Milan-Cortina 2026 : L’Italie a réussi son pari des Jeux « disséminés »

Alors que s’achève l’édition 2026 des Jeux Olympiques d’hiver, force est de constater que les organisateurs italiens ont su relever le défi d’un événement géographiquement étalé sur trois Régions et un global de sept clusters sportifs, dont bien des aspects pourraient désormais inspirer de Futurs Hôtes et de nouvelles candidatures.

Vue du parvis et de la façade monumentale de l’Arena Santa Giulia à Milan, Lombardie, Italie, lors des Jeux Olympiques d’hiver de 2026 (Crédits – Rashiq Fataar)

Lors de la Cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques, le 06 février dernier, la référence aux premiers Jeux « disséminés » de l’histoire avait été ouvertement énoncée.

Une manière de rappeler le fait que Milan-Cortina 2026 a construit, durant sa candidature et depuis l’attribution des Jeux en juin 2019, un projet résolument novateur au sens où ce dernier installe un nouveau schéma et une approche repensée quant à la disposition des sites dans l’espace géographique.

Aussi, en présentant il y a sept ans un tel concept, les organisateurs italiens se savaient attendus au tournant pour orchestrer et célébrer le retour de la manifestation planétaire sur le sol européen après deux incursions consécutives en Asie avec PyeongChang 2018 et Pékin 2022. De surcroît, les Jeux d’hiver s’annonçaient à nouveau au sein de l’un des berceaux historiques des sports d’hiver sur le « Vieux Continent ».

Au cours des années écoulés, les préparatifs n’ont d’ailleurs pas été de tout repos, mais organisateurs et pouvoirs publics ont maintenu un lien étroit de coopération pour affronter les critiques et dépasser les challenges imposés et ce, dans le but de démontrer la pleine capacité de l’Italie à raviver la flamme des Jeux, vingt ans après Turin 2006 et alors que le modèle des Jeux a considérablement évolué depuis cette échéance.

Une évolution ne serait-ce que sur l’appellation même de Jeux qui, pour la première fois en 2026, ont consisté à l’usage de deux Villes Hôtes dans la dénomination et la communication visuelle, comme pour rappeler la spécificité géographique de l’événement transalpin.

Une évolution aussi quant à la philosophie d’un rendez-vous quadriennal qui désormais doit davantage s’insérer dans l’espace urbain et paysager que par le passé, sachant que l’Agenda 2020 et l’Agenda 2020+5 ont conduit les Jeux à s’adapter au territoire et non l’inverse comme ce fut longtemps le cas.

Une évolution concernant aussi la visibilité des sports inscrits au programme des Jeux et l’audience générale de ces derniers qui, au fil des années, a gagné des pays et territoires jusqu’alors plus éloignés de la culture des sports d’hiver. Les deux dernières éditions hivernales en sont d’ailleurs un parfait exemple, surtout pour ce qui est du rendez-vous 2022 orchestré en Chine et reposant à l’époque sur la promesse de faire découvrir les sports d’hiver à la population locale et de susciter l’engouement sur les pistes et sur la glace de quelques 300 millions de pratiquants chinois.

Cartographie des sites olympiques et paralympiques des Jeux d’hiver de Milan-Cortina 2026 (Crédits – Milano-Cortina 2026)

Pour Milan-Cortina 2026, ces divers éléments ont immanquablement été intégrés par les organisateurs pour proposer une vision propre des Jeux en ville et au milieu des montagnes.

Dans le cas italien, de la carte initiale des sites, à la version retravaillée pour tenir compte des impératifs techniques et / ou de la volonté territoriale exprimée au gré des discussions, les parties au projet ont de fait progressivement conçu un schéma qui, in fine, a vu s’installer les Jeux sur trois Régions du nord de la péninsule italienne – la Lombardie, le Trentin-Haut-Adige et la Vénétie – et au cœur de sept clusters sportifs que sont Milan et Cortina d’Ampezzo bien sûr, mais également Bormio, Livigno, Anterselva, Tesero et Predazzo.

Cet attelage singulier – qui avait réussi à s’imposer aux yeux du Comité International Olympique (CIO) face à la candidature suédoise – s’est depuis développé jusqu’à faire émerger l’ensemble du dispositif au soir de la Cérémonie d’ouverture.

Durant le show inaugural, les organisateurs avaient ainsi souligné la dimension éclatée des Jeux de 2026 en opérant un défilé des athlètes n’ont pas sur une scène unique, mais sur quatre sites distincts pour matérialiser l’approche disséminée de l’événement.

