Le CIO rattrapé par le scandale de l’IAAF ?

La question se pose ce jeudi 14 janvier après la publication du rapport de la Commission indépendante mise en place par l’Agence Mondiale Antidopage (AMA) après les révélations de corruption et de dopage au sein de la Fédération Internationale d’Athlétisme (IAAF).

Si l’ancien Président de l’institution, Lamine Diack, et des proches de ce dernier ont rapidement été pointés du doigt, le rapport rendu public aujourd’hui met également en évidence une tentative de corruption mettant en scène – de manière indirecte certes – le Comité International Olympique (CIO).

(Crédits - IAAF)
(Crédits – IAAF)

En effet, selon l’un des points du rapport, Lamine Diack – qui a siégé au sein de l’institution de Lausanne (Suisse) jusqu’à sa démission forcée en fin d’année 2015 – aurait monnayé sa voix dans la course à l’attribution des Jeux d’été de 2020.

A l’époque, trois villes avaient fait acte de candidature : Madrid (Espagne), Istanbul (Turquie) et Tokyo (Japon).

Cette dernière fut élue Ville Hôte à l’issue d’un processus de deux ans. Il faut dire que malgré le retour en force de Madrid dans la dernière ligne droite, et l’essoufflement de la Perle du Bosphore, la course a rapidement tourné à l’avantage de la capitale nippone.

Néanmoins, comme le mentionne la note n°36 du rapport, « des transcriptions de diverses discussions font référence à un échange relatif au processus d’appel d’offres de la Ville Olympique pour les Jeux d’été de 2020.

Il est précisé que la Turquie a perdu la voix de Lamine Diack parce qu’ils n’ont pas payé la somme de 4 à 5 millions de dollars [3,68 à 4,60 millions d’euros] de sponsoring à la Diamond League ou à l’IAAF.

Selon le compte-rendu des discussions, les Japonais ont en revanche payé une telle somme. Les Jeux de 2020 ont été attribués à Tokyo ».

Cette révélation est de nature à embarrasser le CIO bien sûr – soucieux de préserver ses intérêts après avoir vécu des années de tourmente au début des années 2000.

Elle est aussi de nature à susciter l’embarras du Comité d’Organisation des Jeux de Tokyo 2020, sans oublier les sponsors japonais de l’IAAF. Car il ne faut pas négliger le fait que quatre des cinq « Partenaires officiels » de l’institution sont des entreprises nippones.

Toutefois, – sauf révélations futures – ce chantage n’aurait pas eu la moindre incidence sur le résultat final des JO 2020.

En effet, après avoir été en ballotage face à la candidature de Madrid, Istanbul avait réussi à se hisser en finale face à Tokyo. In fine, cette dernière s’était largement imposée sur le score sans appel de 60 voix contre 36.

L'ancien Président du CIO, Jacques Rogge, dévoilant le nom de la Ville Hôte des Jeux d'été de 2020, le 07 septembre 2013 (Crédits - CIO / Evans)
L’ancien Président du CIO, Jacques Rogge, dévoilant le nom de la Ville Hôte des Jeux d’été de 2020, le 07 septembre 2013 (Crédits – CIO / Evans)

Mais une autre affaire pourrait être bien plus délicate pour le CIO et ses dirigeants, actuels et passés.

Selon le quotidien britannique « The Guardian », le fils de Lamine Diack aurait été impliqué dans une tentative de corruption concernant cette fois-ci l’attribution des Jeux de 2016.

Le quotidien aurait eu accès à des courriels envoyés par Papa Masata Diack à un hommes d’affaires qatari courant 2008. Selon « The Guardian », ces courriels mettraient en cause six personnes – dont les initiales se rapporteraient à six membres du CIO – qui auraient alors demandé la réception de « colis ». Lesdits colis auraient ensuite dû être remis par un « conseiller spécial » en la personne de Lamine Diack.

Mais en dépit des efforts qui auraient été déployés, le but final n’a jamais été atteint. Doha, la capitale du Qatar était à l’époque candidate à l’organisation des JO, mais elle fut en effet recalée au stade de la requérance par la Commission exécutive du CIO.

Doha était également sur les rangs pour accueillir les Mondiaux d’athlétisme en 2017. Londres fut élue ville organisatrice, tandis que le Qatar a obtenu l’édition 2019 de l’événement après une nouvelle candidature – victorieuse – en 2014.

Présentation de l'Agenda 2020 par Thomas Bach, lors de la 128e Session du CIO, le 02 août 2015 (Crédits - CIO / Ian Jones)
Présentation de l’Agenda 2020 par Thomas Bach, lors de la 128e Session du CIO, le 02 août 2015 (Crédits – CIO / Ian Jones)

Indirectement visé, le CIO a demandé au quotidien britannique de lui fournir les courriels suspects, ce que « The Guardian » a refusé de faire au nom du secret des sources.

Comme un signe de bonne foi – ou une manière détournée de ne pas perdre la face -, le CIO aurait dès lors pu saisir sa Commission d’éthique afin d’étudier la véracité des courriels, et potentiellement, l’ampleur du scandale.

En novembre 2015, l’institution olympique avait publié un communiqué mentionnant le fait que « le CIO étudiera avec soin le rapport de l’AMA, et plus particulièrement ce qui a trait aux Jeux Olympiques ».

Trois mois plus tard, le CIO se retrouve confronté à une éventuelle bombe à retardement. Pas du meilleur effet à l’heure des grandes résolutions de l’Agenda 2020.

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4 Thoughts

  1. Le CIO va surement devoir faire une enquête interne pour connaître le degrés de corruption au sein du CIO pour l’attribution des JO de 2020. Cependant, je doute que l’attribution à Tokyo des JO soit remis en cause. En effet, le score de Tokyo avait obtenu environ 2/3 des voix sur Istanbul. Ce résultat limite en partie les électeurs supposés comme corrompus. De plus la crise économique en Espagne et les manifestation à Istanbul avait jouer en défaveur des concurrentes de Tokyo.

    En ce qui concerne Doha, leur efforts supposé de corruption pour accueillir les jeux ne fut au final inefficace. En ce qui concerne les championnats du monde 2019 à Doha ne devraient pas être un réel problème. Je me rappelle d’un très bon article sur le site. Ce dernier donnait les points forts et les points faibles des villes candidates, Eugène, Barcelone et Doha. De mémoire, Doha avait mis les athlètes au sein de son projet avec de nombreuse innovation. Eugène candidatait car c’était une ville américaine mais son stade ne répondait pas aux exigence de l’IAFF. Barcelone parlait de nationalisme et laissait de côté les athlètes et le sport. Au final le choix de Doha paraissait comme logique.
    Cependant, à l’avenir les fédérations sportives devront surveiller les futures candidatures qatari car il ne s’agit pas de la première fois que les Qatari sont accusés de corruption notamment avec la coupe du monde de 2022.

    Au vu des événements actuels chaque fédérations sportives devraient faire une enquête interne en toute transparence pour répondre au différentes questions que les publics se posent. Cela permettrait aussi de faire du ménage et rétablir la confiance des différents acteurs.

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