Consciente des atouts de son projet dont la finalisation n’est plus qu’une question de jours, Salt Lake City (Utah, États-Unis) entend désormais profiter des mois à venir pour s’imposer comme hôte des Jeux d’hiver de 2034 avec néanmoins une porte toujours ouverte sur l’édition de 2030.

Plus que jamais prête à recevoir à nouveau les Jeux d’hiver, après avoir accueilli la grand-messe du sport mondial en 2002, la ville américaine de Salt Lake City montre une fois encore les muscles, en direction du Comité International Olympique (CIO) d’une part, et de la concurrence planétaire d’autre part.
Pour le premier, il s’agit ni plus ni moins que de conforter un statut de favorite et de légitime hôte qui a été travaillé avec assiduité et rigueur depuis plus de dix ans, avec l’appui constant des autorités locales et régionales, les encouragements du Comité Olympique et Paralympique des États-Unis (USOPC), qui a sélectionné Salt Lake City comme candidate dès 2018, sans oublier bien sûr, l’adhésion populaire massive autour de l’ambition territoriale.
Pour la seconde, Salt Lake City tâche d’imposer sa griffe sur une course aux Jeux totalement remodelée au cours des années passées, où les phases de requérance et de candidature ont laissé place à des phases dites de dialogue continu et de dialogue ciblé. Aussi, en mettant en exergue de manière régulière ses forces et l’héritage des JO 2002 et en maîtrisant à la perfection le langage du CIO, Salt Lake City a indéniablement su démontrer qu’elle est une partenaire majeure pour l’institution de Lausanne (Suisse), reléguant de facto en arrière-plan les quelques poursuivantes déclarées à ce jour.
Si Sapporo (Japon) a pu un temps jouer des coudes et faire clairement concurrence à la cité américaine, les déboires liés aux révélations sur les Jeux de Tokyo 2020 ont finalement conduit à une inversion des courbes, Salt Lake City apportant une image plus qu’appréciable de stabilité et de sécurité. Là-encore, un argument de poids face aussi aux ambitions qui se sont affirmées avec plus ou moins de ferveur ces derniers mois, que ce soit du côté de la Suède, ou, dans une autre mesure, de la Suisse, voire même de la France.
Aussi, alors que son projet est finalisé à plus de 95% selon les propos du Directeur Général du Comité SLC – Utah formulés au début du mois de mai 2023, la Ville Hôte des JO 2002 continue de tracer son chemin avec détermination, laissant de surcroît apparaître une feuille de route pour le reste de l’année en cours.
Concrètement, le site Internet de la candidature américaine sera mis en ligne au mois de juin 2023.
Cette étape symbolique – mais non moins capitale – devrait dès lors permettre d’exposer et de valoriser l’héritage des Jeux d’hiver de 2002, tout en distillant des éléments de compréhension autour du projet conçu pour 2030-2034.
Dans le même temps, le dossier technique – dans une version revue et corrigée pour plus de souplesse conformément aux réformes olympiques – doit être formalisé au cours des quinze prochains jours, avant d’être adressé à l’USOPC qui pourra ainsi examiner durant l’été les réponses portées aux 43 questions posées par le CIO dans un questionnaire de 39 pages.
Preuve supplémentaire de la volonté de Salt Lake City de frapper un grand coup et de confirmer la longueur d’avance prise sur la concurrence, ce document est davantage souhaité lors de la phase de dialogue ciblé, autrement dit, après que le CIO ait fait le choix d’un hôte préférentiel, qu’au moment de la phase de dialogue continu.
Or, en établissant dès à présent un dossier complet, Salt Lake City réaffirme être prête, avec certes l’échéance de 2034 en ligne de mire, mais en affichant tout de même une disponibilité pour 2030 au cas où l’institution de Lausanne (Suisse) n’aurait pas d’alternative suffisamment solide avec qui conclure un partenariat.
Quoiqu’il en soit, à l’issue de l’examen estival du dossier par l’USOPC, le CIO devrait rapidement donner une tendance si ce n’est plus.
La prochaine Session de l’institution est en effet attendue du 15 au 17 octobre 2023 à Bombay (Inde). L’occasion peut-être d’aborder les forces et faiblesses des candidates et d’évoquer en outre la possibilité d’une double attribution des Jeux de 2030 et de 2034, sur le modèle de ce qui fut adopté pour 2024-2028 avec Paris (France) et Los Angeles (Californie, États-Unis).
