Alpes françaises 2030 : Observateur de la crise en cours, l’État doit reprendre la main

Face à la crise qui secoue depuis plusieurs mois désormais le Comité d’Organisation des Jeux d’hiver des Alpes françaises 2030, une implication plus poussée de l’État dans la restructuration de la gouvernance et dans les préparatifs pourrait marquer un tournant, alors qu’approche la passation de flambeau avec Milan-Cortina 2026.

Kirsty Coventry, Présidente du Comité International Olympique, et Emmanuel Macron, Président de la République française ; avec Thomas Bach, Président d’honneur du CIO, et Marie Barsacq, alors Ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, vendredi 25 juillet 2025 au Palais de l’Élysée, Paris (Crédits – Présidence de la République française)

Les démissions en cascade relevées ces dernières semaines au sein du Comité d’Organisation (COJO) et les errements persistants des préparatifs d’accueil des Jeux Olympiques et Paralympiques d’hiver des Alpes françaises 2030 ont pu laisser certains pantois d’une situation pourtant bien prévisible.

Désignées sous conditions le 24 juillet 2024, à l’avant-veille de la Cérémonie d’ouverture de Paris 2024, les Alpes françaises 2030 avaient en effet émergé dans des conditions précipitées.

Certes, les Régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte-d’Azur ont pu, au cours des années précédentes, montré un intérêt pour l’organisation future d’une édition des Jeux, chacune ciblant une échéance ou tout du moins une plage calendaire selon les réalités du terrain et les perspectives de développement de celui-ci.

Aussi, la réunion des deux ambitions formalisée au cours d’une rencontre au sommet opérée depuis le Palais de l’Élysée, le 19 juillet 2023 – un peu plus d’un mois après une nouvelle entrevue entre le Chef de l’État et le Président du Comité International Olympique (CIO) sur fond d’entrée dans l’ultime année des préparatifs de Paris 2024 – a conduit à une accélération soudaine d’une candidature perçue avec la bienveillance de l’institution olympique.

Il faut dire en effet que cette dernière était alors confrontée à d’énièmes défections dans la course aux Jeux d’hiver, tout en étant sur le point de célébrer le retour des Jeux d’été sur le continent européen pour la première fois depuis Londres 2012 et plus encore dans l’Hexagone pour la première fois depuis l’édition de Paris 1924.

Un retour en France – patrie du Baron Pierre de Coubertin, rénovateur des Jeux – orchestré avec le succès que l’on sait au travers de l’entente entre les organisateurs tricolores et l’institution olympique et ce, quelques années après les échecs successifs des candidatures françaises ayant eu un impact quant à la relation historique entre les deux parties.

Thomas Bach, Président du Comité International Olympique, brandissant la pancarte Alpes françaises 2030 désignées comme Hôte des Jeux d’hiver de 2030 par la 142e Session du CIO, mercredi 24 juillet 2024 à Paris (Crédits – IOC / Greg Martin)

Pour chacune, l’optique d’un nouveau rendez-vous olympique en territoire français apparaissait comme une aubaine.

Pour la France et ses dirigeants, cela revenait à créer une double célébration des Jeux à six ans d’intervalle avec l’espoir de profiter de la dynamique offerte par Paris 2024. Pour le CIO, qui avait renversé la table du processus de sélection du Futur Hôte de 2030 dès la fin de l’année 2022, l’arrivée de la France dans la course pouvait être synonyme de rebond, sachant que Salt Lake City (Utah, États-Unis) avait déjà eu l’opportunité de faire mention d’une ambition ciblant davantage 2034 pour des raisons de marketing.

Néanmoins, la construction de la candidature tricolore a multiplié les erreurs jusqu’à présenter un projet corseté par les ambitions des leaders régionaux soucieux de ne pas reproduire le modèle – pourtant réussi – de Paris 2024.

Rapidement, ces mêmes leaders ont ainsi mis à l’écart le milieu sportif et ont souhaité bâtir les fondations d’un COJO sous leur contrôle. Des signes avaient d’ailleurs été laissés au détour de la conférence de présentation de la candidature en novembre 2023 où une poignée d’athlètes avaient pu intervenir quelques secondes durant au moyen de captations vidéos, ou lorsque l’évocation du schéma territorial avait clairement laisser transparaître le souci premier des Régions de convenir d’un équilibre territorial entre elles par-delà les considérations sportives, techniques et logistiques.