Enthousiasmant pour certains, déroutant pour d’autre, cet avant-goût des Jeux a ensuite laissé place aux festivités et compétitions qui se sont enchaînées avec un engouement populaire retrouvé après une édition 2022 marquée par les contraintes sanitaires liées à la pandémie mondiale de Covid-19.

Des pistes de ski et de biathlon en passant par les arènes des sports de glace, les tremplins ou les sites de freestyle, Milan-Cortina 2026 s’est ainsi illustré par un afflux conséquent de spectateurs, avec plus de 1,3 million de billets écoulés durant les Jeux et une jauge moyenne remplie à plus de 85%.

Les images de liesse populaire à Anterselva pour le biathlon ou dans les enceintes milanaises pour le hockey-sur-glace, le patinage artistique ou le patinage de vitesse ont d’ailleurs été des marqueurs-clés et un témoignage évident de cet engouement général qui a dépassé les attentes tant des organisateurs que du CIO qui avait fait du cas de Milan-Cortina 2026 un véritable test pour le modèle des Jeux d’hiver qui ont cette année pris place sur une très large majorité de sites existants ou temporaires (85%).

Comme l’a en tout cas fait savoir la Présidente de l’institution olympique, Kirsty Coventry, au cours de la conférence de presse finale des JO 2026, ce vendredi 20 février, en estimant que ces Jeux ont été « un véritable succès » :

Je ne pense pas que vous puissiez quitter ces Jeux sans vous sentir inspirés par ce que nous avons vu sur le terrain. Les résultats ont été extraordinaires sur tous les sites et dans tous les villages.

Merci à tous les volontaires qui ont œuvré dans tous ces domaines. Partout où nous sommes allés, vous nous avez réservé de larges sourires et un accueil des plus chaleureux. […]

L’atmosphère et l’hospitalité sur tous les sites et avec tous les spectateurs ont également été incroyables. Les athlètes ont reçu une telle énergie sur laquelle ils ont pu s’appuyer et qui les a portés.

Vue de la façade du Stadio del Ghiaccio de Cortina d’Ampezzo, Vénétie, Italie, aux couleurs des Jeux Olympiques de Milan-Cortina 2026 (Crédits – IOC / Emmanuele Ciancaglini)

Certes, d’une édition à l’autre des Jeux, le CIO adopte toujours un discours de convenance pour appuyer la réussite de l’événement, la qualité de celui-ci et l’engagement des parties prenantes.

Il n’empêche, dans le cas milanais, l’optimisme affiché par l’institution de Lausanne (Suisse) est d’autant plus important que l’exercice des Jeux de 2026 s’annonçait périlleux, avec nombre d’enseignements à tirer tant pour le CIO que pour les Futurs Hôtes.

Comme l’a à ce titre exposé la Présidente du CIO :

J’ai eu l’occasion de me rendre sur tous les sites et les athlètes sont extrêmement satisfaits. Je tiens à remercier l’équipe de Milan-Cortina 2026 d’avoir écouté notre Commission des Athlètes qui souhaitait que l’expérience soit exactement la même [entre les sites]. […]

J’ai passé un peu de temps avec certains athlètes à Cortina qui m’ont dit qu’ils trouvaient leur expérience lors de la Cérémonie d’ouverture encore meilleure que celle du stade, car ils ont pu être très proches de tous les habitants de la ville, notamment des enfants qui leur faisaient signe depuis les fenêtres avant de courir vers eux pour leur taper dans la main.

Nous examinons toujours les données après les Jeux pour voir ce qui a fonctionné et ce qui n’a pas fonctionné, mais ces Jeux ont vraiment réussi à montrer une nouvelle façon durable de faire les choses.

Aussi, en considérant le succès de Milan-Cortina 2026 et même si le diable se cache dans les détails, l’institution olympique valide le principe d’un schéma renouvelé des Jeux d’hiver qui, territorialement parlant, pourraient à nouveau s’échelonner en diverses Régions et une pluralité de territoires du moment que la manifestation prend corps dans des enceintes existantes ou temporaires.

L’expérience vécue sur place par les athlètes – qui constituait l’un des points de vigilance du CIO pour cette édition 2026 – semble avoir été déterminante pour l’appréciation olympique qui doit et devra encore tenir compte du ressenti des autres publics concernés par les Jeux, parmi lesquels les spectateurs, mais aussi les représentants des médias, sans compter bien sûr l’avis des Fédérations Internationales des sports olympiques d’hiver.

