Présidence du CIO : Juan Antonio Samaranch Jr., l’expérience au service de l’Olympisme

La référence à son patronyme renvoie à certaines heures parmi les plus riches, mais aussi parmi les plus controversées de l’histoire du Comité International Olympique (CIO). En se présentant à la présidence d’une institution autrefois dirigée par son illustre père entre 1980 et 2001, Juan Antonio Samaranch Jr. sait qu’il sera attendu au tournant en cas d’élection, tant du fait de son expérience incontestable acquise au fil des décennies dans les arcanes du pouvoir olympique qu’à l’aune de l’imposant héritage familial.

Juan Antonio Samaranch Jr. lors de la présentation de sa candidature à la présidence du CIO, le 30 janvier 2025 à Lausanne, Suisse (Crédits – IOC / Greg Martin)

Samaranch. Un nom qui ne laisse personne indifférent au sein de la Maison Olympique.

Qu’ils aient été nommés sous sa présidence ou qu’ils soient arrivés au CIO après son départ de Lausanne (Suisse), chaque membre de l’institution olympique sait le poids particulièrement conséquent que représentent les actions – aussi visionnaires que vilipendées – entreprises par Juan Antonio Samaranch lorsque celui-ci fut à la tête du CIO deux décennies durant.

Aussi, dans le sillage de son père disparu en 2010 dans la ville de Barcelone (Espagne) qu’il avait accompagné dans la perspective de l’organisation des Jeux d’été de 1992, Juan Antonio Samaranch Jr. entend aujourd’hui reprendre le flambeau olympique en succédant à Thomas Bach.

Âgé de 65 ans, Samaranch fils dispose d’une solide expérience, fort d’une présence dans l’institution olympique depuis 2001.

Fin connaisseur des mécanismes de gouvernance du CIO, celui qui est diplômé d’un MBA de l’Université de New York (États-Unis) et titulaire d’un diplôme d’Ingénieur Industriel obtenu en Espagne a construit sa carrière selon un double cheminement dans la sphère sportive bien sûr, mais également dans les univers de l’entreprise et de la finance.

De fait, Directeur de compte chez « International Flavours and Fragances » entre 1982 et 1986, il devient par la suite analyste financier auprès de la « First Boston Corporation » à New York durant trois ans (1986-1989), avant d’être nommé Vice-Président et associé de la « S.G. Warburg and Co » (1989-1991), puis de s’installer comme associé fondateur et Directeur Général de « GBS Finance S.A. », un poste qu’il occupe depuis le début des années 1990.

Également Vice-Président du Real Automóvil Club de Catalunya (RACC), Juan Antonio Samaranch Jr. – qui pratique le ski, le golf, la course à pied, le tennis, et la natation – s’est aussi fait un nom en tant que membre du Comité National Olympique Espagnol (COE) dès la fin de la décennie 1980, décennie durant laquelle il est par ailleurs membre du Conseil d’administration de la Fédération Espagnole de Pentathlon Moderne (1980-1990).

Au cours de la décennie suivante, il gagne en importance au sein de l’Union Internationale de Pentathlon Moderne (UIPM), en devenant membre du Conseil d’administration (1984-1996) dans un premier temps, et Vice-Président dans un second temps, une fonction qu’il conserve encore à ce jour.

A l’aune de ce parcours, son entrée au sein du CIO sonne comme une évidence au moment où son père passe le relais à Jacques Rogge au début des années 2000. Depuis, il est parvenu à se fondre dans quelques-unes des Commissions-clés de l’institution olympique, que ce soit la Commission de Coordination des Jeux d’hiver de Turin 2006, celle relative aux Jeux de Sotchi 2014, celle encore centrée sur Pékin 2022 qu’il a eu l’honneur de présider après en avoir été l’un des membres, mais aussi les Commissions Marketing (2004-2017), Sport pour tous (2006-2014), Droits TV et Nouveaux Médias (2014-2015), Solidarité Olympique (2014-2017), Communication (2015-2017), sans oublier surtout la stratégique Commission Exécutive.

Au sein de cette dernière – qui n’est autre que l’organe le plus important de la gouvernance olympique avec la Session – Juan Antonio Samaranch Jr. a ainsi été membre (2012-2016), avant d’en devenir l’un des quatre Vice-Présidents, d’abord entre 2016 et 2020, et depuis 2022.

En parallèle, il demeure présent au sein de la Commission Engagement Numérique et Communication Marketing qu’il a rejoint en 2022, tout en siégeant au Conseil d’administration d’IOC Television and Marketing Services depuis 2023, d’Olympic Channel Services S.A. en Suisse depuis 2015, et en étant le Président du Conseil d’administration d’Olympic Channel Services S.L. en Espagne.

