Candidat déclaré et actuel favori des élections municipales des 15 et 22 mars 2026 à Nice (Alpes-Maritimes), Eric Ciotti entend revoir en profondeur le dispositif prévu au sein de la cité méditerranéenne dans le cadre des Jeux d’hiver des Alpes françaises 2030. Au risque de susciter de possibles crispations et de conduire à de nouvelles discussions quant à la carte des sites.

Et si le concept aujourd’hui envisagé pour l’accueil d’une partie des compétitions des JO 2030 venait à péricliter sous l’effet des résultats des prochaines élections municipales ?
Dirigée par Christian Estrosi depuis 2017 – après avoir déjà été conduite par ce dernier entre 2008 et 2016 – la ville de Nice pourrait en effet tomber dans l’escarcelle du Député de la première circonscription des Alpes-Maritimes, Eric Ciotti, qui challenge avec force le Maire sortant sur sa droite.
Comme l’ont ainsi révélé de récents sondages, parmi lesquels une enquête « Elabe/Berger-Levrault » pour « BFMTV », « Nice-Matin », « Le Figaro »*, l’actuel édile serait largement distancé au premier tour des élections municipales, avant d’être battu par son ancien compagnon de route quel que soit la configuration du second tour avec notamment, pour l’enquête précitée, un score serré de 51% / 49% en cas de duel, mais un écart plus conséquent en cas de triangulaire avec la candidate écologiste (45% / 33% / 22%) ou insoumise (45% / 35% / 20%).
Or, dans ce contexte, il y a lieu de s’interroger sur le devenir de Nice dans le dispositif des Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver de 2030, sachant que le candidat de l’Union des Droites pour la République (UDR), soutenu par le Rassemblement National (RN), et qui est partisan de la réception des Jeux, compte revoir la copie jusqu’à présent fournie au Comité International Olympique (CIO) et à l’ensemble des parties prenantes de l’événement.
Celui qui a travaillé à des propositions alternatives bénéficie d’ailleurs d’un appui de poids, en la personne de Guy Drut, membre français du CIO depuis 1996 et ancien Ministre des Sports sous la présidence de Jacques Chirac, qui s’est rendu à Nice ce jeudi 26 février 2026.
Actuellement, le dispositif soutenu par le Maire sortant et présenté aux Fédérations Internationales et au CIO prévoit, outre la localisation du curling dans l’écrin du Palais Nikaïa, l’implantation d’une nouvelle patinoire pérenne dans le secteur de l’Allianz Riviera pour les épreuves de patinage artistique et de short-track, la mobilisation de l’enceinte du club de football de l’OGC Nice pour le tournoi de hockey-sur-glace, et l’établissement adjacent du Village des Athlètes. Et ce, sans compter l’installation des médias sur le Marché d’Intérêt National (MIN) et possiblement le Centre des Congrès OcéaNice.
A lui seul, le réagencement temporaire de l’Allianz Riviera où deux patinoires seraient disposées sous une toiture éphémère coûterait 80 millions d’euros au moins. Un montant estimatif qui inclut les structures à établir au sein du stade, mais également les frais de dédommagement et le coût de la délocalisation des matchs de football de l’OGC Nice, sachant que la durée d’indisponibilité de l’enceinte pourrait être comprise du 08 décembre 2029 au 15 mars 2030, soit une part importante du calendrier footballistique.
Pour cette partie du dispositif, le Comité d’Organisation des Jeux (COJO) serait sollicité pour assurer le financement des aménagements temporaires.
Cette mouture résulte de plusieurs mises à jour du projet effectué depuis l’attribution des Jeux.
En effet, les autorités locales et les porteurs de la candidature prévoyaient initialement de construire une nouvelle patinoire de 12 000 places dans la Plaine du Val pour l’accueil du tournoi masculin, et une enceinte de 7 000 places pour le tournoi féminin.
Une modulation était toutefois survenue quelques mois plus tard à l’aune de la visite in situ de la Commission de Futur Hôte du CIO.
Ainsi, plutôt qu’une nouvelle enceinte de 12 000 places, les acteurs du dossier français avait évoqué l’idée de mobiliser l’Allianz Riviera qui, fort d’une capacité globale de 35 000 places, fut proposé pour recevoir en son centre deux patinoires : l’une dédiée aux matchs du tournoi masculin et l’autre consacrée aux entraînements. Figurait alors toujours l’idée complémentaire de bâtir une nouvelle enceinte de 7 000 places pour le tournoi féminin.
