Le Comité d’Organisation des Jeux d’hiver des Alpes françaises 2030 veut croire en une nouvelle dynamique avec la nomination de Vincent Roberti au poste stratégique de Directeur Général. Venant en remplacement de Cyril Linette – débarqué en février dernier – l’actuel Préfet du Tarn-et-Garonne aura fort à faire pour relever la barre et enfin positionner le dossier tricolore sur les bons rails.

Dans un bref communiqué publié ce lundi 11 mai 2026 en début de soirée, le Comité d’Organisation des Jeux (COJOP) des Alpes françaises 2030 a officialisé l’arrivée prochaine d’un nouveau Directeur Général en la personne de Vincent Roberti.
Si la venue de ce profil institutionnel apparaissait ces jours-ci comme inéluctable, encore fallait-il que le Bureau Exécutif entérine la nomination de celui qui s’apprête à prendre le relais de Cyril Linette.
Les membres dudit Bureau ont d’ailleurs acté cette nomination à l’unanimité, marquant – espèrent-ils – la fin d’un feuilleton de plusieurs mois au sein de la gouvernance du projet alpin.
Comme l’a en tout cas affirmé le nouveau Directeur Général qui prendra officiellement ses fonctions dans le courant du mois de juin 2026 :
Je remercie les membres du Bureau Exécutif pour leur confiance. J’aborde cette nouvelle responsabilité avec beaucoup d’humilité, d’envie et une détermination très forte de travailler aux côtés du Président Edgar Grospiron et des équipes du COJOP.
Les prochains mois vont être cruciaux pour poursuivre notre développement, asseoir notre projet ambitieux et entrer concrètement dans la phase de planification opérationnelle et la livraison des Jeux Olympiques et Paralympiques, notamment grâce au mandat donné au COJOP de travailler au déploiement de la matrice des responsabilités dans les territoires.
En quelques lignes, Vincent Roberti a parfaitement su résumer la mission qui lui incombe désormais pour que le COJOP, après des mois perdus dans une crise interne dévastatrice en termes d’image et de crédibilité à l’égard des autres parties prenantes au projet olympique et paralympique, puisse enfin se concentrer sur l’objet qui est le sien, à savoir la livraison des Jeux d’hiver de 2030 dans les meilleures conditions possibles.
Aussi, face à un calendrier contraint de moins de quatre années, et à l’aune des chantiers à mener d’ici la Cérémonie d’ouverture des Jeux, le choix du Préfet du Tarn-et-Garonne pour relever le challenge de la Direction Générale du COJOP se justifie, lui qui figurait dans la short-list aux côtés de Jean-François Vilotte, Directeur Général de la Fédération Française de Football (FFF), maison dans laquelle était aussi passé un certain Cyril Linette.
Sans doute conscient de l’ampleur de la tâche, Jean-François Vilotte aurait préféré se retirer de la course dans les derniers jours avant la nomination.
Dès lors, plutôt que de prendre attache avec un profil soit de dirigeant sportif ou d’entreprise qui aurait à un moment ou à un autre pu être en opposition avec les deux autorités régionales à l’initiative de la candidature et du projet des Alpes françaises 2030, le choix s’est porté sur un serviteur de l’État qui loin des considérations partisanes devra réussir à piloter le navire avec pragmatisme, rigueur et sens des responsabilités.
Diplômé en Ingénierie civile de l’École Nationale des Travaux Publics de l’État (ENTPE) et de l’École Centrale de Lyon, par ailleurs diplômé en Science Politique de l’École Nationale d’Administration (ENA), Vincent Roberti offre aujourd’hui les garanties nécessaires pour prendre les problématiques à bras le corps, à la manière de Michel Cadot qui, après avoir été Délégué Interministériel pour les Jeux de Paris 2024, fut sollicité auprès des Alpes françaises 2030 pour conduire l’intérim suite au débarquement de Cyril Linette.
De surcroît, Vincent Roberti – en poste dans le Tarn-et-Garonne depuis le printemps 2023 et plus globalement rattaché au Ministère de l’Intérieur et des Outre-mer depuis plus de sept ans – va apporter une certaine expertise du terrain à bien des égards.
Ancien Magistrat financier au sein de la Cour des Comptes (2002-2006) où il fut notamment chargé du contrôle des comptes et de la gestion des Collectivités Territoriales, il a également occupé diverses fonctions successives dans les Ministères et dans les Préfectures, ce qui lui confère une connaissance aiguë des Collectivités et ce, alors même que le dossier alpin pour 2030 mobilise deux entités régionales et quatre structures départementales, sans oublier aussi les villes et autres intercommunalités.
