Alpes françaises 2030 : Nice quitte la piste, Lyon prend le relais

Moins d’un mois avant la 146ème Session – extraordinaire – du Comité International Olympique (CIO) durant laquelle doit être présentée la carte des sites des Jeux d’hiver des Alpes françaises 2030, les organisateurs tricolores ont acté le retrait de Nice (Alpes-Maritimes) et l’intégration de Lyon et sa métropole (Rhône) pour abriter les épreuves de glace.

Vue de la Promenade des Anglais à Nice, Alpes-Maritimes, France (Crédits – Office de Tourisme Métropolitain Nice Côte d’Azur)

Après les soubresauts de la gouvernance du Comité d’Organisation des Jeux (COJOP) des Alpes françaises 2030, l’année 2026 se poursuit sous haute tension pour les acteurs du projet olympique et paralympique.

Une tension exacerbée par le constat d’un calendrier chaque mois plus contraint, par l’impatience du CIO et des Fédérations Internationales qui souhaitent enfin connaître les localisations des futures compétitions, mais aussi par l’absence de sponsors dans une atmosphère brouillonne clairement défavorable.

Aussi, la réunion au sommet du Bureau Exécutif du COJOP – en présence de représentants du CIO – orchestrée ce vendredi 29 mai 2026 a constitué tout à la fois l’aboutissement d’un feuilleton de plusieurs semaines et, peut-être, le signal d’un nouveau départ plus vertueux et bénéfique pour l’ensemble des parties prenantes aux Jeux.

De fait, tandis que Nice semblait confortablement installée comme pôle des sports de glace des JO 2030 et ce, depuis la phase de candidature en 2023 – exception faite du patinage de vitesse projetée dès le départ à l’étranger – la cité méditerranéenne a vu sa position considérablement s’affaiblir au cours des deux derniers mois, sous le coup des propositions alternatives formulées par le nouveau Maire, Eric Ciotti.

Déjà au moment de la campagne des élections municipales des 15 et 22 mars 2026, l’élu local ancien membre du parti « Les Républicains » – dont font ou ont fait partie les Présidents actuels et passés des Régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte-d’Azur, ainsi que l’ex-Maire, Christian Estrosi – avait présenté sa vision des Jeux à Nice, se démarquant du concept reposant notamment sur l’implantation du tournoi de hockey-sur-glace au sein de l’Allianz Riviera.

Eu égard à la dynamique sondagière avant le premier tour du scrutin, les parties aux Jeux avaient alors commencé à s’inquiéter d’une possible accession au pouvoir d’Eric Ciotti qui, compte-tenu de sa posture, aurait pu engendrer de fortes secousses quant aux fondements dudit projet qu’il entendait de facto remodeler.

Or, en intégrant le résultat des urnes au soir du 22 mars, et malgré une série de discussions menées depuis lors, les acteurs engagés n’ont pas réussi à se mettre d’accord sur le maintien du tournoi précité dans le périmètre territorial niçois, jugeant les alternatives présentées comme possiblement plus onéreuses que le concept officiel.

Guy Drut, membre français du CIO ; et Eric Ciotti, candidat UDR-RN aux élections municipales à Nice, Alpes-Maritimes, Provence-Alpes-Côte-d’Azur, en visite sur le site du Parc des Expositions de Nice, jeudi 26 février 2026 (Crédits – Eric Ciotti / Page officielle X, ex-Twitter)

Si ce désaveu pour la ville qui s’était déjà rêvée Cité Olympique pour les Jeux de 2018 ne fut pas une surprise, il restait encore à identifier le nouveau point de chute du hockey-sur-glace qui, pour les Jeux d’hiver, représente tout de même 60% des recettes de billetterie. Loin d’être anecdotique.

Les semaines écoulées ont ainsi vu émerger une opposition frontale entre Paris et Lyon.

