le plan marketing en particulier – que pourraient engendrer une nouvelle candidature américaine sur la préparation de la Cité des Anges.

« Nous sommes clairement intéressés par l’accueil des Jeux d’hiver aux États-Unis. Nous devons discuter pour savoir avec quelle ville cela serait possible et à quel moment, pour 2026 ou 2030 » a précisé Larry Probst, Président de l’USOC et membre du CIO.

Nul doute que les villes américaines citées précédemment – et peut-être d’autres – seront susceptibles de s’engager à des degrés divers dans des discussions avec l’USOC.

L’institution devrait à cet égard préciser les modalités d’une procédure interne lors de la réunion de son Conseil d’administration programmée le 13 octobre 2017.

En l’état actuel des choses, une ville semble tenir la corde et avoir une longueur d’avance : Salt Lake City, qui a pour elle d’avoir organisé les derniers JO d’hiver sur le sol américain (2002).

(Crédits – Utah Olympic Legacy Foundation)

D’ailleurs, certains verront peut-être un signe dans le fait que l’USOC ait organisé son dernier rendez-vous média au sein de Park City, l’un des sites emblématiques de Salt Lake City 2002.

Cela restera sans doute un simple symbole, mais il faut dire que la ville de l’Utah a su profiter des Jeux d’hiver 2002 pour bâtir des axes de communication et aménager des sites sportifs qui ont depuis connu une reconversion.

« Salt Lake City fait partie de ces villes attractives. Nous ne formulons pas seulement des promesses.

Nous continuons de prendre des mesures importantes pour montrer au monde que nous sommes en pointe en matière d’utilisation de nos sites olympiques » avait d’ailleurs souligné, en 2014, Colin Hilton, Président de l’Utah Olympic Legacy Foundation.

A ce titre, les tremplins de saut à ski ont été modernisés entre 2014 et 2015 pour permettre une diversification des activités en dehors de la seule saison hivernale. L’Anneau de vitesse a quant à lui fait la démonstration de l’ambition énergétique de la ville de l’Utah, avec notamment l’installation de panneaux solaires sur ses parkings.

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Si le passé olympique de Salt Lake City est un argument de poids, il faudra aussi compter sur la mobilisation populaire et sur un investissement financier pour assurer la capacité de la ville à organiser à nouveau les Jeux.

Sur le premier point, un sondage réalisé en janvier 2014 avait fait mention d’un taux d’adhésion de 82% à l’égard d’une candidature aux Jeux d’hiver.

L’enquête, menée par Dan Jones & Associates et David Eccles School of Business de l’Université de l’Utah, avait en outre indiqué que 92% des habitants de l’État percevaient les Jeux de 2002 comme ayant été bénéfiques au développement du territoire.

L’héritage matériel d’une part, l’héritage immatériel d’autre part.

En janvier de la même année, Natalie Gochnour avait ainsi plaidé pour une nouvelle candidature de Salt Lake City, exposant alors de multiples raisons.

« Beaucoup sont bien connues – l’appui de la population, les installations déjà construites, le rapprochement des sites des compétitions… mais des Jeux Olympiques à Salt Lake City serait également plus abordables et respectueux pour l’environnement que les autres potentielles villes candidates aux États-Unis.

[…] Un grand nombre d’habitants de l’Utah n’ont aucun ou peu de souvenir de l’expérience remarquable de l’organisation des Jeux. Aujourd’hui, il y a environ 1,2 million de personnes âgées de moins de 24 ans. Parmi cette catégorie d’âge, les plus anciens n’avaient que 12 ans en 2002.

D’ici à 2030, le contraste sera encore plus grand. Le nombre de personnes n’ayant aucun ou peu de souvenir des Jeux de Salt Lake City sera alors de 2 millions, soit plus d’un habitant sur deux » avait affirmé la Doyenne associée à la David Eccles School of Business, par ailleurs économiste en chef de la Salt Lake Chamber.

Sur le second point, les partisans d’une candidature de Salt Lake City ont établi – dès 2013 – un budget d’organisation de l’ordre de 1,7 milliard de dollars et ce, en se fondant en partie sur les sites existants.