La mainmise régionale a par la suite sans doute atteint son paroxysme au moment de choisir la personnalité appelée à présider le COJO, plus de six mois après la désignation des Alpes françaises 2030 par le CIO.

L’institution olympique, les sportifs et l’État auraient vu d’un très bon œil la mise sur orbite de Martin Fourcade, biathlète tricolore de renom au palmarès olympique des plus prestigieux et de surcroît membre du CIO depuis 2022. C’était pourtant sans compter sur le positionnement des Régions désireuses de conserver la main sur les décisions et les orientations à opérer durant les préparatifs.

De gauche à droite, Marie-Amélie Le Fur, Présidente du Comité Paralympique et Sport Français ; Marie Bochet, octuple Championne paralympique de para-ski alpin ; David Lappartient, alors Président du Comité National Olympique et Sportif Français ; Emmanuel Macron, Président de la République française ; Thomas Bach, alors Président du CIO ; Laurent Wauquiez, alors Président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes ; Amélie Oudéa-Castéra, alors Ministre démissionnaire des Sports et des Jeux Olympiques et Paralympiques ; Martin Fourcade, quintuple Champion olympique de biathlon et membre du CIO ; et Renaud Muselier, Président de la Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, mercredi 24 juillet 2024 lors de la 142e Session du CIO à Paris (Crédits – CNOSF)

Durant cette période de flottement, l’absence notable de l’État a d’ailleurs tranché avec l’implication parfois personnelle et le regard vigilant du Président Emmanuel Macron autour de la préparation des Jeux de Paris 2024.

Des années durant, le Chef de l’État avait en effet multiplié les apparitions en divers moments-clés de la candidature parisienne ou de la livraison de l’événement planétaire, que ce soit lors des Journées Olympiques de juin 2017, lors de la Session extraordinaire du CIO à Lausanne (Suisse) en juillet de la même année, pendant la présentation finale devant les membres olympiques réunis à Lima (Pérou) deux mois plus tard via un message vidéo, mais encore à maintes reprises par la suite, en parallèle et après les Jeux de Tokyo 2020 dont il fut même l’un des acteurs de la Cérémonie de passation du drapeau olympique perché sur la Tour Eiffel pour déclamer la devise olympique « Plus vite, Plus haut, Plus fort – Ensemble ».

Certes, le Président de la République – qui aurait souhaité surfer sur le succès de Paris 2024 – a connu quelques désagréments avec sa décision de dissoudre l’Assemblée Nationale et la convocation au printemps 2024 d’élections législatives anticipées dont l’issue a fragmenté la Chambre Basse du Parlement français comme jamais sous la Cinquième République avec les répercussions successives quant à l’adoption des textes budgétaires et, pour les Alpes françaises 2030, de la planification, de la discussion et de l’approbation du projet de loi olympique et paralympique.

Il n’empêche, en lâchant du lest sur les Alpes françaises 2030 dont la garantie financière de l’État a tardé à être présentée au CIO, Emmanuel Macron a comme validé la stratégie brouillonne d’un projet mal embarqué et mal piloté. Au moins jusqu’à aujourd’hui.

Comme le fait en ce sens savoir « La Tribune Dimanche » dans son édition du 15 février 2026, le Chef de l’État entend – en tirant quelques ficelles – revenir dans le jeu des JO 2030. Cela doit notamment passer par la présence de son Premier Ministre, Sébastien Lecornu, sur les séquences-clés de la Cérémonie de clôture de l’édition italienne et de l’arrivée du drapeau olympique à Albertville le 23 février prochain.

Constatant à l’évidence que les deux Régions n’ont pas été en mesure de participer à fixer le cap et la stabilité nécessaires à une telle entreprise en coordination avec les acteurs sportifs du dossier, Emmanuel Macron devrait parallèlement veiller à la nature et au contenu des discussions qui auront lieu en l’espace d’un mois pour tenter de remettre à flot le navire des Alpes françaises 2030 actuellement en perdition.

Car pour rappel, un Bureau Exécutif a été convoqué dès le 22 février prochain au matin pour examiner les recommandations de la mission d’accompagnement pour clarifier la gouvernance menée en ce moment par Étienne Thobois, ex-Directeur Général de Paris 2024, avant une autre convocation attendue au 19 mars pour cette fois arrêter les modalités opérationnelles de mise en œuvre d’une nouvelle organisation.