La première misait sur son expérience des Jeux et sa capacité à recevoir le hockey-sur-glace au cœur de l’AccorArena de Bercy et de l’Adidas Arena. La seconde valorisait davantage son implantation géographique, elle dont la métropole doit abriter la Cérémonie d’ouverture au sein du Groupama Stadium de Décines-Charpieu, par ailleurs siège du COJOP.

Aujourd’hui, et alors Renaud Muselier avait récemment fait part de sa crainte de voir le projet largement remanié au détriment de la Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur dont il est le Président et dont il défend la destinée olympique et paralympique depuis plus de trois ans, la réunion du Bureau Exécutif a sans détour abouti à l’abandon du pôle niçois, soit tout de même l’un des quatre clusters sportifs des JO 2030.

Dans un communiqué publié en début de soirée, ce vendredi 29 mai, le COJOP n’a pas manqué de souligner l’effort consenti pour trouver la solution la plus adéquate.

Comme l’a notamment affirmé l’instance organisatrice :

Sur la base d’un examen approfondi des différents scénarios évoqués avec la nouvelle municipalité de Nice, les participants ont dû tirer les conséquences de la décision du nouveau Maire de Nice de ne pas accueillir les compétitions de hockey sur glace à l’Allianz Riviera. Ces travaux d’analyse ont été conduits avec célérité, objectivité et professionnalisme, sous l’autorité de Michel Cadot.

Les solutions alternatives recherchées à Nice se sont révélées insatisfaisantes.

La modification significative du concept initial, associée à la demande formulée par le CIO et les Fédérations Internationales de maintenir un pôle glace unifié, a conduit à rechercher un territoire adapté à l’accueil de l’ensemble des épreuves de glace (à l’exception du patinage de vitesse).

En sacrifiant la cité méditerranéenne où fut en outre envisagée la Cérémonie de clôture le long de la Promenade des Anglais, le COJOP espère rebondir avec efficacité, le choix de repli ayant finalement conduit à sélectionner Lyon et sa métropole pour subvenir aux besoins des épreuves de glace qui comprennent, au-delà du hockey-sur-glace, le curling, le patinage artistique et le short-track (patinage de vitesse sur piste courte).

Ainsi que l’a encore exposé le COJOP à ce sujet :

Un travail méthodique a été mené afin d’examiner toutes les propositions à même de préserver l’ambition du projet, sa qualité sportive, organisationnelle et budgétaire.

À l’issue de ce travail et des échanges conduits ce jour, le regroupement de l’ensemble des épreuves de glace dans la métropole de Lyon apparaît aujourd’hui comme la solution à même de répondre à cette situation.

Elle nécessite toutefois une poursuite rapide des analyses techniques et budgétaires de cette évolution.

Vue du Groupama Stadium de Lyon-Décines, Rhône (Crédits – Groupama Stadium)

Face à ce nouveau bouleversement – que chacun peut percevoir à juste titre comme une énième péripétie pour les organisateurs des Jeux d’hiver de 2030 – le COJOP et les autorités tricolores se retrouvent dans une situation particulièrement délicate, sachant que l’équilibre territorial qui prévalait jusqu’à ce jour a volé en éclats.

Un paradoxe toutefois lorsque l’on sait que des deux Régions, Auvergne-Rhône-Alpes avait un avantage conséquent dès les prémices du projet, avec une expérience des Jeux par trois fois (1924, 1968 et 1992) et des grands événements hivernaux de manière générale, Provence-Alpes-Côte-d’Azur ayant de son côté désiré les Jeux pour bénéficier d’un effet tremplin à la manière dont Albertville et ses alentours ont pu profiter de la venue du rendez-vous planétaire en 1992.

Ne prenant certainement pas la mesure de ce déséquilibre factuel, les leaders régionaux ont préféré penser une candidature et un projet reposant sur les deux Régions précitées et sur quatre clusters départementaux, à savoir deux en Auvergne-Rhône-Alpes et deux en Provence-Alpes-Côte-d’Azur.

Cet équilibre fantasmé a même amené les organisateurs à engager l’installation du COJOP au Nord et de la Société de Livraison des Ouvrages Olympiques (SOLIDEO) au Sud, mais également de la présidence tournante entre les deux têtes des exécutifs régionaux pour piloter la structure de livraison des infrastructures.

