Rio 2016 : Témoignage d’un journaliste brésilien concernant les préparatifs olympiques

Après avoir organisé la Coupe du Monde de football en 2014, le Brésil s’apprête à accueillir les Jeux Olympiques et Paralympiques d’été de 2016. En devenant le premier pays du continent Sud-Américain à abriter cet événement planétaire, le Brésil espère accroître son développement, tant au niveau économique que social.

Afin de mieux comprendre les enjeux liés à l’organisation des JO et les défis qui attendent le Brésil, Alexandre Massi a accepté de répondre aux questions de « Sport & Société ».

Journaliste âgé de 28 ans, ce Brésilien de São Paulo fut rédacteur pour Globo Esporte (2011-2012) avant de devenir éditeur pour Rede Globo / SporTV (2011-2014) puis écrivain. Il est aujourd’hui journaliste freelance auprès du Comité Olympique Brésilien ainsi qu’auprès du Comité d’Organisation de Rio 2016.

Alexandre Massi

– Dans un peu plus d’un an, le Brésil accueillera les premiers Jeux Olympiques et Paralympiques de l’Histoire du continent Sud-Américain.

Quel regard portez-vous sur cet événement en cours de préparation ?

J’essaie de regarder les Jeux Olympiques et Paralympiques de 2016 de trois façons.

Tout d’abord, selon la vision du Comité International Olympique (CIO) qui a choisi en 2009 de confier l’événement à un continent où habitent plus de 400 millions de personnes dont 45% de jeunes. De fait, nombreux sont ceux qui ne connaissent pas l’Olympisme. Cela sera donc très intéressant pour pouvoir former un nouveau public et renouveler le Mouvement olympique. Beaucoup auront la chance – pour la première et peut-être unique fois de leur vie chez eux – de soutenir et d’encourager les meilleurs athlètes du monde.

Ensuite, si je me mets dans la tête d’un supporter étranger qui va venir à Rio pour voir ses champions, ou dans la tête de quelqu’un qui va suivre les compétitions à la télévision, j’essayerai dans un premier temps de comprendre le désordre de la Ville Hôte avant d’être conquis par l’enthousiasme du peuple brésilien. D’un côté, un cliché sur le pays. De l’autre, un cliché positif sur l’atmosphère autour des Jeux.

Enfin, en tant que Brésilien, je crois que c’est l’occasion pour certains sports – comme la gymnastique – de se développer structurellement, même si la ville n’aura guère profité de la circonstance pour accomplir sa mutation.

– Après les milliards de dollars injectés dans les travaux pour la Coupe du Monde de football 2014, ne craignez-vous pas que le chantier olympique – et ses retards – puissent raviver la fronde populaire vis-à-vis des autorités fédérales et des dépenses pharaoniques nécessaires à ce genre d’événement ?

D’ailleurs, la contestation sociale est-elle toujours d’actualité dans les principales villes brésiliennes ?

Il y a deux différences majeures entre la Coupe du Monde de football et les Jeux Olympiques.

Premièrement, la Coupe du Monde s’est déroulée dans douze stades dispersés aux quatre coins du pays, tandis que les Jeux vont réunir tous les sports dans une même ville. Quelque soit l’intérêt des Brésiliens pour les Jeux Olympiques, ils savent pertinemment que l’événement ne va apporter des améliorations qu’à la ville de Rio. Cela réduit donc le suivi médiatique. Il est également plus difficile d’alimenter une contestation sociale dans la mesure où l’investissement privé est plus grand que pour le Mondial de football. L’investissement public sera surtout assuré – et si nécessaire – par la Ville Hôte.

Deuxièmement, l’autre différence importante tient à la transparence des organisations qui chapeautent les événements. La FIFA est toujours sous surveillance à cause des scandales politiques et des affaires présumées de corruptions alors que le CIO émet un message plus humaniste et s’efforce de promouvoir des transformations sociales.

– Lorsqu’il s’agit d’évoquer les retards dans les préparatifs olympiques, ou précédemment de la Coupe du Monde de football, les termes de bureaucratie, voire de corruption, reviennent régulièrement.

Selon vous, existe-t-il un remède ?

Ces derniers temps, le Brésil a donné des signes d’évolution dans sa lutte contre la corruption. Pour la première fois dans l’Histoire du pays, des hommes politiques ont été arrêtés suite à la révélation de scandales.

Pour les Jeux Olympiques, un site internet lié au Gouvernement a été mis en ligne et permet de suivre tout ce qui concerne l’événement : vérification des comptes, délais de livraison des sites, agenda… Ces informations sont accessibles à tous ici même.

– Quel est l’impact au quotidien de la bureaucratie au Brésil ?

La bureaucratie entrave le développement du pays bien évidemment.

Le climat économique et la grande complexité administrative découragent les investissements tant des entreprises que des investisseurs. Le volume des échanges économiques augmenterait sans notre bureaucratie problématique.

En tous cas, la question centrale de la Coupe du Monde 2014 tout comme celle des Jeux Olympiques 2016, repose sur le fait que lorsque l’on interroge les organisateurs concernant les retards, ces derniers rejettent toute responsabilité et rejettent la faute sur la bureaucratie excessive.

Alexandre Massi - Paris

– Afin de palier aux trafics de drogues, l’ancien Président Lula avait initié un vaste programme de démantèlement des réseaux de trafiquants et d’aides pour faciliter l’insertion sociale dans les favelas de Rio (Territoire de Paix).

Quel bilan peut-on en tirer aujourd’hui ?

Un bilan très positif.

Rio a connu un moment difficile dans les années 1990 et au début du XXIe siècle. La population a souffert de la violence et de l’insécurité. L’apparition des Unités de Police Pacificatrice (UPP) en 2008 a marqué un tournant dans la lutte contre le trafic de drogue, ce qui a profité en premier lieu aux habitants des favelas.

Actuellement, on a l’impression que le Gouvernement doit repartir à l’action, selon un schéma qui tient compte de la montée de la violence dans les villes situées autour de Rio. En fait, une partie des trafiquants n’a fait que changer de ville et s’est installée dans des villes moins structurées.

– Selon vous, quel sera l’héritage le plus important qui sera laissé par les Jeux de 2016 à Rio et à sa région ?

A mon avis, ce sera l’héritage sportif.

Aujourd’hui, les athlètes professionnels ne disposent pas de centres de formation d’excellence pour s’entraîner. Demain, ils pourront utiliser les sites qui auront servi aux compétitions.

Avec les Jeux Olympiques et Paralympiques, on va aussi connaître une transition démographique et géographique dans la détection de jeunes talents. A l’heure actuelle, la majorité des athlètes olympiques brésiliens est formée dans l’Etat de São Paulo (Cesar Cielo pour la natation, Arthur Zanetti pour la gymnastique artistique, Robert Scheidt en voile…).

En outre, le spectacle de ces idoles va éveiller la curiosité des enfants et des jeunes pour le sport. Qui sait s’il n’en sortira pas quelques athlètes futurs ?

Illustrations : Crédits – Alexandre Massi

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