Thomas Bach ne briguera pas un troisième mandat à la tête du CIO

Président du Comité International Olympique (CIO) depuis 2013, réélu en 2021, Thomas Bach a annoncé ce samedi 10 août 2024 qu’il renonçait à briguer un troisième mandat pourtant souhaité par une partie des membres de l’institution.

Thomas Bach, Président du Comité International Olympique, au soir de la Cérémonie d’ouverture des Jeux de Paris 2024, vendredi 26 juillet 2024 (Crédits – IOC / Greg Martin)

A la veille de la Cérémonie de clôture des Jeux de Paris 2024 pour lesquels il a récemment tenu des propos particulièrement élogieux, Thomas Bach a mis fin au suspens quant à une éventuelle campagne pour un troisième mandat à la tête du CIO.

Tandis que certains membres avaient publiquement évoqué cette perspective dans un souci de stabilité pour une institution maintes fois attaquée ou ébranlée par les crises ces dernières années, celui qui préside aux destinées du CIO depuis 2013 – après avoir été l’un des bras droits de Jacques Rogge des années durant – a finalement renoncé à briguer une nouvelle fois la présidence.

Ainsi que l’a exposé ce samedi 10 août 2024, au dernier jour de la 142e Session à Paris, le dirigeant âgé de 70 ans, quelque peu rattrapé par l’émotion :

A mon âge, je ne suis pas le meilleur des capitaines et il faut de nouveaux dirigeants sur le bateau.

Je vous demande de respecter ma décision et je suis intimement convaincu qu’elle s’inscrit dans le meilleur intérêt de notre Mouvement olympique.

Ayant apprécié les marques de confiance témoignées lors de la 141e Session du CIO orchestrée à Bombay (Inde) en octobre 2023, Thomas Bach s’était bien gardé depuis de faire connaître une quelconque décision, sachant qu’une modification de la Charte Olympique aurait de toute façon été un préalable requis, le nombre de mandat présidentiel étant en effet limité à un mandat de 8 ans renouvelable une fois pour une durée de 4 ans.

Pour permettre un hypothétique troisième mandat, un certain formalisme aurait dû être respecté. Cela aurait dès lors nécessité le dépôt d’une motion au moins 30 jours avant le début d’une Session du CIO, avant que la proposition de modification de la Charte ne fasse l’objet d’un examen par la Commission des Affaires Juridiques, puis par la Commission Exécutive, cette dernière étant seule habilitée à soumettre ladite proposition pour approbation devant la Session.

Aussi, la décision prise aujourd’hui de ne pas solliciter les suffrages de ses pairs s’explique en grande partie par la volonté de Thomas Bach de se conformer aux dispositions actuellement en vigueur au sein d’une Charte Olympique qu’il aura contribué à amender à plusieurs reprises, en particulier à l’aune des réformes qu’il a engagé pour le devenir du Mouvement olympique : Agenda 2020, Agenda 2020+5, Nouvelle Norme.

En octobre dernier, le Président du CIO avait en filigrane évoqué son souhait de respecter la Charte Olympique.

Comme il l’avait alors exprimé :

Ces mots de soutien ne s’adressent pas seulement à moi. Ils s’adressent à nous tous.

Je ne cacherai pas qu’ils me sont allés droit au cœur. Vous savez à quel point j’insiste toujours sur notre unité. J’apprécie ce soutien, cette amitié et cet amour.

[…] Vous savez que je suis très loyal à la Charte Olympique. Avoir été l’un des auteurs de cette Charte me conduit à être encore plus loyal à cette Charte.

Avant de céder officiellement son fauteuil de Président, l’ancien leader de la Confédération Allemande des Sports Olympiques (DOSB) restera en poste jusqu’à la fin de son mandat, soit jusqu’en juin 2025.

L’élection de son successeur interviendra toutefois en amont, à l’occasion de la 143e Session du CIO qui se réunira à Athènes (Grèce) du 18 au 21 mars 2025.

En septembre 2013, Thomas Bach avait dû affronter cinq adversaires pour s’assurer l’accession au fauteuil présidentiel occupé par Jacques Rogge depuis 2001 et la fin de l’ère Samaranch, à savoir Sergey Bubka, Richard Carrion, Ser Miang Ng, Denis Oswald et Ching-kuo Wu.