Or, une nouvelle modulation fut opérée par la suite en octobre 2024, pour aboutir à l’option actuellement développée, à savoir deux patinoires couvertes et la tenue de matchs en alternance pour éviter tout problème acoustique.
Sous la toiture temporaire de 13 000 m², chacune des deux patinoires s’appuierait dès lors sur une jauge fixe de 13 080 places sur la base des tribunes existantes à chaque extrémité du stade, jauge qui serait complétée par l’apport de tribunes démontables d’une capacité de 2 450 places chacune. Avec ce dispositif, le stade disposerait de deux patinoires capables d’accueillir 15 530 spectateurs de part et d’autre.
Concernant cette fois le complexe omnisports dans lequel serait implantée la patinoire olympique, l’investissement nécessaire pour ce site – seul pérenne à devoir être édifié dans l’optique des Jeux de 2030 – se chiffrerait aux alentours de 186 millions d’euros, soit dans le détail, 149 millions d’euros hors aléas et 37 millions d’euros intégrant d’éventuels ajustements au projet.
Construit à proximité immédiate de l’Allianz Riviera pour créer les conditions d’un pôle sportif et piloté par la Société de Livraison des Ouvrages Olympiques (SOLIDEO – Alpes 2030) qui puise pour partie ses ressources de deniers publics, ledit site disposerait de deux patinoires, dont une patinoire principale de 10 000 places pour laquelle la jauge post-JO serait ramenée à 7 000 sièges, soit 5 000 places fixes et 2 000 places modulables en fonction des événements organisés sur site.
Des aménagements possiblement onéreux et dont l’aspect technique et logistique peut être discuté, face auxquels le favori des sondages et son soutien olympique avancent une toute autre cartographie.
Comme l’a en ce sens évoqué Guy Drut dans une interview pour « Le Journal du Dimanche » ce week-end :
Au niveau local, [Eric Ciotti] m’a expliqué ses propositions alternatives pour les JO d’hiver 2030, lors desquels Nice accueillera des épreuves sur glace.
Le CIO est prévenu de ma visite à Nice et je vais faire en sorte que ce plan, qui me semble crédible, soit techniquement applicable.
[Eric Ciotti] souhaite l’implantation de la patinoire olympique au Palais des Expositions de Nice plutôt qu’au stade de l’Allianz Riviera, pour que le club de football puisse continuer à y jouer et que le Village Olympique soit construit au centre de la ville. J’ai pu aborder la question avec Jean-Pierre Rivière, le Président de l’OGC Nice [et Président du Comité de soutien à Eric Ciotti].
Concrètement, selon le projet alternatif dévoilé le mois dernier, exit la nouvelle patinoire permanente limitrophe de l’Allianz Riviera, place à une rénovation du Palais des Expositions.
Pour justifier cette orientation, Eric Ciotti s’est notamment fondé sur la tenue des Championnats du Monde de patinage artistique qui s’y sont déroulés en 2000 et en 2012 face à une jauge de près de 10 000 places.
Après les Jeux, le site – qui fut initialement mentionné dans la phase de candidature des Alpes françaises 2030 pour abriter justement le patinage artistique et le short-track – aurait une vocation sportive et serait laissé en héritage tant à la Ville de Nice qu’au club de hockey des Aigles de Nice.
Pour compléter ce dispositif, la patinoire Jean Bouin existante – plus largement le complexe sportif du même nom englobant aussi une piscine – serait réhabilitée et consacrée aux entraînements durant la période des Jeux. Il est à noter que lors de la candidature de Nice pour l’investiture française dans la course aux JO 2018, cette patinoire fut à l’époque proposée pour l’accueil des épreuves de curling, ainsi que pour des sessions d’échauffement.
Outre le cas de la patinoire pour le patinage artistique et le short-track, les matchs de hockey-sur-glace quitteraient l’Allianz Riviera pour migrer dans un équipement temporaire dont la localisation resterait toutefois à déterminer.
Lors de la présentation de son projet alternatif, Eric Ciotti avait évoqué trois pistes de réflexion, à savoir le Stade Charles Ehrmann, des terrains de la SNCF à l’Est de la ville, ou le site du Marché d’Intérêt National (MIN) qui, pour ce dernier, pourrait être pour partie agencé sur un modèle similaire à ce qu’a fait Milan-Cortina 2026 avec le Parc des Expositions de la Fiera Milano pour le patinage de vitesse.
Dans les trois cas cependant, des démarches approfondies devront être entreprises pour sécuriser le cas échéant la meilleure option pour un aménagement temporaire que le candidat aux Municipales considère comme moins complexe et surtout moins onéreuse que le projet actuel mobilisant le stade de l’OGC Nice.
