Arrivé au printemps 2025, Cyril Linette quitte déjà ses fonctions de Directeur Général du Comité d’Organisation des Jeux d’hiver des Alpes françaises 2030, poussé vers la sortie eu égard aux « désaccords insurmontables » avec Edgar Grospiron, Président dudit Comité et désormais seul en première ligne au moment où l’instance organisatrice doit engager un nécessaire sursaut.

Son départ était attendu depuis maintenant une quinzaine de jours. Il a été acté lors du Bureau Exécutif convoqué en urgence le 22 février dernier et finalement officialisé ce jour par voie de communiqué.
Comme l’énonce ainsi le Comité d’Organisation des Jeux de 2030 (COJO) :
Cette décision répond à la volonté collective de donner au COJO un nouvel élan grâce à une gouvernance renouvelée, à un moment où, ses fondations posées, s’ouvre une nouvelle phase clé de livraison opérationnelle du projet.
Les formules de rigueur – pour saluer l’engagement et le travail effectué par Cyril Linette dans ses fonctions de Directeur Général depuis le printemps 2025 – sont bien sûr présentes dans le communiqué, qui soulignent par ailleurs que les parties prenantes au projet olympique et paralympique restent focalisées sur la réussite de l’événement hivernal de 2030.
Les débuts s’annonçaient pourtant sous les meilleurs auspices, Edgar Grospiron s’étant même montré enthousiaste à l’idée de travailler aux côtés du Directeur Général qui, dans le cadre d’un COJO, représente habituellement la clé de voûte des préparatifs, faisant la jonction entre les différentes Directions.
Ainsi qu’il l’avait affirmé au jour de la nomination de Cyril Linette :
Cyril Linette est un dirigeant innovant, structurant, réformateur.
Il apporte une vision claire sur la création de valeurs, la gestion budgétaire, la performance des équipes et la diffusion des contenus.
Les Jeux sont aujourd’hui autant un événement sportif qu’une immense plateforme de contenus à fort pouvoir émotionnel.
Cyril possède cette capacité à penser à la fois le fond, la forme, et le terrain.
Or depuis, le retrait de Cyril Linette était apparu évident ces dernières semaines et ce, après une série de départs dans les arcanes du COJO, des départs qui avaient mis en lumière les tensions à la tête de l’instance et une ligne directionnelle quelque peu confisquée par Edgar Grospiron.
Comme l’avait à ce sujet exposé avec virulence l’ex-Président du Comité des Rémunérations, Bertrand Méheut, dans sa lettre de démission au tout début du mois de février 2026 :
[La gouvernance du COJO] est supposée duale, ce qui n’apparaît plus être le cas.
Le Président, accompagné en principe d’un Directeur Général Exécutif, se comporte comme s’il était Président Directeur Général, hors de tout contrôle, sans en avoir la compétence. […]
J’attire l’attention sur les risques encourus par le COJO.
Dans ce contexte, le départ du Directeur Général a été engagé pour tenter de remettre à flot le Comité d’Organisation, parallèlement à une mission d’accompagnement devant aboutir à une clarification de la gouvernance d’ici la mi-mars 2026, et parallèlement aussi à une mission d’inspection diligentée ces jours-ci par le gouvernement, l’État étant soucieux de reprendre la main sur le dossier des Jeux.

Aujourd’hui, Edgar Grospiron se retrouve dès lors dans une position qui ne saurait être des plus confortables, car sans numéro deux aux manettes, le Président du COJO est désormais en première ligne, lui qui concentre pourtant les plus vives critiques.
De toute évidence, sa survie à la tête de l’instance organisatrice se jouera dans les jours qui viennent.
Après une audition opérée ce mercredi 25 février devant la Commission sénatoriale en charge de la Culture, de l’Éducation, de la Communication et du Sport qui a exprimé il y a peu une vive inquiétude quant à la tournure des événements, Edgar Grospiron sera très certainement au centre de l’attention et des discussions des prochains rendez-vous institutionnels convoqués sur les prochaines semaines.
Soit il parvient à convaincre les parties prenantes et lesdites discussions aboutissent au fait qu’il peut être l’homme de la situation pour coordonner une gouvernance retravaillée, notamment sur l’aspect décentralisé du projet. Soit à l’inverse il s’avère que la sortie de crise ne peut passer que par le départ du Président en exercice, auquel cas cette nouvelle secousse viendrait perturber un peu plus les préparatifs en cours qui doivent pourtant s’accélérer durant le printemps.
La feuille de route adoptée par le Bureau Exécutif de la semaine passée est en tout cas connue des parties au projet qui espèrent toutes un rebond pour remettre à niveau la gouvernance et pour enclencher de nouveaux marqueurs dans les préparatifs d’organisation des Jeux.
Un Bureau Exécutif programmé pour le 19 mars 2026 devra ainsi arrêter les modalités de restructuration suivant tout ou partie des recommandations exposées dans le cadre de la mission d’accompagnement confiée à Étienne Thobois, ex-Directeur Général de Paris 2024.
Un Conseil d’administration se tiendra en outre le 30 mars prochain, avant un nouveau Bureau Exécutif annoncé pour le 20 avril 2026.
Ces deux échéances devraient permettre d’entériner les grands chantiers en suspens, en particulier en ce qui concerne la carte des sites, la révélation des emblèmes des Jeux – la passation du drapeau olympique à Vérone (Italie) ayant eu lieu sans référence aucune à l’identité visuelle du rendez-vous de 2030 – mais encore la question du marketing alors que les premiers sponsors se font attendre.
Entre temps, le COJO aura certainement recruté un nouveau Directeur Général – ou tout du moins avancé sur la piste -, le départ de Cyril Linette permettant de fait d’activer la phase de recrutement de son successeur.
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