Tokyo 2020 prend le relais de Rio 2016 et prépare des Jeux entre héritage et modernité

Les Jeux Olympiques de Rio 2016 s’achèvent ce dimanche. Durant 15 jours, les Brésiliens ont eu l’occasion d’accueillir pour la première fois de leur Histoire, le plus grand événement de la planète.

On regrettera sans doute la vision de stades et d’enceintes sportives aux tribunes clairsemées.

On sait évidemment l’impact qu’a pu avoir la crise économique et sociale que traverse le Brésil depuis plusieurs mois, ainsi que le contexte politique particulièrement tendu après l’éviction de Dilma Rousseff du pouvoir présidentiel et l’attente du procès de cette dernière.

Vue de la baie de Rio de Janeiro (Crédits - Cidade Olimpica)
Vue de la baie de Rio de Janeiro (Crédits – Cidade Olimpica)

Désormais, le Mouvement Olympique va se tourner en direction de l’Asie pour les trois prochaines éditions des Jeux, à savoir PyeongChang 2018, Tokyo 2020 et Pékin 2022.

La capitale nippone se prépare depuis 2013 à abriter pour la deuxième fois les Jeux Olympiques d’été, après 1960.

Candidate pour l’édition 2016, la ville de Tokyo avait été recalée dès le deuxième tour du scrutin olympique, juste après Chicago (États-Unis). En dépit d’un dossier technique de grande qualité, le projet de Tokyo 2016 avait grandement souffert du manque de soutien populaire.

Malgré tout, le territoire aux 35 millions d’habitants a retenté sa chance pour l’édition 2020, avec cette fois-ci la volonté de porter un message pour la jeunesse du monde, mais aussi un message d’espoir après la catastrophe du séisme et du tsunami du printemps 2011.

La candidature de Tokyo 2020 avait d’ailleurs mis un point d’honneur à faire de son ambition olympique et paralympique, un véritable projet de reconstruction et de renouveau pour la société nippone.

Les membres du Comité International Olympique (CIO) avait été sensible à cet argument, en désignant Tokyo en septembre 2013, au détriment d’Istanbul (Turquie) et de Madrid (Espagne).

De gauche à droite, le Premier Ministre du Japon, Shinzo Abe ; l'ancien Président du CIO, Jacques Rogge ; et l'ex-Président du Comité de Candidature de Tokyo 2020, Tsunekazu Takeda (Crédits - IOC / Richard Juilliart)
De gauche à droite, le Premier Ministre du Japon, Shinzo Abe ; l’ancien Président du CIO, Jacques Rogge ; et l’ex-Président du Comité de Candidature de Tokyo 2020, Tsunekazu Takeda (Crédits – IOC / Richard Juilliart)

Depuis, Tokyo et le Japon ont œuvré à mettre en application le projet présenté devant l’institution olympique.

Néanmoins, plusieurs polémiques et retards ont terni l’image de marque de Tokyo 2020, que ce soit dans le cadre de l’élaboration des emblèmes des Jeux, ou dans le cadre de l’aménagement du nouveau Stade National du Japon, sans oublier les récentes accusations de corruption dans l’attribution de l’événement.

Initialement confié au cabinet de l’architecte Zaha Hadid – décédée en mars dernier -, le projet de Stade Olympique a constitué un feuilleton de plusieurs mois.

Malgré les retouches apportées par l’architecte auteure du Centre Aquatique de Londres 2012, les autorités nippones ont finalement écarté ce concept sans doute trop ambitieux, déclenchant la colère du cabinet et le lancement d’une nouvelle procédure.

Cette dernière a abouti au choix de Kengo Kuma et d’un projet tourné vers l’avenir – avec l’aspect environnemental mis en exergue – mais où les formes architecturales répondent à des critères plus classiques et sobres que ceux développés par Zaha Hadid.

Pour ce qui est des emblèmes, le concours de conception avait conduit à la désignation d’un lauréat dont l’œuvre a rapidement été décriée comme étant un possible plagiat. Face aux accusations, le projet a été retiré, les emblèmes de la candidature réinstaurés et une nouvelle procédure lancée.

In fine, le thème du « Damier de l’Harmonie » a convaincu le Comité d’Organisation de Tokyo 2020 et le CIO. Ce seront donc ces emblèmes qui accompagneront la capitale du Japon dans sa quête d’organiser les Jeux les plus connectés et les plus modernes de l’Histoire.