Enfin, concernant le Village des Athlètes du cluster niçois, le candidat se montre tout aussi radical et prévoit ni plus ni moins qu’une remise à plat du projet actuel situé, lui-aussi, au niveau de la Plaine du Var, près de l’Allianz Riviera, et qu’Eric Ciotti souhaiterait centraliser à Nice du côté de la Caserne Auvare forte d’environ 30 000 m².
Ainsi que l’avait sur ce point affirmé Eric Ciotti en janvier 2026 :
Il faudrait [que le Village des Athlètes] soit installé sur le site Auvare de l’actuel commissariat qui sera libéré d’ici fin 2026.
A l’issue des Jeux, il sera transformé en campus étudiant et comportera des logements pour actifs. Installer une cité universitaire dans ce quartier, à quelques centaines de mètres de Saint-Jean-d’Angely qui accueillera demain le campus santé est pertinent et possible.
Quant au centre de rétention administrative, il pourrait être, lui, relocalisé près de l’aéroport sur le site de l’ancien tri postal.
Ce changement de localisation interviendrait bien sûr dans un timing des plus serrés, alors que les préparatifs d’aménagement du Village s’accéléreront tout au long de l’année 2026.
D’ici la fin mars d’ailleurs, les offres finales des trois groupements pré-sélectionnés pour le site de la Plaine du Var doivent être déposées pour examen, avant que la SOLIDEO – Alpes 2030 ne procède à la désignation du groupement lauréat d’ici le mois de mai 2026. Selon le calendrier actuel, le dépôt du permis de construire serait engagé à l’été 2026, et la signature de l’acte authentique de vente interviendrait au plus tard au 31 décembre cette année.
Une révision du projet consacré au Village des Athlètes serait en conséquence susceptible de remodeler complètement le processus de désignation en cours qui a été jusqu’à présent ficelé pour une livraison du site à fin 2029.
Reste à savoir qu’elle sera la position du COJO – et derrière celui-ci, des Présidents des Régions-Hôtes des Jeux avec les possibles questions d’égos – si d’aventure Eric Ciotti venait à être élu à la tête de Nice.
Comme l’a fait savoir Guy Drut cette semaine :
Le CIO doit effectuer une étude financière et technique pour confirmer la possibilité d’exécution, mais il est plus que temps d’agir.
Eric Ciotti avait présenté son projet pour les JO à Nice en janvier lors d’une conférence de presse, et le Comité [d’Organisation] n’a toujours pas donné suite.
Dans l’hypothèse où Eric Ciotti, élu dans le fauteuil de Maire, resterait opposé au plan actuel, il apparaîtrait plus que délicat de ne pas revoir la copie afin d’intégrer les propositions développées alternativement, et en tenant compte – aussi – que le candidat actuellement en lice pourrait aller jusqu’à convoquer une consultation populaire.
De surcroît, face aux critiques locales ayant émergé ces deux dernières années autour des coûts d’aménagement des installations sportives dans l’optique des Jeux, que ce soit de façon temporaire, comme avec l’Allianz Riviera, ou pérenne pour la nouvelle patinoire, la perspective d’économies plus ou moins importantes pourrait être un point de bascule, sachant que les organisateurs – et particulièrement les acteurs publiques du dossier – souhaitent un projet raisonnable sur le plan budgétaire pour le COJO et pour la SOLIDEO.
Pour l’heure en tout cas, aucun signe de changement de paradigme n’a émergé du côté du COJO, tout du moins en apparence, ledit COJO étant il est vrai concentré en ce moment sur la gestion de la crise de gouvernance interne en plus de prendre part au Programme des Observateurs du CIO sur les Jeux d’hiver de Milan-Cortina 2026 dont le volet paralympique débutera le 06 mars.
* Sondage Elabe/Berger-Levrault pour BFMTV / Nice-Matin / Le Figaro : Eric Ciotti (UDR, RN) 41%, Christian Estrosi (LR, Horizons) 30%, Juliette Chesnel-Le Roux (Ecologistes, PS, PCF) 13%, Mireille Damiano (LFI) 11%, Cédric Vella (Reconquête) 4%, Estelle Jacquet (Lutte Ouvrière) 1%. Enquête réalisée du 18 au 25 février 2026 auprès d’un échantillon de 1 021 personnes représentatif de la population résidente de Nice âgée de 18 ans et plus, dont 800 inscrits sur les listes électorales de Nice.
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