Présidence du CIO : Johan Eliasch avance une vision entrepreneuriale

Candidat à la présidence du Comité International Olympique (CIO), Johan Eliasch entend s’inspirer du modèle de l’entreprise pour guider les décisions-clés que devra prendre l’institution au cours des prochaines années.

Johan Eliasch lors de la présentation de sa candidature à la présidence du CIO, le 30 janvier 2025 à Lausanne, Suisse (Crédits – IOC / Greg Martin)

Des sept candidats à la fonction suprême du CIO, le britannique Johan Eliasch est indéniablement le plus surprenant du fait d’un manque évident d’expérience au sein même de la Maison Olympique.

Siégeant au cœur de l’institution de Lausanne (Suisse) depuis 2024, il dispose en effet de la plus petite longévité olympique, là où un profil comme Juan Antonio Samaranch Jr. par exemple peut se targuer d’évoluer dans les arcanes du pouvoir depuis 25 ans.

Pourtant, si son élection à la tête du CIO serait une immense surprise et malgré le caractère novice au sein d’une structure au fonctionnement complexe où le relationnel et les réseaux ont une importance capitale, Johan Eliasch avance sa candidature avec détermination, conscient aussi que sa position de trublion parmi l’ordre établi pourrait in fine peser sur l’issue du scrutin, surtout dans l’hypothèse où les résultats seraient serrés entre les principaux postulants.

Âgé de 62 ans, Johan Eliasch a fait ses armes en Suède, pays dont il est originaire et dans lequel il a décroché une Licence en Administration des Entreprises de l’Université de Stockholm et un Master en Science de l’Institut Royale de Technologie à Stockholm.

Profitant de cette formation, il s’est par la suite forgé un profil d’homme d’affaires avec aussi une incursion dans la sphère politique, ce qui se traduit aujourd’hui dans son approche du futur du Mouvement olympique.

Après avoir pris la présidence de « ECJ Holdings » dès 1984 – présidence qu’il occupe toujours – Johan Eliasch a de fait été Directeur Général de « HEAD » entre 1995 et 2021, Président de « Aman Resorts » entre 2014 et 2018, mais encore Représentant spécial du Premier Ministre du Royaume-Uni entre 2007 et 2010.

Depuis 1990, il occupe aussi le poste de Président de « London Films ». Il est par ailleurs Président du « Global Strategy Forum » au Royaume-Uni depuis 2005, Président de « The Sattachi Gallery » à Londres depuis 2017, et est en outre le fondateur au Brésil de « Rainforest Trust » (2005).

Pratiquant notamment le ski, le golf, le tennis, la voile ou les sports automobiles, celui qui fut Champion Régional de Suède en curling en 1979, deux ans après avoir été Champion junior à Stockholm, s’est en parallèle distingué dans le monde sportif en prenant la direction de Special Olympics Great Britain entre 2002 et 2007, puis en siégeant comme membre du Comité consultatif de l’Association Olympique Britannique de 2003 à 2012.

Profil atypique, Johan Eliasch est depuis 2021 membre du Conseil des Fédérations Olympiques d’hiver, Président de la Fondation Marc Hodler, mais surtout Président de la Fédération Internationale de Ski et de Snowboard (FIS), succédant alors à une figure historique du sport et de l’Olympisme, en la personne de Gian-Franco Kasper qui présida ladite Fédération durant plus de deux décennies (1998-2021).

Au sein du CIO, l’expérience de Johan Eliasch est mineure, siégeant seulement en tant que membre de la Commission de la Durabilité et de l’Héritage.

Couverture du document de candidature de Johan Eliasch à la présidence du CIO

Aussi, sa candidature à la présidence du CIO se veut une tentative audacieuse d’insuffler une dynamique nouvelle pour faire entrer l’institution plus que centenaire dans une ère de modernité.

Il l’énonce d’ailleurs dans son document de candidature qui, contrairement à celui de ses concurrents, se démarque par ses illustrations à la façon des comics.

Faisant de fait le constat que le CIO est et sera confronté à des défis majeurs dans un monde en constante évolution, notamment au regard des déplacements de populations, de l’influence des réseaux sociaux, sans oublier aussi les conséquences du dérèglement climatique, Johan Eliasch prône une direction devant s’inspirer du modèle de l’entreprise où les objectifs à atteindre sont déterminés et priorisés.

Ainsi qu’il le développe notamment :

Nous devons disposer d’un plan stratégique quinquennal détaillé et évolutif, assorti de jalons, afin de nous assurer que nous restons concentrés et que nous regardons tous dans la même direction.

Ce plan serait le fruit d’un effort de consolidation, s’inspirant de la sagesse et de la perspicacité de l’ensemble de notre Mouvement, riche en détails et en objectifs, et serait mis à jour chaque année.

Désireux de s’appuyer sur les idées des membres – par-delà les considérations d’ancienneté – Johan Eliasch entend ici maintenir et consolider la puissance financière et commerciale du CIO, misant entre autre sur de nouvelles formes de monétisation, tout en partant en quête d’un juste équilibre entre les parrainages, les droits de diffusion, la stratégie numérique et les nouveaux standards de marketing, avec aussi une ouverture plus importante accordée aux plateformes de streaming.

Tel un chef d’entreprise, il milite pour une refonte du modèle, passant par une révision des frais généraux fixes et des stratégies d’investissement, une rationalisation des dépenses en fonction des objectifs fixés, ou encore par une mobilisation de personnes qualifiées pour contribuer à atteindre lesdits objectifs.

Sur le plan sportif, Johan Eliasch estime qu’il y a pour le CIO la nécessité d’adopter les sports électroniques comme jamais jusqu’à présent, ces derniers pouvant représenter une opportunité commerciale majeure eu égard au nombre croissant de pratiquants à travers le monde.

De même, il souhaite voir et accompagner l’émergence de nouveaux acteurs des Jeux Olympiques, avec possiblement l’attribution de futures éditions dans les pays du Sud, en particulier sur le continent africain ou au Moyen-Orient.

Sur la question des athlètes, Johan Eliasch souhaite veiller au bien-être de ces derniers, tout en faisant la promotion de la féminisation du sport, avec par ailleurs une approche stricte sur la problématique des athlètes transgenres, le candidat défendant la présence dans le sport féminin des seules personnes nées de sexe féminin.

Comme il le déclare :

Le CIO doit montrer la voie en établissant une politique simple et claire afin de garantir un environnement équitable et sûr pour tous les athlètes, en particulier les femmes.

Ce ne sera pas facile, pour des raisons évidentes, mais nous devons nous rappeler que l’intégrité et même la viabilité du sport féminin sont en jeu.

Ce qui est primordial, ce n’est pas l’opinion publique ou les tendances dominantes, mais l’intégrité et la sécurité du sport féminin.

Misant enfin sur l’excellence sportive, le candidat britannique entend défendre l’intégrité et le fair-play au sein de la marque olympique.

Cela passerait par une coopération plus étroite entre le CIO et Interpol d’une part et l’Office des Nations Unies contre la drogue et le crime (ONUDC) d’autre part, notamment dans la perspective de lutter contre la manipulation des compétitions.


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