Stratégie olympique française : Le CNOSF à la croisée des chemins

Le Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) se réuni aujourd’hui, six jours après la défaite d’Annecy dans la course à l’organisation des JO d’hiver 2018.

Les membres du Conseil d’Administration de l’instance sportive tricolore doivent bien sûr revenir sur les causes et les conséquences de l’échec cuisant de la cité haut-savoyarde, mais pourraient aussi débattre sur l’opportunité de relancer une candidature française pour une prochaine olympiade.

Aujourd’hui, trois axes peuvent être délimités :

– Tout abandonner, du moins, ne pas lancer une candidature française avant plusieurs années voir décennies, histoire de faire un « défriefing » en profondeur et peut être aussi dans la douleur, en ayant en mémoire, les échecs français successifs : cinq en l’espace de 20 ans : Paris 1992, 2008 et 2012, Lille 2004 et Annecy 2018.

– Se relancer pour les Jeux d’hiver 2022 avec une candidature réfléchie et concertée d’une ville française ou d’une station de montagne, bien que le CIO ait clairement démontré depuis les JO de Nagano, sa volonté de s’émanciper de la montagne seule (Vancouver et Sotchi étant par exemple des cités de villégiature avant d’être des stations de montagne). Pour cette édition hivernale, la France pourrait avoir pour concurrent direct l’Espagne avec une potentielle candidature de Barcelone, bien que cette dernière soit, depuis la crise économique et financière, en sommeil.

– La troisième option se situerait sur un espace temps légérement plus grand, à savoir une candidature de la France pour l’organisation des Jeux Olympiques d’été 2024. Comme je l’avais indiqué récemment, la presse anglo-saxonne à l’image du « Chicago Tribune » estime que les chances de Paris sont réelles pour cette édition estivale, compte-tenu du centenaire des derniers Jeux d’été organisés en France (Paris 1924).

Au delà de ces possibles choix stratégiques, une question s’impose dans le débat : la France d’aujourd’hui est-elle en mesure de battre des candidatures issues de « nouveaux horizons » – pour reprendre le slogan de « PyeongChang 2018 » ?

Cette question méritera réponse en temps et en heure de la part du CNOSF et des fédérations sportives liées aux Jeux Olympiques. Comme l’aurait indiqué un membre du CIO à la délégation française à Durban, « le monde a changé, pas vous »! Le constat est sévère et pourtant, il illustre bien l’actuelle position de la France dans l’institution olympique, position étroite avec deux membres seulement (Guy Drut et Jean-Claude Killy) et des échecs à répétition pour les candidatures de sportifs tricolores pour intégrer la Commission des Athlètes (David Douillet…).

Selon moi, une candidature pour 2022 serait risquée tout comme une offre pour 2024.

En effet, bien qu’une candidature européenne pourrait être en position de force pour 2022, l’offre technique présentée par Annecy – excellente offre que j’ai défendu et que j’ai loué durant deux ans – n’est sans doute plus le « modèle » recherché par le CIO. En outre, Munich (Allemagne) pourrait être tentée de relancer son offre pour les JO en s’appuyant une fois de plus sur son pôle glace de Munich même et son pôle neige de Garmisch-Partenkirchen.

Pour 2024, le risque est sans doute plus important pour la France : bien que cette date marquera le centenaire des Jeux de Paris 1924, l’aspect « nostalgie » n’est plus – et depuis bien longtemps au CIO – signe de victoire assurée. Souvenons-nous par exemple d’Athènes qui avait basé sa candidature pour 1996 sur l’histoire et la renaissance des Jeux Olympiques modernes en Grèce (Athènes 1896) et qui fut finalement battue par Atlanta pour l’organisation des Jeux du Centenaire (déjà!). Surtout, au regard de l’actuel calendrier pour l’attribution des JO 2020, une candidature parisienne pour 2024 pourrait vite présenter un caractère obsolète. Rome est en effet aujourd’hui la seule ville ayant officiellement déclaré sa candidature pour les Jeux 2020. Nul doute de ce fait, qu’au 1er Septembre (date limite pour déposer une lettre d’intention) la capitale italienne aura une avance certaine sur de possibles candidatures adverses. Et dans le cas où Rome l’emporterait pour les Jeux d’été 2020, une victoire européenne pour 2024 serait quasi-automatiquement caduque.

A titre personnel, je pense toutefois que la France se doit de présenter une nouvelle candidature, pour les Jeux d’été de préférence, soit pour 2020 – bien que le « timing » soit aujourd’hui serré d’ici au 1er Septembre – soit pour 2024, avec dans les deux cas, une candidature parisienne, du moins du Grand Paris, ou provinciale (Lyon, Marseille, Lille…).

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