Ancien Maire de Salt Lake City, Deedee Corradini avait d’ailleurs précisé la philosophie d’une éventuelle candidature :

« Nous utiliserions les mêmes installations que pour les Jeux de 2002.

Nous aurions seulement à en moderniser certaines. Il nous faudrait sûrement aussi construire un nouveau Village des Athlètes ».

A cet investissement, il ne faut pas négliger aussi l’apport de soutiens institutionnels et politiques.

Mitt Romney, lors d’une conférence de presse en février 2001 (Crédits – Douglas C. Pizac / AP)

Sur ce point, Salt Lake City peut d’ores et déjà compter sur l’appui de l’ancien Président du Comité d’Organisation de SLC 2002, ex-Gouverneur du Massachusetts, et ex-candidat Républicain à l’élection présidentielle américaine de 2012, Mitt Romney.

Dès 2013, Mitt Romney avait fait savoir qu’il soutiendrait une nouvelle candidature de la ville de l’Utah. Quatre ans plus tard, l’enthousiasme est toujours présent, bien qu’atténué par les enjeux actuels autour de LA 2028.

« La première priorité est de soutenir les Jeux de Los Angeles. Ils doivent être un succès.

[…] A un moment donné, Salt Lake City devrait à nouveau accueillir les Jeux d’hiver. C’est un endroit incroyable et une expérience si grande pour ne pas avoir à nouveau les Jeux.

[…] Je pense que ce serait dans l’intérêt premier de Salt Lake City et du Mouvement olympique de faire en sorte que les Jeux d’hiver reviennent dès que possible dans l’Utah » a déclaré l’ancien leader du Comité d’Organisation de SLC 2002 dans une interview à « Deseret News ».

Cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Salt Lake City 2002 (Crédits – CIO)

Au-delà de Salt Lake City, d’autres villes – ou personnalités locales – se sont exprimées en faveur d’une candidature américaine aux Jeux d’hiver de 2026.

Concernant Lake Placid, les arguments sont à ce jour bien moins éloquents que pour Salt Lake City, même si la ville de l’État de New York peut faire valoir son expérience olympique passée.

Néanmoins, en dépit des soutiens affichés en 2014 et en 2015 par Rob Astorino, candidat Républicain battu pour le poste de Gouverneur de l’État de New York, et par Anthony G.Collins, coprésident du North Country Regional Economic Development Council, les défis semblent importants à relever pour Lake Placid.

De taille modeste – environ 3 000 habitants – la ville devrait nécessairement s’associer à d’autres villes ou territoires pour espérer présenter un projet crédible. Elle devrait en outre obtenir des financements – publics ou privés – d’envergure pour moderniser ses sites existants et engager de nouveaux aménagements. Enfin, et c’est là une condition sine qua non, une hypothétique candidature devrait avoir l’aval des autorités municipales.

Or, à ce jour, le Maire de Lake Placid n’est pas des plus enthousiastes à la perspective d’une candidature olympique et paralympique.

En 2014, Craig Randall avait ainsi affirmé que « les Jeux Olympiques d’hiver comme nous les connaissons aujourd’hui sont en dehors de la capacité de Lake Placid, pas en termes de sites, mais en ce qui concerne la taille de l’événement ».

Le chemin est encore long donc pour Lake Placid, de même que pour Anchorage, Reno / Lake Tahoe, et Denver.

In fine, seule Salt Lake City semble aujourd’hui en mesure d’incarner une option suffisamment solide pour porter une candidature olympique et paralympique pour 2026 ou pour 2030.

Si d’aventure l’USOC décide concrètement de s’engager dans la voie d’une candidature hivernale, et si la principale ville de l’Utah venait à être désignée par l’institution, elle pourrait – en cas d’élection par le CIO en 2019 – intégrer un cercle bien fermé : celui des Villes Olympiques ayant accueilli à deux reprises les Jeux d’hiver.

Pour l’heure, trois Villes Hôtes ont réussi cette prouesse : St-Moritz (Suisse) avec les JO 1928 et 1948, Lake Placid avec les JO 1932 et 1980, et Innsbruck avec les JO 1964 et 1976.

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