Entre temps, le drapeau olympique aura fait son apparition dans les Alpes françaises et les élections municipales auront eu lieu, au moins pour ce qui concerne le premier tour d’un scrutin dans lequel s’est engagé la Ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, Marina Ferrari, du côté d’Aix-les-Bains (Savoie). Une Ministre en poste seulement depuis octobre 2025 et qui, en fonction de l’évolution de sa campagne et de l’issue du vote, quittera le Gouvernement et devra nécessairement être remplacée par une personnalité susceptible de reprendre à bras le corps l’épineux dossier JO 2030.

Entre temps toujours, le Président du COJO, Edgar Grospiron, et le Délégué Interministériel aux Jeux Olympiques et Paralympiques (DIJOP), Pierre-Antoine Molina, seront auditionnés dans la matinée du 25 février 2026 par la Commission sénatoriale en charge de la Culture, de l’Éducation, de la Communication et du Sport qui a récemment fait part de sa vive inquiétude quant à la tournure de la crise de gouvernance.

Edgar Grospiron, Président du Comité d’Organisation des Alpes françaises 2030 à la tribune de la 145ème Session du CIO, mardi 03 février 2026 à Milan, Lombardie, Italie (Crédits – IOC / Quinton Meyer)

La reprise en main étatique et élyséenne qui se dessine au-dessus des Alpes françaises 2030 traduit évidemment la fébrilité avec laquelle le projet tricolore s’avance à mesure que s’égrènent les jours des Jeux de Milan-Cortina 2026 et alors que la présentation des préparatifs devant la 145ème Session du CIO, au début du mois de février, n’a pas véritablement rassuré sur l’état de santé du patient français.

Ledit patient sera de facto sous la vigilance accrue de l’État et du CIO au sortir des JO 2026 qui auraient dû être un tremplin pour les Alpes françaises 2030 et qui ont finalement été la continuité d’un douloureux chemin de croix.

Un enseignement pourra tout de même être considéré dans les meilleurs délais : l’implication de l’État a su contribuer au sursaut de Milan-Cortina 2026 qui, de sa désignation en 2019 et jusqu’en 2022, a rencontré moult difficultés, particulièrement sur le plan du sponsoring, d’autres chantiers ayant pu par la suite susciter des sueurs froides parmi les parties prenantes.

Car les inquiétudes entourant les Alpes françaises 2030 et l’engagement qui sera celui de l’État dans les semaines à venir concernent aussi et peut-être surtout cette question hautement stratégique du financement des Jeux.

Bien que la candidature alpine ait évoqué la possibilité de conclure des partenariats avec une dizaine de sponsors de Paris 2024, ces derniers se font attendre, les conditions actuelles n’étant pas des plus favorables pour conclure un accord de la sorte avec la visibilité que cela induit.

Cette question du sponsoring des Jeux de 2030 est d’autant plus cruciale qu’elle s’insère directement au cœur de la stratégie financière de cette édition qui, à ce stade, table sur un budget d’organisation légèrement supérieur à 2 milliards d’euros. Un montant en hausse par rapport aux projections de la candidature et qui pourrait encore s’accroître en fonction des choix à venir sur la cartographie des sites notamment et sur le respect des délais impartis pour garantir la livraison effective des Jeux.

L’implication de l’État et des autorités doit en ce sens apporter un apaisement et permettre à de futurs sponsors de se projeter en avant, sachant que les Alpes françaises 2030 ont promis devant les membres du CIO la présentation au printemps 2026 des emblèmes des Jeux – marqueurs visuels de chaque édition – et la révélation prochaine de la très attendue carte des sites appelés à recevoir les compétitions dans moins de quatre ans désormais.

Pour Emmanuel Macron en tout cas, une attention plus marquée sur le dossier des Alpes françaises 2030 ne lui apportera aucune plus-value, lui qui quittera la Rue du Faubourg Saint-Honoré à l’issue de l’élection présidentielle du printemps 2027.

Il n’empêche, celui qui s’est vu décerner les insignes de l’Ordre olympique des mains de Thomas Bach compte bien faire perdurer l’héritage d’une décennie qui doit voir l’émergence d’un nouveau rendez-vous olympique dans l’Hexagone, après les Jeux de Paris 2024 dont il a suivi les derniers mois de candidature à partir de son accession à la Présidence de la République et qu’il a accompagné tout le long de la phase préparatoire de ce qui a été ni plus ni moins que le plus grand événement jamais organisé en France.


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