Dès le premier tour de scrutin, Thomas Bach avait pris une longueur d’avance sur ses poursuivants, recueillant 43 voix, contre 23 pour Richard Carrion, 8 pour Sergey Bubka, 7 pour Denis Oswald et 6 chacun pour Ser Miang Ng et Ching-kuo Wu. In fine, il s’était imposé avec une marge conséquente, obtenant 49 voix, contre 29 pour Richard Carrion, 6 pour Ser Miang Ng, 5 pour Denis Oswald et 4 pour Sergey Bubka que Thomas Bach missionnera plusieurs années après dans le cadre du soutien à apporter à l’Ukraine.

En mars 2021, la réélection de Thomas Bach fut une évidence, étant à ce moment-là seul candidat en lice. Le scrutin prit même la tournure d’un plébiscite, avec 93 « Oui » et 1 unique « Non » parmi les 94 votes valables comptabilisés.

Thomas Bach au Village des Athlètes de Paris 2024, mardi 25 juillet 2023 (Crédits – IOC / Greg Martin)

Si l’heure du bilan interviendra au moment de son retrait effectif de la présidence, force est de constater que Thomas Bach a su maintenir à flot le CIO depuis près de 12 ans.

Parfois critiqué à l’extérieur comme à l’intérieur de l’institution de Lausanne (Suisse), le Champion Olympique de fleuret par équipes aux Jeux de Montréal 1976 a pourtant réussi à esquiver les attaques, démontrant de surcroît un certain pragmatisme pour faire avancer le CIO et adapter celui-ci aux évolutions du monde.

Dans la lignée de son prédécesseur qui avait milité en faveur des Jeux Olympiques de la Jeunesses (JOJ), Thomas Bach laissera lui-aussi une trace profonde à la tête du CIO, au travers des réformes précitées, mais également de l’ouverture de l’institution engagée sur le monde.

Sous sa présidence, Thomas Bach a ainsi vu le CIO se féminiser comme jamais auparavant, avec aujourd’hui une proportion de 43,2% de femmes membres de l’institution. Dans ce même esprit, les premiers Jeux d’été entièrement paritaires de l’histoire ont été menés à Paris 2024 et les prochains Jeux de Milan-Cortina 2026 se rapprocheront de ce nouveau standard de façon inédite pour l’événement hivernal.

L’ouverture s’est aussi opérée en direction des Partenaires Olympiques Mondiaux (TOP) avec l’entrée de sponsors chinois, et sans doute dans un proche avenir celle de sponsors issus de l’Inde ou du Moyen-Orient, à l’heure où ces territoires frappent à la porte des Jeux. Sur le plan des partenaires toujours, la santé financière du CIO n’a jamais été aussi bonne et les droits de diffusion des Jeux se renouvellent de manière bénéfiques pour l’institution.

Thomas Bach aura par ailleurs été le Président du CIO a avoir acté la création des Jeux Olympiques de l’e-sport, alors même que la pratique a longtemps été vilipendée au sein du CIO. Le partenariat signé récemment engage de facto le CIO avec l’Arabie Saoudite pour une durée de 12 ans dès 2025, année où sera établie la toute première édition.

Thomas Bach, Président du CIO, et David Lappartient, Président du CNOSF, en visite à l’INSEP, mardi 16 juillet 2024 (Crédits – IOC)

Au-delà, le Président de l’institution olympique a surtout tenu les commandes lorsque les circonstances ont exigé de la fermeté et une certaine lucidité pour affronter les tempêtes.

Ce fut le cas au regard des révélations de dopage russe, même si le CIO a tardé à se positionner, laissant les Fédérations Internationales en première ligne avant les Jeux de Rio 2016 et se froissant quelque peu par la même occasion avec le Comité International Paralympique (IPC). La confrontation avec la Russie aura été plus virulente avec l’enclenchement de la guerre en Ukraine peu après la clôture des Jeux d’hiver de Pékin 2022, les responsables russes dénonçant régulièrement ce qu’ils considèrent comme la partialité de Thomas Bach et la politisation du sport international.

Entre temps, le Président du CIO s’était illustré dans une séquence diplomatique à forts enjeux, avec le réchauffement des relations sportives entre la Corée du Nord et la Corée du Sud pour les Jeux de PyeongChang 2018. Cette entente, que l’institution a essayé de maintenir dans l’optique des Jeux de Tokyo 2020, voyant même d’un bon œil perspective d’une candidature conjointe pour les JO 2032, n’aura finalement pas duré.

Mais le CIO a encore davantage dû affronter l’inconnu consécutif à la pandémie mondiale de Covid-19.