Couverture du document de candidature de Juan Antonio Samaranch Jr. à la présidence du CIO

Ce parcours foisonnant lui confère dès lors un profil idéal pour prendre la relève de Thomas Bach, longtemps bras droit de Jacques Rogge. Ce parcours lui offre de surcroît le curriculum vitae olympique le plus conséquent parmi les sept prétendants à la fonction suprême.

De quoi se démarquer singulièrement de la concurrence, même si son élection à la présidence olympique n’est pas encore acquise eu égard à ce que son patronyme évoque au moment où le CIO s’est engagé dans la voie d’une modernisation soutenue – que certains considèrent à marche forcée – sous les deux mandats de Thomas Bach.

Or, témoin privilégié de l’évolution du Mouvement olympique, Juan Antonio Samaranch Jr. se veut l’incarnation d’un leadership efficace fondé sur quatre grands principes que sont l’expérience, la perspective, le jugement et la collaboration.

Ainsi qu’il le mentionne en préambule de son document de candidature :

L’expérience pose les bases de la compréhension ; la perspective replace les opportunités et les risques dans un contexte approprié, et le jugement offre la sagesse, l’éthique et la réflexion critique nécessaires à la prise de bonnes décisions. Le tout repose sur la collaboration. Telles sont les qualités que j’apporte à cette campagne, animé que je suis par une vie entière consacrée à l’Olympisme.

Pour aller plus loin encore, le candidat espagnol évoque six priorités fondamentales – le CIO, les Jeux Olympiques, l’athlète, le Mouvement olympique, la société et le Mouvement olympique et les affaires commerciales du Mouvement olympique – déclinées au travers de 40 points d’action.

Concernant le CIO et la gouvernance de la vénérable institution, Juan Antonio Samaranch Jr. plaide pour une refonte du format des Sessions, avec le désir de redonner la parole aux membres qui seraient par ailleurs reconnus comme des ambassadeurs mondiaux du sport et des interlocuteurs des gouvernements.

En ce sens, des relations plus étroites avec les pouvoirs publics seraient recherchées dans l’optique de rehausser la visible des membres du CIO et, finalement, maintenir la capacité diplomatique d’une institution dont le Président est systématiquement reçu à l’égal d’un Chef d’État lors de chacun de ses déplacements internationaux. Juan Antonio Samaranch Jr. propose notamment d’introduire une Lettre Annuelle sur l’état du Mouvement olympique, missive qui serait cosignée par le Président du CIO et les membres du CIO dans chacun des pays en direction desquels le courrier sera adressé aux Chefs d’État et aux principaux leaders institutionnels.

La place des membres du CIO ainsi renforcée, Juan Antonio Samaranch Jr. entend également revoir la limite d’âge aujourd’hui fixée à 70 ans.

De fait, sans revenir sur les anciennes règles en vigueur du temps de son père (80 ans), il milite pour repousser l’âge de la retraite olympique à 75 ans, estimant que le Mouvement olympique pourrait pleinement profiter de l’expérience et de la contribution des membres plus âgés présentés ici comme exemples de sagesse.

Soucieux de proposer un modèle de gouvernance plus efficace, le prétendant à la fonction suprême évoque en outre la possibilité de commander un audit auprès d’un collèges de personnalités indépendantes et ce, afin d’évaluer tous les programmes du CIO.

Juan Antonio Samaranch Jr. lors de la 139e Session du CIO à Pékin, Chine, le 19 février 2022 (Crédits – IOC / Greg Martin)

Sur la question des Jeux Olympiques, Juan Antonio Samaranch Jr. estime que Paris 2024 a redéfini les normes de l’excellence sportive, de l’engagement des supporteurs, de la portée médiatique de l’événement, mais encore de la durabilité.

Aussi, il propose un certain nombre de bouleversements plus ou moins importants, tenant notamment à la sélection de la Ville Hôte – terminologie pourtant gommée ces dernières années au profit de Futur Hôte – avec une redéfinition du rôle des Commissions actuellement chargées de superviser les candidatures.

En clair, le pouvoir de décision et de sélection serait redonné aux membres du CIO réunis en Session, les Commissions de Futur Hôte ne conservant qu’un rôle d’assistance technique spécialisée alors qu’elles recommandent aujourd’hui le choix de la candidature à maintenir en phase de dialogue ciblé synonyme d’attribution quasi-certaine des Jeux.

