JO 2024 : La tentation canadienne…

Ce mardi 11 août, John Tory, Maire de Toronto (Canada) s’est entretenu avec Marcel Aubut, Président du Comité Olympique du Canada (COC) et Bob Richardson, Président du Comité de Candidature de Toronto 2008.

Les trois hommes ont bien entendu évoqué la possible candidature olympique de la ville pour l’organisation des Jeux d’été de 2024.

Pour l’heure, Marcel Aubut s’active en faveur d’une telle entreprise, mais le Maire de Toronto semble vouloir se laisser quelques jours de réflexion avant de faire connaître sa position, position déterminante car la signature du Maire est indispensable pour présenter une candidature aux JO.

« Le Maire a été informé des changements apportés au processus de sélection de la Ville Hôte des Jeux, changements récemment annoncés par le Comité International Olympique. Il a également été informé des précédentes candidatures [1996 et 2008].

Cela fait partie de la consultation et de la réflexion raisonnable que le Maire s’est engagé à entreprendre.

Nous allons laisser passer les Jeux Parapanaméricains et nous nous assurerons de leur succès avant de nous livrer à une analyse minutieuse des faits et des chiffres dans la perspective d’une future candidature olympique » a indiqué un porte-parole de John Tory à l’issue de la réunion tripartite.

Esplanade et Hôtel de Ville de Toronto (Crédits - Ville de Toronto / Flickr)
Esplanade et Hôtel de Ville de Toronto (Crédits – Ville de Toronto / Flickr)

Malgré ces quelques précisions, l’heure tourne et le temps s’écoule rapidement avant la date limite du dépôt des candidatures, le 15 septembre 2015.

Quatre éléments devraient déterminer la position canadienne dans les jours à venir :

  • 1/ Le niveau de soutien populaire concernant une nouvelle candidature olympique,
  • 2/ Les premières retombées des Jeux Parapanaméricains qui s’achèveront ce samedi 15 août,
  • 3/ La campagne des élections fédérales du 19 octobre 2015,
  • 4/ La décision du Comité Olympique des États-Unis (USOC) pour le remplacement de la candidature de Boston.

Cette décision pourrait d’ailleurs intervenir ce mercredi dès 16h15 – heure de Denver (Colorado) soit 00h15 en France – et aurait de fait des conséquences sur l’ambition olympique de Toronto et du Canada.

La « Ville Reine » se positionnera-t-elle en effet dans une course où la présence de la redoutable Los Angeles (Californie) est de plus en plus probable, ou laissera-t-elle à cette dernière « l’exclusivité » continentale ?

Les prochaines heures et les prochains jours devraient en tous cas être riches d’enseignements et ce, à plus d’un titre.

Vue générale de Toronto (Crédits - Ville de Toronto / Flickr)
Vue générale de Toronto (Crédits – Ville de Toronto / Flickr)

Car en effet, une candidature canadienne pourrait ne pas faire les affaires de Paris (France).

Si Toronto se positionne pour accueillir les Jeux de 2024, elle se retrouverait directement confrontée à la capitale française, comme lors de sa dernière tentative pour les Jeux de 2008.

A l’époque, Toronto avait terminé derrière Pékin et ses 56 voix, mais devant Paris avec 4 suffrages de plus (22 voix contre 18).

Une bataille dans la bataille pourrait en conséquence s’ouvrir entre les deux villes : celle des voix francophones, notamment des pays africains. Ces dernières sont et seront cruciales pour espérer remporter la mise et devancer, dans les derniers jours de campagne, les concurrentes anglophones.

Nous n’en sommes évidemment pas encore là. Le processus ne fait que commencer. Les 24 mois avant l’élection de la Ville Hôte seront plus importants les uns que les autres.

La stratégie adoptée par chacune des Villes Candidates sera intéressante à analyser. Les faux-pas éventuels de ces mêmes Villes Candidates également.

6 pensées

  1. Il est clair que la donne, serait changer. Les pays d’Amérique seront solidaire car l’opportunité de voir les jeux sur le continent, deux fois en 12 ans serait bénéfique pour eux. Les tensions panaméricaines retombent petit à petit (Cuba et E-U), l’Afrique pourrait plus miser sur l’Amérique et en particulier le Canada. Et les pays d’Océanie, majoritairement anglophone, voudront partir dans des pays…anglophones. Seul l’Asie et l’Europe seront un mystère pour le vote car chacun essayera d’avoir des intérêts. Peut être que je m trompe.

    Maintenant, est ce que la présence parisienne et pour les raisons que l’ont connaît, jouera en sa faveur ? Pour Toronto, il n’est pas forcement sûr, qu’elle devance encore une fois la capitale française; n’oublions pas le cas de Madrid,qui devançais pourtant Tokyo pour les jeux de 2016 et, finalement termine à la dernière place et voit la victoire de la métropole nippone pour 2020.