Alors que nombre d’observateurs et médias avaient fait pression pour demander au CIO d’adopter une décision rapide quant au sort des Jeux de Tokyo 2020, Thomas Bach avait démontré qu’il conserverait jusqu’au bout le contrôle des horloges olympiques.

Le report des Jeux – décision inédite dans l’histoire – avait certes constitué un challenge majeur pour le CIO et ses partenaires, mais la tenue effective des Jeux avait finalement été couronnée de succès, l’institution prouvant si besoin sa capacité à faire face. Certains ont bien sûr pointé du doigt le fait que les conséquences financières du report ont surtout été supportées par les autorités nippones, le CIO a tout de même pris une part des surcoûts engendrés, notamment afin d’accompagner les Fédérations Internationales et les Comités Nationaux Olympiques ayant souffert de cette période.

Après les Jeux de Tokyo 2020, des mesures de simplification du processus organisationnel furent adoptées, témoignant ici des leçons tirées de cette crise sans précédent pour le CIO.

En quittant prochainement la présidence, Thomas Bach confiera sans doute les clés du Château de Vidy à un homme ou à une femme de confiance, lui qui a veillé à introduire de nouveaux membres au fil des années.

Le Président du Comité International Olympique, Thomas Bach, en visite au Stade Olympique de Tokyo, le 17 novembre 2020 (Crédits – CIO / Greg Martin)

Quoiqu’il en soit, la Maison olympique bénéficie aujourd’hui d’une certaine marge de manœuvre quant à l’attribution des prochaines éditions des Jeux.

Du fait des réformes engagées ces dernières années, les Jeux d’été ont ainsi été sécurisés jusqu’en 2032, avec les attributions successives de Paris 2024, Los Angeles 2028 – celles-ci ayant donné lieu à une double attribution dans un contexte de défaillance de la concurrence – et Brisbane 2032, les discussions pour 2036-2040 étant par ailleurs en cours avec un nombre de prétendants à deux chiffres, pour reprendre les termes de Thomas Bach, qui s’est félicité il y a peu d’une attractivité retrouvée pour les Jeux.

Mais en dépit d’un dialogue qui débute ou se prolonge avec les candidats sous l’égide de la Commission de Futur Hôte, le prochain locataire du bureau olympique présidentiel devra donner une impulsion au CIO qui donnera une orientation quant aux choix à venir.

Si jusqu’à aujourd’hui les portes des Jeux sont restées hermétiquement fermées au Qatar, l’ambition de Doha et celle non moins importante de l’Arabie Saoudite pourraient en particulier venir rebattre les cartes et les équilibres.

Les candidates déclarées ou officieuses pour 2036-2040 laissent en tout cas entrevoir de nouvelles opportunités et de nouveaux marchés pour le CIO et ses partenaires, l’Inde étant sur les rangs, de même que l’Indonésie, l’Égypte ou, plus récemment, le Chili. Aux côtés de ces prétendants, la Corée du Sud a également fait part de son intérêt, de même que la Turquie, l’Allemagne et la Hongrie. Le Mexique pourrait aussi tenter l’aventure des Jeux, tout comme la Pologne, avec aussi un éventuel retour sur la scène de Madrid (Espagne) et de Londres (Royaume-Uni), sans compter en outre l’intérêt toujours vif de la Chine pour la question des Jeux et, potentiellement, une candidature de l’Afrique du Sud à l’horizon 2040.

Concernant les Jeux d’hiver, la problématique est autrement plus délicate.

Si le CIO a dernièrement procédé à l’attribution simultanée des Jeux de 2030 et de 2034 aux Alpes françaises (France) et à Salt Lake City (Utah, États-Unis), tout en traçant la voie d’un dialogue privilégié avec la Suisse pour l’édition 2038, le prochain Président et son équipe devront inévitablement poursuivre la réflexion concernant le devenir du modèle.

En effet, les répercussions du réchauffement climatique et les spécificités propres aux Jeux d’hiver – tant dans l’orchestration du programme sportif que dans la sectorisation géographique – imposent à l’évidence une refonte du système tel qu’il existe jusqu’à présent.

Ces derniers mois, Thomas Bach et ses proches ont en ce sens avancé l’idée d’une rotation entre quelques villes déjà auréolées des anneaux olympiques. Cela pourrait laisser le champ libre à Salt Lake City et potentiellement Sapporo (Japon), deux des villes où l’enneigement restera suffisant à l’horizon 2050.


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