Pour preuve, après avoir été ingénieur auprès du Ministère de la Transition écologique (1995-2000) en étant Chef du bureau des projets routiers pour le Sud-Ouest, et après son passage par la Cour des Comptes, Vincent Roberti a été en poste comme Sous-Préfet à Arras (Pas-de-Calais) entre 2006 et 2008, période où il a pu œuvrer sur les questions de politique de la ville, de la rénovation urbaine, mais encore de la cohésion sociale et territoriale, avant d’être affecté à la Sous-Préfecture de Mont-de-Marsan (Landes) jusqu’en 2009, année où il intègre le Ministère de la Cohésion des Territoires en qualité de Directeur de Cabinet adjoint (2009-2011).
Par la suite, il fut nommé Secrétaire Général pour les Affaires Régionales (SGAR) en Occitanie de 2011 à 2013, ayant alors notamment en charge le suivi de la gestion des moyens de l’État et du pilotage des projets de l’État en région sur un panel de domaines (énergie, transports, économie, emploi, logement, innovation, etc.).
Point particulièrement intéressant lorsque l’on sait que les Jeux d’hiver de 2030 se tiendront à cheval entre les Régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte-d’Azur – à l’exception du patinage de vitesse aux Pays-Bas et peut-être aussi de tout ou partie du tournoi olympique de hockey-sur-glace possiblement orienté sur Paris – l’expérience territoriale de Vincent Roberti a par ailleurs conduit celui-ci à exercer plusieurs années durant dans le Département du Rhône, puis dans le Département de l’Isère.
De fait, le haut fonctionnaire a été en poste de 2013 à 2015 comme Directeur Général du Département du Rhône, ayant à ce titre eu à manager 6 000 agents et à veiller à la gestion d’un budget annuel de l’ordre de 1,8 milliard d’euros, tout en assurant le pilotage de la création de la Métropole de Lyon et du nouveau Département, et l’accompagnement de multiples projets structurants pour le territoire, de la construction du Musée des Confluences, à l’organisation d’événements, ou à la refonte de l’organisation des transports scolaires.
Fort de cette incursion en terre lyonnaise, Vincent Roberti a ensuite gagné l’Isère de 2015 à 2018 où, Directeur Général du Département, il eut en charge 4 700 agents et un budget annuel de 1,5 milliard d’euros, ainsi que de multiples projets allant de la modernisation de la gestion financière départementale à l’optimisation de la gestion des subventions, en passant par le déploiement du Très Haut-Débit, la lutte contre les déserts médicaux, ou la création et la réhabilitation de collèges.
Il est à noter en outre qu’après cette expérience en Auvergne-Rhône-Alpes et avant de rejoindre l’Occitanie, Vincent Roberti a également été en poste à la Sous-Préfecture des Yvelines.
Il a alors notamment travaillé à la préparation des Jeux d’été de Paris 2024 dans le département francilien qui a accueilli les compétitions de cyclisme sur piste (Saint-Quentin-en-Yvelines), de VTT (Élancourt), de Golf (Guyancourt), d’équitation et de pentathlon moderne (Versailles), sans oublier les épreuves cyclistes et le marathon qui se sont pour partie déroulées dans les Yvelines.
Ainsi qu’il l’exprime lui-même sur sa page du réseau professionnel LinkedIn :
Doté d’une forte expérience en management, j’ai mis en œuvre des politiques publiques complexes et mené de grands projets, comme la création de la Métropole de Lyon, de grandes opérations immobilières et d’infrastructures, tout en optimisant les budgets et les moyens nécessaires.
A l’État, j’ai acquis l’expérience que seul le terrain donne, en Collectivité les qualités indispensables au management et à la conduite de grands projets.
Une approche et une vision qui devront à présent se conjuguer avec les défis des Alpes françaises 2030 à l’aube d’échéances capitales pour sanctuariser le projet et mettre résolument en marche le projet dans les territoires.
Ce mois de juin 2026 qui s’annonce sera d’ailleurs décisif pour les parties audit projet, avec le rendez-vous des 24 et 25 juin au cours duquel les Alpes françaises 2030 devront – enfin – présenter la carte des sites devant la 146ème Session d’un Comité International Olympique (CIO) qui attend les Hôtes français au tournant, près de deux ans après l’attribution des Jeux sous conditions.