Une manière de revenir au moins pour partie sur les réformes du processus de sélection conduites sous la présidence de Thomas Bach.

Juan Antonio Samaranch Jr. avance par ailleurs l’idée d’ajuster le calendrier pour rendre l’organisation des Jeux plus accessible à toutes les régions ou pays. Comme d’autres candidats se dessine dès lors en filigrane la volonté de confier l’accueil des Jeux à de nouvelles contrées, en particulier du côté du continent africain.

Il évoque également un réexamen du concept des Jeux qui, ces dernières années, a pu connaître une dispersion géographique pour tenir compte des contraintes de durabilité, avec la priorité donnée aux infrastructures existantes ou temporaires, jusqu’à sortir du cadre autrefois entendu de Parc Olympique où la compacité primait.

Comme le justifie Juan Antonio Samaranch Jr. avec en filigrane la volonté de préserver le modèle unique qui fait la spécificité des Jeux :

S’il existe des raisons valables pour expliquer une répartition stratégique, de telles décisions devraient reposer sur des questions d’héritage et de réalités opérationnelles, et non sur des considérations d’ordre politiques. Une dispersion excessive des Jeux peut nuire à l’authenticité et à l’esprit communautaire des Jeux Olympiques, où le Village Olympique constitue le cœur même de l’expérience et de la marque des Jeux.

Toujours en ce qui concerne la tenue de l’événement olympique, celui qui se targue d’avoir pris part à 14 éditions des Jeux, en plus d’avoir été membre de trois Commissions de Coordination des Jeux, entend renforcer la surveillance des Comités d’Organisation (COJO), avec de surcroît un partenariat de confiance rehaussé dès la phase de candidature et ce, compte tenu de la complexité organisationnelle des Jeux qui peut parfois perturber le bon déroulement des préparatifs.

Ce partenariat de confiance serait en outre destiné à améliorer l’expérience des Jeux au travers des efforts liés au processus de planification et à mieux orienter les COJO afin que ces derniers puissent présenter de façon optimale la marque olympique, en particulier dans le cadre de la stratégie marketing.

Pour ce qui est de la place et du rôle des athlètes, Juan Antonio Samaranch Jr. souhaite – à l’instar de ses rivaux – protéger les femmes dans le sport, mais également faire des athlètes de véritables influenceurs planétaires de la marque olympique en leur permettant un accès privilégié aux contenus et images de leurs performances.

Dans la foulée, il est proposé d’établir des partenariats avec des créateurs de contenus, notamment via les réseaux sociaux, pour contribuer à l’amplification du message du CIO à destination d’un public sans cesse plus jeune et connecté.

Fort de son expérience dans les Commissions thématiques du CIO, Juan Antonio Samaranch Jr. entend poursuivre les actions et autres initiatives sur le sport-santé et la durabilité à l’heure du changement climatique.

Enfin, sur la question des activités commerciales de l’institution olympique, il avance l’idée de réviser le programme des Partenaires Olympiques Mondiaux (TOP), ainsi que la stratégie des droits médias, tout en souhaitant l’émergence de nouvelles ressources qui pourraient notamment être issues du Programme des Donateurs pour les Jeux Olympiques visant à collecter 1 milliard de dollars pour les diverses Fondations du Mouvement olympique.

De même, se fondant sur son expérience acquise dans le secteur bancaire, il propose la création d’un Fonds d’investissement sportif dans lequel le CIO fournirait ses connaissances et son savoir-faire, des investisseurs contribuant de leur côté à l’apport du capital à hauteur de 1 milliard de dollars.

Juan Antonio Samaranch Jr., Président de la Commission de Coordination du CIO pour les Jeux de Pékin 2022, en visite sur le principal Village des Athlètes, mardi 25 janvier 2022 (Crédits – Beijing 2022)

Avec une vision de la gouvernance olympique mêlant près de 25 ans de présence active au sein des arcanes du pouvoir et volonté de créer un nouveau schéma global pour les années à venir, Juan Antonio Samaranch Jr. se pose in fine comme un rénovateur à sa manière de l’esprit olympique.

Sans doute désireux de s’inscrire dans les pas de son père – qu’il ne cite jamais dans son document de candidature – on retrouve de fait dans sa vision de l’Olympisme des acquis de la présidence de celui qui en son temps avait largement contribué à la mondialisation des Jeux et à la diffusion planétaire de ces derniers.

Dans le même temps, il expose des pistes de réflexions pour adapter le Mouvement olympique aux défis d’une époque en constante évolution et dans laquelle les bouleversements, notamment géopolitiques, peuvent être des plus impactants.


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