(Crédits - Tokyo 2020)
(Crédits – Tokyo 2020)

A quatre ans de l’ouverture des JO 2020, Tokyo semble désormais prête à accélérer le mouvement afin d’être prêt à temps.

Le dispositif nippon repose sur la mobilisation de deux zones : la Zone Héritage et la Zone de la Baie de Tokyo.

La première est une référence évidente à l’héritage et aux sites des Jeux de Tokyo 1964, tandis que la seconde, ouverte sur la baie, offrira des images spectaculaires pour les athlètes, les spectateurs et les téléspectateurs du monde entier.

La localisation du Village Olympique et Paralympique – à cheval sur ces deux zones – est d’ailleurs une illustration de cette ouverture au monde et en même temps de cette identité forte du Japon. Grâce à cette localisation centrale, la majeure partie des sportifs engagés dans les compétitions – 10 500 sportifs olympiques et 4 500 sportifs paralympiques – sera hébergée à moins de 30 minutes de la plupart des sites.

Sur 34 installations sportives prévues pour les Jeux, Tokyo 2020 entend s’appuyer sur 19 sites existants.

Les organisateurs prévoient en outre l’utilisation de 8 nouveaux sites permanents et surtout 7 sites temporaires.

Visuel du futur Stade Olympique (Crédits - Japan Sport Council / Kengo Kuma)
Visuel du futur Stade Olympique (Crédits – Japan Sport Council / Kengo Kuma)

Moins spectaculaire que le projet présenté pour les JO 2016, le futur Stade Olympique n’en sera pas moins innovant quant à sa conception reposant essentiellement sur des structures de bois et mettant en avant le principe cher au CIO, de la durabilité.

Pour 2016, Tokyo avait envisagé un Stade Olympique de 100 000 places installé dans la baie. Aujourd’hui, les ambitions sont moins élevées – et peut-être aussi plus réalistes – avec un Stade de 68 000 places installé sur le site de l’ancien Stade National détruit l’année dernière.

Le nouveau Stade – qui devrait abriter la vasque des Jeux de 1964 – accueillera les Cérémonies d’ouverture et de clôture des JO, de même que les compétitions d’athlétisme.

Visuel du futur Centre Aquatique en date d'octobre 2015 (Crédits - Tokyo 2020 / Tokyo Metropolitan Government)
Visuel du futur Centre Aquatique en date d’octobre 2015 (Crédits – Tokyo Metropolitan Government)

Parmi les autres sites construits de manière permanente pour les Jeux, le Centre Aquatique offrira une capacité de près de 20 000 places pour assister aux épreuves de natation, de natation synchronisée et de plongeon.

En revanche, comme ce fut le cas pour les Jeux de Londres 2012 et cette année pour Rio 2016, le tournoi de water-polo se déroulera dans une enceinte annexe qui existe déjà : le Tatsumi International Swimming Centre (3 600 places).

Les compétitions de gymnastique auront lieu quant à elles dans l’Olympic Gymnastic Centre (12 000 places) qui sera une installation temporaire, non loin du Village des Athlètes et de l’Ariake Arena (15 000 places) qui sera nouvellement édifiée pour le tournoi de volleyball.

Visuel du futur site d'aviron et de canoë-kayak en date de mai 2016 (Crédits - Tokyo Metropolitan Government)
Visuel du futur site d’aviron et de canoë-kayak en date de mai 2016 (Crédits – Tokyo Metropolitan Government)

L’aviron et le canoë-kayak bénéficieront de nouveaux équipements, respectivement dans le secteur de Sea Forest Waterway (24 000 places) et de Kasai Rinkai Park (15 000 places), tout comme le tir-à-l’arc qui sera organisé sur le site de Dream Island Archery Field (7 000 places).

Le hockey aura également droit à un site nouveau permanent avec le Seaside Park Hockey Stadium (10 000 et 5 000 places).

Le badminton et l’épreuve d’escrime du Pentathlon Moderne se dérouleront quant à eux au sein du Musashino Forest Sport Centre (8 000 places) nouvel équipement aménagé près du Tokyo Stadium (à ne pas confondre avec le futur Stade Olympique) qui accueillera des matchs de football, de rugby et le reste des épreuves de Pentathlon Moderne (natation, équitation, course et tir).

