Déjà frappé par une grave crise de gouvernance qui a vu la démission de plusieurs membres ces dernières semaines, le Comité d’Organisation des Jeux d’hiver des Alpes françaises 2030 se maintient dans la tempête avec le départ prochain du Directeur Général, Cyril Linette, et un Président – Edgar Grospiron – désormais seul aux commandes d’un navire en perdition.

Au cours des jours ayant précédé l’ouverture des Jeux Olympiques de Milan-Cortina 2026 – pour lesquels une délégation tricolore est en déplacement dans le cadre du Programme des Observateurs du Comité International Olympique (CIO) – le Comité d’Organisation (COJO) de l’édition 2030 avait fait mine de l’absence de tensions entre le Président de l’instance et son Directeur Général.
Comme le mentionnait ainsi un communiqué publié mercredi 04 février 2026, soit à l’avant-veille de la Cérémonie d’ouverture transalpine et en pleine séquence de réunions de la 145ème Session du CIO :
Conscients des difficultés rencontrées, le Président Edgar Grospiron et son Directeur Général Cyril Linette échangent de façon responsable et ce dans l’intérêt du projet.
Ces échanges n’ont pas vocation à être partagés en dehors de l’organisation.
Dans le même temps, les deux hommes avaient montré – au moins en apparence – une certaine assurance devant les membres du CIO rassemblés à Milan pour la Session précitée, évoquant à tour de rôle à la tribune, les perspectives de développement des préparatifs sur les mois qui viennent, entre présentation promise de la carte des sites et révélation des emblèmes des JO 2030.
Pourtant, de sourires en amabilités convenues, force est de constater que le courant ne passait plus véritablement entre les deux têtes du COJO depuis maintenant des semaines, si ce n’est plus, sur fond de divergences quant aux orientations prises par l’instance organisatrice et alors que les démissions s’enchaînent, avec notamment les retraits de la Directrice des Opérations en décembre 2025, du Directeur de la Communication en janvier 2026, et plus récemment du Président du Comité des Rémunérations.
Face à cette situation intenable pour le duo dirigeant – et selon les informations publiées ce jour par « Le Parisien » – Edgar Grospiron a décidé ni plus ni moins que de se séparer de celui qui aurait en toute logique dû être son bras droit au sein du COJO ; le Directeur Général étant même une clé de voûte de l’architecture des préparatifs de toute édition des Jeux, comme l’a d’ailleurs prouvé ces années passées Andrea Varnier à ce poste pour Milan-Cortina 2026, et antérieurement encore Étienne Thobois, cheville ouvrière de Paris 2024.
Signe supplémentaire de l’extrême fragilité dans laquelle se trouve aujourd’hui le COJO, le départ annoncé de Cyril Linette survient moins d’un an après l’arrivée de ce dernier dans l’organigramme des Alpes françaises 2030.
Une durée de vie dans le COJO somme toute légèrement supérieure à celle des autres collaborateurs ayant – eux – choisi de prendre le large pour ne pas subir plus encore les affres d’une gouvernance en déliquescence.
Ce départ intervient de surcroît dans une période charnière dont les Alpes françaises 2030 – et en premier lieu leur Président enfermé dans un isolement grandissant – ne semblent pas vraiment considérer l’importance.
De fait, en pleine tenue des Jeux Olympiques de Milan-Cortina 2026 qui doivent servir de base de travail utile pour les JO 2030 au travers des enseignements à tirer de l’édition en cours, la crise de gouvernance du projet tricolore pose ouvertement la question de savoir si, aujourd’hui, la France sera en mesure de livrer ou non les Jeux de 2030 dans les délais extrêmement contraints, avec un compte à rebours qui s’accélérera dès la remise du drapeau olympique au COJO à compter du 22 février 2026 et celle du drapeau paralympique au soir du 15 mars 2026, et alors que les défis se font nombreux pour un dossier sans carte des sites et sans le moindre sponsor.
Aussi, en faisant sauter le fusible que représente le Directeur Général comme peut l’être un Premier Ministre pour un Chef de l’État, Edgar Grospiron se place à présent dans la position du capitaine seul aux commandes d’un navire en perdition, avec la perspective d’un départ forcé ou volontaire du Président du COJO qui apparaît de plus en plus inéluctable.
Du côté du CIO, la situation qui perdure commençait déjà à susciter une pointe d’agacement, notamment auprès de la Commission de Coordination présidée par Pierre-Olivier Beckers-Vieujant qui officiait déjà à ce poste lorsqu’il fallait jauger de la réussite structurelle et préparatoire ayant entouré l’installation de Paris 2024, modèle en la matière dans l’Hexagone.
Désormais, la chute du Directeur Général va rebattre les cartes et certainement conduire l’institution olympique à revoir son positionnement jusqu’alors relativement bienveillant autour des Alpes françaises 2030.
Reste à savoir sous quel délai. A l’évidence, aucune démission ou aucun débarquement n’interviendra avant la fin des Jeux de Milan-Cortina 2026, sauf coup de théâtre supplémentaire.
Le cas français constitue en tout cas un bien mauvais exemple qui tranche avec le cadre de Paris 2024, tant sur l’aspect conduite de la candidature que pour ce qui est de l’engagement dans les préparatifs.
Certes, d’autres COJO ont pu connaître dans le passé des situations de crise aiguë, ayant amené à prendre des décisions fortes.
Milan-Cortina 2026 avait ainsi évincé son Directeur Général des débuts, Vincenzo Novari, au profit d’Andrea Varnier après des discussions poussées avec les autorités italiennes. Auparavant, PyeongChang 2018 avait aussi connu un changement de tête en cours de route, tout comme Salt Lake City 2002 qui, face aux difficultés rencontrées sur la première phase des préparatifs, s’était finalement entouré d’un certain Mitt Romney qui, avec l’appui de son Directeur Général, Fraser Bullock – aujourd’hui à la présidence de l’Utah 2034 – avait réussi à relever la barre et à assurer la livraison de l’événement planétaire.
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Depuis le début, cette candidature est totalement boiteuse. Décidée à la va-vite, très mal ficelée, bancale dans sa conception et son approche, sans véritable soutien populaire, sans vision réelle, sans capitaine pour affronter la tempête. Bref, tout le contraire de Paris 2024.
La question est effectivement de savoir si ce projet tient encore la route, ou devrait être écarté par le CIO, qui, lui aussi, a sa part de responsabilité dans ce dossier, ile ne faut pas l’oublier. Les semaines, voire les jours, et non plus les mois, à venir vont être décisifs. Il n’y a pas de véritable plan B, à moins d’avancer les Jeux de l’Utah de 4 ans, et de redistribuer 2034 à un autre pays, pourquoi pas la Suisse sur les rangs pour 2038, date pour laquelle le CIO a encore largement le temps pour choisir? Je vois mal en effet un organisateur récent se relancer dans l’aventure pour 2030. À moins d’une candidature providentielle…Je suis d’ailleurs persuadé que le CIO a dû commencer à faire certaines approches, au cas où…Et à sa place, je le ferai ou m’activerai en ce sens.
L’image des Alpes Françaises est déjà très abimée, et à moins d’un sauveur à la Estanguet, je ne vois pas ce qui pourra sauver le dossier…Grospiron doit partir, cela devient urgent. Et au-delà de cela, c’est l’image de la France qui va prendre un très sale coup à l’international. Très très dommage.