Quelques semaines plus tard, la réunion de la Commission Exécutive du CIO prévue les 30 novembre et 1er décembre devrait entériner le choix d’un hôte préférentiel – ou de deux hôtes en cas de projections sur 2030-2034 – marquant alors un tournant décisif avant la désignation officielle programmée au cours de la Session qui aura lieu en marge des Jeux Olympiques de Paris 2024, les 23 et 24 juillet.
Bien sûr, le CIO souhaiterait sans nul doute avoir d’ici-là une pluralité de candidatures à départager.
Il n’empêche, l’état des forces en présence consacre le fossé évident entre Salt Lake City et les autres.
Derrière en effet, Vancouver (Colombie-Britannique, Canada) est sur pause depuis des mois, tout comme Sapporo, mais pour des raisons tenant ici au financement des Jeux et aux garanties à fournir à l’échelle du gouvernement provincial.
L’Espagne a jeté l’éponge l’an passé, consciente des querelles territoriales persistantes entre l’Aragon et la Catalogne, et des difficultés à sanctuariser un projet commun susceptible de faire revenir les anneaux olympiques dans un pays qui reste sur le souvenir des Jeux d’été de Barcelone 1992.
La Suisse semble pour l’heure bien en retrait pour espérer revenir à temps. A ce stade, une réflexion autour des conditions d’une nouvelle candidature est ainsi établie, sans qu’aucune échéance déterminée n’ait été précisée.
De la même manière, la France ne devrait pas se positionner sur 2030, sauf improbable coup de théâtre.
Si Guy Drut, membre du CIO depuis 1996 a récemment invité à un rapprochement des ambitions territoriales – et politiques – des Alpes du Nord et du Sud exprimées par les Présidents des Régions Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte d’Azur, l’effort actuellement mené dans l’Hexagone porte sur les préparatifs de Paris 2024, à maintenant moins de 430 jours de la Cérémonie d’ouverture, avec par ailleurs la gestion des tensions au sein du Comité National Olympique et Sportif Français (CNOSF) et la démission de la Présidente dudit Comité, officialisée ce jeudi 25 mai 2023.
Autant de conditions qui ne sont pas de nature à favoriser l’émergence et le développement d’une candidature aux Jeux.
Reste dès lors la Suède.
Le pays à la riche tradition des sports d’hiver n’a jamais accueilli les Jeux d’hiver sur son sol et ce, en dépit de maintes candidatures élaborées au cours des dernières décennies, avec notamment l’ultime projet en date, à savoir celui de Stockholm-Åre 2026.
Dans le cas où les planètes seraient parfaitement alignées, le CIO pourrait être soucieux de récompenser enfin la persévérance suédoise.
Jusqu’à présent, les porteurs de l’étude préliminaire à une candidature semblent avoir pris la mesure du défi, en retenant certaines des leçons acquises au travers des échecs passés.
Aucune arène pérenne ne devrait être construire, limitant les dépenses à envisager pour recevoir un événement de la dimension des Jeux. Des alliances territoriales devraient parallèlement être menées, dans le pays même, avec d’ores et déjà, l’intégration au pré-projet de Falun, mais aussi à l’extérieur, avec un probable partenariat avec Sigulda (Lettonie). La population devrait en outre être mieux associée au projet pour lequel l’étude préliminaire a pour l’heure donné lieu à plusieurs dizaines de réunions entre les responsables d’une future candidature et les acteurs de la société suédoise, du Mouvement sportif, à la sphère politique, en passant bien sûr par le monde économique et le milieu associatif et de la société civile.
Le dernier mot reviendra en tout cas au gouvernement suédois qui, à l’aune des conclusions à venir de l’étude préliminaire, donnera ou non son feu vert à la poursuite de l’aventure. Si tel devait être le cas, et avec un soutien populaire qui apparaît aujourd’hui plus conséquent qu’il y a quatre ans, à la veille de la désignation de l’hôte des JO 2026, la candidature de la Suède deviendra un sérieux prétendant.
Stockholm, sans doute l’alternative possible à Salt Lake City pour 2030, laissant à cette dernière le soin de préparer les Jeux de 2034 qui, sur le calendrier, interviendraient six ans après la tenue des Jeux d’été de Los Angeles 2028 et trente-deux ans après l’organisation de la dernière édition des Jeux d’hiver aux États-Unis.
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