L'arène en construction du Musashino Forest Sport Centre (Crédits - Tokyo 2020)
L’arène en construction du Musashino Forest Sport Centre (Crédits – Tokyo 2020)

Outre le Tokyo Stadium (50 000 places), le tournoi olympique de football se déroulera dans quatre autres stades du Japon : le Sapporo Dome (41 000 places), le Miyagi Stadium (50 000 places), le Saitama Stadium (64 000 places) et l’International Stadium Yokohama (72 000 places).

En ce qui concerne les autres compétitions olympiques, elles auront lieu dans des sites existants et pour certains renommés comme l’Equestrian Park (équitation) ou l’Imperial Palace Garden (départ et arrivée des épreuves de cyclisme sur route avec 1 000 places).

Outre le volleyball localisé à l’Ariake Arena, les sports collectifs auront droit de citer au Yoyogi National Stadium (12 000 places) – conçu pour les JO 1964 – pour le handball et à la Saitama Super Arena pour le basketball.

Vue de l'Ariake Tennis Park (Crédits - Tokyo 2020)
Vue de l’Ariake Tennis Park (Crédits – Tokyo 2020)

Au pays du judo, Tokyo 2020 n’aurait pas pu négliger le Nippon Budokan (11 000 places) hôte en 1964 des épreuves du sport-roi au Japon.

La boxe sera pour sa part logée à la Kokugikan Arena (10 000 places) où se déroule habituellement les combats de sumo. L’haltérophilie prendra place au sein du Tokyo International Forum (5 000 places), tandis que l’escrime, le taekwondo et la lutte auront à disposition le centre d’exposition et de convention Makuhari Messe.

Pour le tennis et le tennis de table, deux sites existants seront respectivement mobilisés : l’Ariake Tennis Park et le Tokyo Metropolitan Gymnasium (8 000 places).

Le golf – qui a fait son retour dans le programme des Jeux Olympiques cette année – sera installé au Kasumigaseki Country Club (25 000 places).

Vue de la piste du Vélodrome d'Izu (Crédits - Tokyo 2020)
Vue de la piste du Vélodrome d’Izu (Crédits – Tokyo 2020)

Concernant le cyclisme, si les épreuves de BMX se dérouleront sur le site temporaire de l’Olympic BMX Course, l’Izu Velodrome (4 300 places) – ouvert en 2011 – organisera les épreuves sur piste, alors que le site de l’Izu Mountain Bike Course (25 000 places) sera consacré au VTT.

Initialement, Tokyo 2020 avait mentionné l’aménagement d’un nouveau site. Toutefois, afin de réduire les coûts, une négociation entre le Comité d’Organisation, le CIO et l’Union Cycliste Internationale (UCI) a abouti fin 2015 à la sélection du site implanté à 120 kilomètres de Tokyo.

Quatre autres sites temporaires seront également aménagés : Asaka Shooting Range pour le tir ; Sea Forest Cross Country Course pour une partie des épreuves d’équitation ; Shiokaze Park pour le beachvolley (12 000 places) et enfin Odaiba Marine Park pour le triathlon et la natation en eau libre (10 000 places).

Comme pour le cyclisme et toujours dans un souci d’économies, le Comité d’Organisation a revu sa copie concernant l’implantation des épreuves de voile.

Vue de l'Enoshima Yacht Harbour (Crédits - Tokyo 2020)
Vue de l’Enoshima Yacht Harbour (Crédits – Tokyo 2020)

Au moment de sa candidature, Tokyo 2020 avait ainsi proposé la Marina de Wakasu dans la baie de Tokyo. Toutefois, la proximité des couloirs aériens de l’aéroport international de Tokyo-Haneda a conduit les organisateurs à se tourner vers le site des JO 1964 et à privilégier en conséquence, l’Enoshima Yacht Harbour.

A ces équipements, existants, temporaires ou pérennes, Tokyo 2020 proposera prochainement une localisation pour les cinq sports qui ont été validés par la Session du CIO pour entrer au programme des JO d’été 2020 : baseball/softball ; karaté ; skateboard ; escalade sportive et surf.

Ce dernier pourrait en tous cas être implanté dans le même secteur que les épreuves de voile à Enoshima.