Il en fut aussi de même pour l’implantation des Cérémonies d’ouverture et bien sûr aussi pour la répartition des sports, avec Auvergne-Rhône-Alpes pour les épreuves alpines, le bobsleigh, la luge, le skeleton, le biathlon, le ski de fond et le combiné nordique, et Provence-Alpes-Côte-d’Azur pour les compétitions freestyle et donc le pôle de glace désormais rayé de la carte.

Ce chamboulement d’envergure pourrait d’ailleurs conduire dans un nouveau scénario du pire, la Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur à se sentir légitime de revoir à la baisse sa participation à l’effort financier des Jeux de 2030 compte-tenu d’un nombre d’épreuves moindre que prévu.

Ce scénario pourrait toutefois avoir de graves conséquences, en tenant compte des tensions passées entre les Collectivités Territoriales mobilisées sur les JO 2030 et de surcroît en considérant l’équilibre fragile d’un budget prévisionnel à 2,1 milliards d’euros.

A cet égard, le COJOP, le Mouvement olympique et paralympique français, et les autorités tricolores vont devoir redoubler d’efforts sous la vigilance accrue du CIO qui, après les Jeux « disséminés » de Milan-Cortina 2026, perçoit certainement d’un bon œil le resserrement du concept français dans un souci de plus grande cohésion et de meilleure lisibilité du projet pour préserver au mieux l’expérience des athlètes et des spectateurs.

Fabrice Pannekoucke, Président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes, et Renaud Muselier, Président de la Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, sous le regard de Kirsty Coventry, Présidente du Comité International Olympique, lors de la Cérémonie de passation du drapeau olympique, dimanche 22 février 2026 aux Arènes de Vérone, Vénétie, Italie (Crédits – KMSP / Alpes françaises 2030)

Cependant, le plus dur n’est peut-être pas encore passé.

Certes, le cas de Nice a été réglé après moult tergiversations avant que le CIO et les Fédérations Internationales ne montent au créneau. Il n’empêche, même si Lyon et sa métropole deviennent aujourd’hui les nouvelles récipiendaires des épreuves de glace, encore faut-il positionner les compétitions dans des enceintes et selon un schéma et un cahier des charges susceptibles de satisfaire toutes les exigences.

La LDLC Arena près du Groupama Stadium et la Halle Tony Garnier feront partie intégrante du nouveau dispositif pour le hockey-sur-glace.

Reste à voir qu’elles seront les arènes dévolues au curling, au patinage artistique, et au short-track, sans oublier aussi le lieu d’implantation du Village des Athlètes pour loger l’ensemble des compétiteurs mobilisés durant la période des Jeux sur ces épreuves.

Quoiqu’il en soit, le choix fait par le COJOP et les parties prenantes aux Jeux de 2030 offre une place prépondérante à la quatrième ville de France.

Il porte également un coup de projecteur sans équivalent pour une cité dont le Maire écologiste, Grégory Doucet, a pourtant pu exprimer de vives critiques dans le passé concernant le Tour de France cycliste jugé machiste et polluant ou le Relais de la flamme olympique de Paris 2024 considéré comme trop onéreux et qui n’avait d’ailleurs pas fait escale dans la « Capitale des Gaules » lors de sa traversée de l’Hexagone.

Un paradoxe de plus pour un projet avançant continuellement dans la tempête jusqu’à présent, mais dont la vision et la carte des sites devront dorénavant être sécurisées d’ici la 146ème Session – extraordinaire – du CIO attendue les 24 et 25 juin 2026 à Lausanne (Suisse).

Une échéance capitale pour les Alpes françaises 2030 qui espèrent plus que jamais un sursaut à moins de 1 350 jours de la Cérémonie d’ouverture.


En savoir plus sur Sport & Société

Subscribe to get the latest posts sent to your email.

Laisser un commentaireAnnuler la réponse.