Ladite carte – qui aurait dû être présentée depuis déjà de longs mois et qui devra préalablement être approuvée par le Bureau Exécutif – souffre encore du flou autour de la place de Val d’Isère dans l’ordonnancement des épreuves, véritable serpent de mer du projet, avec, depuis les élections municipales des 15 et 22 mars 2026, le retour dans les discussions de Méribel qui avait pourtant claqué la porte l’an passé et, conséquence aussi du scrutin local précité, le bouleversement concernant la place de Nice dans le dispositif.
Sur ce point, alors que la cité niçoise avait été présentée comme l’épicentre des épreuves de glace des JO 2030, l’arrivée à la tête de la ville du nouveau Maire, Eric Ciotti, est venue rebattre les cartes.
Aujourd’hui, le pôle de glace apparaît fissuré et les matchs du tournoi olympique de hockey-sur-glace devraient migrer plus au Nord.
Si le volet féminin est encore projetée sur Nice, le volet masculin devrait en effet gagner Lyon ou Paris, les deux options étant sur la table des négociations, en tenant compte de l’avis de la Fédération Internationale (IIHF) et du CIO, et de surcroît de l’aspect financier eu égard aux recettes de billetterie habituellement générées par le hockey-sur-glace durant les Jeux.
Au-delà des sites plus ou moins annoncés depuis les prémices de la candidature, les Alpes françaises 2030 doivent également se positionner quant à l’afflux d’un ou plusieurs sports additionnels, avec l’implantation à prévoir sur des sites existants en Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur pour satisfaire ici les desiderata de l’entité régionale et de son Président, Renaud Muselier.
Sur cette problématique, la réunion de la Commission Exécutive du CIO des 06 et 07 mai est certainement venue doucher les espoirs des porteurs du projet qui auraient pu miser sur un sectionnement de disciplines estivales en direction des Jeux d’hiver. Or, l’instance olympique a choisi de préserver le caractère hermétique du cadre traditionnel entre été et hiver, balayant dès lors la possibilité de voir apparaître par exemple le trail ou le cyclo-cross sur les pistes des JO 2030.
Selon toute vraisemblance, le COJO devrait par conséquent se focaliser sur le seul ski alpinisme qui, après des débuts prometteurs aux Jeux de Milan-Cortina 2026, devrait à nouveau être de la partie dans moins de quatre ans.
Cette absence de nouveauté au programme tranche avec la dynamique des dernières éditions des Jeux d’hiver et d’été confondues et illustre in fine et parmi d’autres sujets, la construction et le développement d’un projet mal ficelé à sa fondation.
Il ne faudrait pas non plus négliger le fait que les tenants et les aboutissants de la carte des sites sont liés – outre l’aspect politico-territorial – à l’aspect budgétaire, en sachant que l’orientation prise jusqu’à présent est relativement fragile surtout en considérant l’absence à cette heure du moins sponsor domestique.
Cette carence sera inévitablement l’un des chantiers prioritaires du nouveau Directeur Général, à la manière dont Andrea Varnier avait dû se retrousser les manches pour prendre la suite de Vincenzo Novari au Comité d’Organisation de Milan-Cortina 2026.
Une chose est sûre : l’instabilité des derniers mois et le sentiment de flottement généralisé n’ont pas été de nature à créer les conditions adéquates pour sécuriser des partenariats, le secteur privé – impacté à des degrés divers par la situation géopolitique internationale – ne pouvant s’engager plus avant au risque d’être associé à une déroute du projet si jamais de nouveaux écueils venaient à se faire jour.
Seul point positif à ce stade pour les Alpes françaises 2030 au sujet de la carte des sites alpins, l’avancée – enfin – des discussions concernant l’implantation du patinage de vitesse.
Tandis qu’une délocalisation en dehors des frontières tricolores avait été évoquée dès la phase de candidature, restait encore à déterminer un idéal point de chute. Une annonce devait avoir lieu à l’automne 2025, mais le Bureau Exécutif a finalement attendu ce lundi pour acter l’ouverture de discussions exclusives avec les Pays-Bas et le site du Thialf à Heerenveen.
Il faudra néanmoins bien plus de nouvelles positives comme celle-ci pour que le COJOP des Alpes françaises 2030 sorte la tête de l’eau et retrouve une confiance et une sérénité de travail qui manquent cruellement depuis la mise en route précipitée de la candidature en 2023 sur fond de fort accent politique.
L’arrivée d’un profil comme celui de Vincent Roberti à la Direction Générale du COJOP – qui trace en filigrane le retour de l’État – pourrait en tout cas insuffler un sursaut qu’il conviendra ensuite de maintenir.
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