Visuel du Village des Athlètes présenté dans le dossier de candidature (Crédits - Tokyo 2020)
Visuel du Village des Athlètes présenté dans le dossier de candidature (Crédits – Tokyo 2020)

Pour mettre en œuvre ce vaste projet et surtout pour assurer le bon déroulement des épreuves, Tokyo 2020 s’appuiera sur les dernières technologies.

Les JO s’annoncent d’ailleurs comme les plus connectés, avec la volonté de déployer la 5G et la Ultra Haute-Définition (4K/8K), tout en sécurisant au maximum les données avec des moyens engagés pour lutter contre la cybercriminalité.

Mais la technologie ne serait rien sans la main experte des hommes et des femmes. Ainsi, pas moins de 80 000 bénévoles pourraient être mobilisés à l’occasion des prochains Jeux d’été, soit 30 000 de plus que pour Rio 2016.

La formation linguistique sera d’ailleurs l’un des points majeurs de la mise en œuvre effective du projet olympique, tout comme la mobilisation des jeunes. Le rapport entre l’héritage et la jeunesse est régulièrement rappelé et martelé par Tokyo 2020 et ce, afin de relier les générations entre-elles, de rendre hommage aux sportifs d’hier et de préparer le terrain aux futurs champions.

Au-delà de la technologie et des moyens humains, l’organisation des Jeux doit et devra aussi compter sur l’apport financier.

Yoshiro Mori, Président du Comité d'Organisation des JO 2020 (Crédits - Tokyo 2020)
Yoshiro Mori, Président du Comité d’Organisation des JO 2020 (Crédits – Tokyo 2020)

Dans le cadre de la candidature, les autorités métropolitaines de Tokyo avaient sécurisé un fonds de réserve de 4,5 milliards de dollars. Avec l’élection, le CIO a lui-aussi mis la main à la poche pour contribuer au financement des JO 2020, à hauteur de 1,5 milliard de dollars.

Les réajustements successifs dans le plan des Jeux ont quant à eux permis de dégager des économies de l’ordre de 1,8 milliard de dollars (1,59 milliard d’euros).

Une somme non-négligeable qui devrait permettre l’allégement de la facture initialement estimée à 8,268 milliards de dollars (7,3 milliards d’euros), dont 3,412 milliards (3,012 milliards d’euros) au titre du budget d’organisation (COJO)*.

Enfin, les organisateurs des JO 2020 disposent de la colossale cagnotte engendrée par le Programme des Sponsors de Tokyo 2020, un programme qui s’annonce d’ores et déjà comme l’un des plus efficaces de l’Histoire.

A quatre ans de l’ouverture des Jeux, 40 Partenaires se sont déjà engagés auprès des organisateurs nippons, soit une enveloppe budgétaire proche de 375 milliards de yens (3,30 milliards d’euros).

Lorsque l’on se penche sur le dossier de candidature de Tokyo 2020, la différence est plus que flagrante. Les autorités sportives et politiques tablaient alors sur un apport de près de 932 millions de dollars (822,75 millions d’euros).

L’objectif est aujourd’hui largement dépassé.

(Crédits - Tokyo 2020 / Shugo Takemi)
(Crédits – Tokyo 2020 / Shugo Takemi)

Le dépassement de soi, l’unité dans la diversité et la connexion avec le futur sont quelques uns des maîtres-mots de Tokyo 2020.

Les prochains mois seront consacrés aux travaux – notamment pour le Stade Olympique d’ici fin 2016 – avant le dévoilement des mascottes des Jeux (courant 2017) puis la présentation du Programme des Volontaires (courant 2018).

Les épreuves-tests auraient ensuite lieu entre 2019 et 2020 et seront précédées par le lancement de la billetterie des Jeux.

Les Japonais envisagent une affluence massive avec la vente de 7,8 millions de billets pour les Jeux Olympiques et de 2,3 millions pour les Jeux Paralympiques. Si l’engouement populaire est au rendez-vous, Tokyo 2020 espère être en mesure d’afficher des taux de remplissage des enceintes sportives de 84% pour les Jeux Olympiques et de 68,5% pour les Jeux Paralympiques.

Enfin, après la présentation du relais de la torche olympique, courant 2019, les Jeux seront officiellement ouverts le 24 juillet 2020.

* Ces sommes, compilées dans le dossier de candidature de Tokyo 2020, ne comprennent pas la réduction du coût d’aménagement du Stade Olympique.
Publicités

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s