    Beaucoup de questions, mais une chose est sûr, les Amériques peuvent brouiller les pistes, même si je reste sur mes positions, quand à l’intérêt de voir si rapidement les jeux en Amérique, alors que pour une fois, quelques pays d’Europe semblent intéressés.

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    1. En fait, la politique extérieure du gouvernement canadien actuel est exécrable envers les pays d’Afrique francophone (imposition de visas du jour au lendemain, refus de délivrances de visas pour assister à des congrès ou à des conférences internationales, baisse de l’aide financière de façon totalement arbitraire…) et un peu meilleure avec les pays anglophones de ce continent, mais rien pour permettre de s’assurer des voix de façon certaine.

      Si les conservateurs sont réélus en octobre, je donne pas cher de la candidature de Toronto si celle-ci vient à être déposée. Et s’il y a alternance politique, il faudra des années avant de rebâtir les ponts.

      Les relations avec les pays arabo-musulmans sont aussi très tendues, en raison du soutien total du Canada envers Israël. Quant à la Russie, n’en parlons même pas, les tensions étant de plus en plus palpables dans l’Arctique. Les Russes ne soutiendront pas le Canada et la Chine ne devrait pas non plus le faire, n’étant pas dans les meilleurs non plus avec Ottawa. Tous ces réseaux puissants peuvent s’activer contre une candidature canadienne. Et lui causer bien du tort.

      Le seul point positif très éventuel pour le Canada est que la secrétaire générale de l’Organisation internationale de la Francophonie est l’ancienne gouverneure générale du pays. Cela aidera peut-être Toronto à aller grappiller quelques voix. Toutefois, le refus du gouvernement conservateur de laisser l’Ontario entrer au sein de l’OIF pourrait aussi se retourner contre Toronto. Sans oublier que lors du Sommet de la Francophonie en 2008 à Québec, l’ancien secrétaire général Abdou Diouf, d’origine sénégalaise, s’était fait fouillé aux douanes canadiennes…Rien pour aider le dossier. Quant à la place du français lors de la cérémonie d’ouverture des JO de Vancouver, cela avait été assez peu convaincant.

      Pour toutes ces raisons et bien d’autres, je crois que Toronto ne bénéficiera que de peu de soutien à l’international.

      Plus que jamais 2024 représentera une bataille géopolitique majeure, car aucun des prétendants ne peut se vanter de pouvoir rassembler large. Et à ce petit jeu, je crois sincèrement qu’une candidature européenne en sortira vainqueur. Le Qatar, les Émirats Arabes Unis, l’Australie, l’Argentine, l’Afrique du Sud et sans doute d’autres lorgnent tous sur 2028. Une victoire des États-Unis ou du Canada les priverait de tout espoir sérieux, car comment imaginer que les JO puissent être absents d’Europe entre 2012 et 2032?

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      1. Très intéressante ton analyse de la situation au Canada (Bon, ça doit être plus facile pour toi, évidemment !), car elle met en relief des soucis que les Français ignorent…
        En effet, le Canada se ferme chaque année davantage ses possibilités d’accès. Même pour les Français, l’obtention d’un Visa (d’études ou de travail) devient un cauchemar. Sans parler du Québec. Il faut aujourd’hui compter 4 à 5 mois de galères administratives pour éventuellement obtenir finalement une autorisation d’accès… Au point que disparaissent aujourd’hui de nombreux organismes et accords franco-canadiens (en particulier dans le domaines des échanges universitaires).

        Et les points abordés concernant la vision du Canada dans le monde sont en effet des éléments importants qui peuvent très bien ne pas jouer en la faveur de Toronto.

        Alors bien évidement, les Jeux Panaméricains sont un bon levier pour une candidature, cela ne fait aucun doute, nous en parlions déjà l’année dernière… Jusqu’à ce que le projet soit abandonné par la Mairie de la ville, pour une raison simple qu’ils reconnaissaient eux-même : 2024 serait une échéance pour l’Europe. Et effectivement, cela n’a pas manqué : déjà 4 candidates, et nous devrions peut-être nous attendre à une annonce de la part de Bakou après ses beaux Jeux Européens, et peut-être, qui sait, de la Turquie (on n’en entend plus beaucoup parler, mais cela peut aussi être une stratégie). Avec toutes ses concurrents et aussi une ville nord-américaine, le Canada avait toutes les raisons de renoncer et de se focaliser plus sur 2028. Désormais, ils changent d’avis, mais le contexte n’est guère plus favorable.

        Alors certes, la tentation est forte et les sondages assez optimistes dans l’immédiat, mais la concurrencer sera très rude… Les enjeux politiques internationaux en 2015 sont différents de ceux en 2001 (lors de la candidature de Toronto 2008). Que peut faire Toronto fasse à L.A. (sans aucun doute la ville candidate américaine) ? Et quels politicien voudrait ajouter à 2 mois des élections fédérales un chapitre Toronto 2024 à son projet politique ? Sans préparation et avec si peu de temps pour convaincre, cela s’avère bien impossible.

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