Car en entérinant la possibilité d’orchestrer à nouveau des Jeux « disséminés », le CIO consacre un modèle à affiner en fonction des organisateurs, ainsi qu’une complexité supplémentaire dans la tenue de l’événement, notamment en ce qui concerne la desserte des sites pour l’ensemble des publics précités, la constitution et l’entretien d’une ferveur dans les différents clusters, et la logistique tenant à la diffusion et à la retransmission des Jeux.

Contrairement à des Jeux resserrés, l’éclatement relevé à Milan-Cortina 2026 ne permet pas en effet de vivre de la même façon les compétitions qui se retrouvent davantage cloisonnées et sectorisées avec des spectateurs qui ont peut-être plus de difficultés à suivre les épreuves d’un site à l’autre.

Cet éclatement, bien perceptible sur le terrain, l’est en revanche bien moins pour la diffusion d’un événement toujours plus orienté vers le spectacle télévisuel.

D’ailleurs, aux habituelles images aériennes des sites et des compétitions est venu s’ajouter avec force cette année le recours aux drones, donnant une sensation sans précédent d’immersion sur le terrain et au plus près des athlètes.

Une utilisation des nouveaux moyens technologiques qui va immanquablement s’accroître sur les prochaines éditions, notamment lors des Jeux d’été de Los Angeles 2028 qui promettent de révolutionner l’expérience des spectateurs et des téléspectateurs dans et autour de sites emblématiques de la « Cité des Anges » et de sa région. Pour les Jeux d’hiver, il faudra attendre les Alpes françaises 2030 pour retrouver – avec sans doute encore plus de précision – l’utilisation des drones et autres innovations.

(Crédits – IOC)

Concernant le prochain rendez-vous olympique hivernal, les organisateurs tricolores ont certainement pu recueillir de précieux enseignements de l’expérience de Milan-Cortina 2026, sachant qu’un contingent d’une quarantaine de personnes venant du Comité d’Organisation des JO 2030 et des représentations institutionnelles avait fait le déplacement en Italie pour suivre le traditionnel Programme des Observateurs du CIO.

Lesdits enseignements vont à présent devoir être mis en application par les Alpes françaises 2030 ; le compte à rebours de la livraison de cette future édition étant déjà enclenché, avec des contraintes calendaires particulières pour des Jeux attribués moins de six années avant l’ouverture effective de ces derniers.

Dans cette perspective, le CIO – via la Commission de Coordination présidée par Pierre-Olivier Beckers-Vieujant déjà aux manettes pour Paris 2024 – sera un précieux et indispensable allié. Tout comme le Comité d’Organisation de Milan-Cortina 2026 qui transmettra le flambeau ce dimanche 22 février.

Forts des leçons tirées de l’expérience italienne, les organisateurs français vont en tout cas devoir s’avancer plus encore dans l’année 2026 avec des objectifs qu’ils ont déjà pu être exposés devant la 145ème Session du CIO plus tôt ce mois-ci, tenant notamment à la présentation de la carte des sites au cours du printemps.

Une carte qui devrait venir sanctuariser le schéma préférentiel révélé à l’été 2025 et reposant sur quatre clusters départementaux, auxquels il conviendra d’inclure le site du patinage de vitesse selon toute vraisemblance ailleurs en Europe. Des adaptations seront peut-être toutefois réalisées eu égard à l’après-JO 2026 et en considérant les défis logistiques et budgétaires en présence.

Le dévoilement des emblèmes des Jeux de 2030 constituera un autre temps-fort des mois à venir, sachant que l’identité visuelle d’un tel événement représente un chaînon essentiel de la communication – réussie – de ce dernier.

Avant cela, la résolution de la crise interne dans la gouvernance du Comité d’Organisation sera une épreuve à accomplir pour créer les conditions du sursaut attendu par l’ensemble des parties aux Jeux.

Cette épreuve, enclenchée ce jour avec la tenue d’un Bureau Exécutif en présence de la Ministre des Sports, de la Jeunesse et de la Vie associative, doit se poursuivre au moins jusqu’au 19 mars prochain, date à laquelle un nouveau Bureau Exécutif sera convoqué pour arrêter les modalités de restructuration de ladite gouvernance.

Match entre la Suisse et les États-Unis dans le cadre du tournoi olympique masculin de hockey-sur-glace à l’Arena Santa Giulia de Milan, Lombardie, Italie (Crédits – Rashiq Fataar)


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