Tokyo 2020 : Le projet du Stade Olympique dans la tourmente

« En ce qui concerne le nouveau Stade National pour les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2020, j’ai décidé de réviser entièrement le projet et de repartir à zéro. J’ai pris cette décision parce que j’ai eu l’assurance que nous pourrons finir à temps la construction.

[…] En revanche, le Stade ne sera malheureusement pas prêt pour accueillir la Coupe du Monde de rugby en 2019″.

L’annonce était redoutée, elle a finalement eu lieu. Le projet de Stade Olympique de Tokyo va être entièrement revu et corrigé sur ordre du Premier Ministre du Japon, Shinzo Abe.

Ce dernier a décidé de prendre les choses en main ce vendredi, après plusieurs jours de polémiques quant à l’inflation du coût du projet porté par l’architecte Zaha Hadid.

Visuel du projet de nouveau Stade Olympique de Tokyo (Crédits – Zaha Hadid)
Visuel du projet de nouveau Stade Olympique de Tokyo (Crédits – Zaha Hadid)

D’un coût initial de 162,5 milliards de yens (1,2 milliard d’euros), le projet avait rapidement dérapé de plusieurs centaines de millions en raison du choix des matériaux ou encore des aménagements nécessaires en matière de normes antisismiques.

Mais après des modifications apportées en juillet 2014, le coût estimé des aménagements était redescendu à 1,1 milliard d’euros.

Aujourd’hui toutefois, les estimations font état d’un projet réévalué à 250 milliards de yens, soit 1,85 milliard d’euros, attisant de fait les critiques déjà sévères autour du réaménagement du quartier et soulevant des doutes quant au respect des engagements pris par le Comité d’Organisation à l’égard du Comité International Olympique (CIO).

Car il faut dire que le projet de Stade Olympique n’est pas le seul à poser problème au Comité d’Organisation.

Dans un souci de réduction massive des coûts et conformément aux exigences nouvelles de l’Agenda 2020 du Mouvement olympique, Tokyo 2020 s’est embarqué dans une chasse aux dépenses et a déjà repensé une partie des aménagements sportifs, souhaitant ainsi délocaliser certaines compétitions sur des sites existants – même en périphérie de Tokyo – plutôt que de construire des infrastructures nouvelles.

Mais ces modifications conduisent néanmoins à éloigner le projet organisationnel de celui présenté dans le cadre de la candidature et qui promettait l’accueil des Jeux dans un rayon compact de seulement 8 kilomètres.

En demandant la reconfiguration du projet de construction du nouveau Stade National, Shinzo Abe espère sans nul doute réduire significativement le coût de cet équipement aux lignes résolument futuristes et réorienter l’organisation des JO 2020 vers une sobriété accrue.

A titre de comparaison, le Stade Olympiques de Londres 2012 a coûté la somme globale de 701 millions de livres sterling (1 milliard d’euros). Un investissement conséquent, bien supérieur à celui envisagé en 2005 au moment de l’élection de la capitale britannique comme Ville Hôte des Jeux d’été.

Le dossier de candidature faisait alors état d’un coût de construction de 280 millions de livres sterling (402 millions d’euros).

(Crédits – Zaha Hadid)
(Crédits – Zaha Hadid)

Ces données conduisent en tous cas à se poser la question de l’aménagement des grandes infrastructures sportives – leur conception et leur reconversion – dans le cadre des JO, d’autant plus lorsqu’une Ville Organisatrice ne dispose pas d’un Stade d’une capacité répondant aux exigences du CIO.

Sur ce point, les opposants à la candidature de Boston (États-Unis) ont déjà commencé à prendre l’exemple de l’inflation du projet nippon pour dénoncer l’aménagement d’un Stade de 60 000 places temporaires au cœur de la principale ville du Massachusetts.

Les opposants pointent en particulier du doigt le faible investissement envisagé par les promoteurs du projet : 176 millions de dollars.

13 pensées

  1. De toute façon, le nouveau stade olympique de Tokyo va être important du fait principalement des normes antisismiques. Au mieux, le nouveau projet va coûter autant que l’estimation initiale du projet présenté dans le cadre de la candidature.
    Cependant, outre le prix, ne faudrait-il pas voir aussi le souhait d’évincer Zaha Hadid?

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    1. Guillaume, votre commentaire intervient au moment même où je débutais l’écriture d’un nouvel article sur le sujet, article que vous pouvez consulter ici-même : https://sportetsociete.org/2015/07/17/tokyo-2020-nouvel-appel-doffres-pour-le-projet-du-stade-olympique/

      Effectivement, le projet initial est abandonné, mais ce sont surtout les critiques du public et des architectes nippons qui ont conduit à laisser de côté Zaha Hadid.

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  2. Sauf que l’on peut aussi se poser la question sur les coûts toujours faramineux des oeuvres de Madame Hadid. N’oublions pas non plus, que Londres et sa piscine olympique… c’était elle justement. Le projet initial du centre aquatique était beaucoup plus complexe que ce que nous avons pus voir lors de l’été 2012.

    Mais il est aussi vrai que les responsables de tous ces maux, ne sont que ceux qui ont choisi le gagnant.

    Preuve aussi que les candidatures de 2024, comme Paris ou Rome, auront peut être l’avantage de rassurer le CIO qui sont à n’en pas douter, déjà inquiet en plus des retards et des changements de plan de Rio 2016 et Pyeonchang 2018.

    Paris devra vraiment montrer qu’elle est la ville qui représente le mieux, l’agenda 2020 voulu par le comité et ne pas être tenter par la folie des grandeurs.

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    1. Oui, 2024 permettra de remettre certaines choses en place et le CIO sera particulièrement attentif sur plusieurs points : l’aménagement des sites majeurs ainsi que le choix des sites pour la voile (au regard des déboires actuels de Rio 2016 avec la Baie).

      Pour ce qui est de Zaha Hadid, oui, les projets qu’elles proposent sont à la fois innovants, complexes et résolument futuristes dans les formes.
      Mais c’est aussi le choix des organisateurs – ou des candidatures – d’engager des « pointures » dans le domaine architectural. Cela peut parfois payer – Londres et son Centre Aquatique qui rencontre un franc succès – ou à l’inverse échouer comme avec Tokyo 2020.

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