En position de fragilité depuis son installation comme candidate de la Corée du Sud dans la course aux Jeux d’été de 2036, la Province du Jeollabuk-do veut sceller un partenariat stratégique avec la capitale, Séoul. A moins que la Ville Hôte des Jeux de 1988 ne cherche pour sa part à précipiter une remise à plat du processus national pour espérer reprendre à son compte l’ambition olympique et paralympique du pays.
Depuis la rencontre au sommet entre le Gouverneur de la Province du Jeollabuk-do, Lee Won-taek, et le Maire de Séoul, Oh Se-hoon, plus tôt ce mois-ci, lors de laquelle l’idée d’une alliance entre les deux territoires a été officiellement évoquée, les regards se tournent avec de plus en plus d’insistance du côté de la capitale du pays.
Il faut dire que les autorités de Séoul détiennent ni plus ni moins que la clé pour tenter de sauver la candidature sud-coréenne plongée dans l’impasse depuis plusieurs semaines.
Aussi, comme l’a fait savoir le Gouverneur de la Province, cité par l’agence de presse « Yonhap » :
« Je m’attends à ce que la position de la Ville de Séoul soit dévoilée après les fêtes de Chuseok.
Un partenariat avec Séoul est une étape nécessaire, tant sur le plan financier qu’en termes de compétitivité pour les Jeux.
Je pense que Séoul finira par accepter un plan de co-organisation mutuellement bénéfice dans cette optique. Comme nous avons déjà soumis notre proposition de base, [la position de Séoul] fera l’objet de discussions ».
La période de Chuesok ayant lieu en cette fin de semaine, avec un point d’orgue, le vendredi 25 septembre 2026, une position ferme de Séoul devrait dès lors être connue au plus tôt dans le courant de la semaine à venir.
Pour l’heure, il semblerait que Séoul réclame un repositionnement non-négligeable du concept jusqu’alors projeté pour la candidature sud-coréenne dans la course aux JO 2036.
De fait – et sans doute consciente que la main-tendue du Jeollabuk-do pourrait lui être plus que profitable – la capitale aurait ainsi demandé à ce que la majeure partie des épreuves-clés des Jeux soit organisée au sein de ses propres infrastructures, laissant notamment penser aux compétitions d’athlétisme, de natation, ou encore à la gymnastique et à tout ou partie des tournois de sports collectifs. Il en serait de même pour les Cérémonies d’ouverture et de clôture qui constituent traditionnellement des vitrines en mondovision de la culture et du savoir-faire d’une ville et d’un pays.
Si un tel recentrage du projet venait à être entériné, la candidature sud-coréenne serait profondément bouleversée, dans des proportions qui pourraient toutefois amener à une remise à plat complète du processus décidé par le Comité National Olympique (KSOC) et de facto à un nouvel appel à manifestation d’intérêt.
Ainsi que l’a en ce sens récemment évoqué un responsable du Ministère de la Culture, des Sports et du Tourisme :
« Si le projet d’organisation est fondamentalement modifié, le processus de candidature doit, en principe, reprendre dès l’étape initiale de l’appel à candidatures géré par le KSOC ».
Dans cette hypothèse – ou dans le cas où Séoul ne répondrait pas à la main-tendue du Jeollabuk-do – la capitale du pays pourrait bien essayer de reprendre le leadership.
Seule figure de proue et surtout sans la Province précitée qui avait été désignée par le KSOC à une écrasante majorité – 49 voix contre 11 – face à la Ville Hôte des JO 1988.
Un revers cuisant pour Séoul, que les autorités métropolitaines pourraient donc vouloir effacer en s’imposant comme unique recours viable pour palier aux faiblesses de la candidature actuelle qui était pourtant allée à la rencontre du Comité International Olympique (CIO) en avril 2025.
Scénario-fiction à ce stade, le retour au premier plan de celle qui fut tentée par les JO 1932 pourrait se traduire par la mise en mouvement du projet présenté à la fin du mois de décembre 2024, portant sur la mobilisation de 38 sites destinés aux compétitions, répartis entre la capitale (24), Incheon (5), Busan (1) et les Provinces de Gyeonggi (7) et de Gangwon (1).
Cette cartographie et cette organisation avaient été évaluées – il y a près de deux ans – à quelques 5 833 milliards de wons, soit, à l’époque, 3,867 milliards d’euros.
Au-delà des chiffres et des atouts d’un projet conjuguant l’héritage de 1988 avec le dynamisme et la modernité de la cité asiatique aux plus de 10 millions d’habitants – et même plus du double en comptabilisant les résidents de l’aire métropolitaine – les autorités pourraient par ailleurs mettre en avant l’adhésion populaire d’une candidature incarnée par Séoul.
A l’été 2024, un sondage mené à l’échelle de la ville et du pays tout entier, avait permis de mesurer que 93,8% des citoyens de Séoul se déclaraient alors favorables à l’organisation des JO 2036 dans le pays ; la tenue du rendez-vous planétaire dans la capitale et ses alentours étant en outre soutenue par 85,2% des sondés.
Une proportion supérieure aux taux relevés au niveau de la Corée du Sud.
Des taux demeurant tout de même au zénith, avec 89,8% des habitants se déclarant à l’époque favorables à la venue des Jeux dans le pays, et 81,7% plus particulièrement enthousiastes à l’idée que Séoul soit la tête d’affiche de l’ambition sud-coréenne.
Quoiqu’il en soit, la pression est aujourd’hui maximale pour le devenir de la candidature.
Une entente stratégique est bien sûr tout à fait possible entre la Province du Jeollabuk-do et Séoul, mais il paraît tout de même bien peu probable que la capitale décide de n’être qu’un faire-valoir. Bien au contraire.
Reste à savoir dans quelle proportion la présence du Jeollabuk-do restera envisageable.
Un effacement complet serait un échec majeur et une plaie dans les plans d’une Province désireuse de s’affirmer à l’échelle régionale et au-delà. A contrario, une intégration maintenue dans un nouveau concept à définir permettrait aux porteurs de la candidature provinciale de garder une main sur les commandes.
Sans doute le prix à payer pour ne pas risquer une cruelle désillusion.
Reste à savoir, aussi, quelle sera l’attitude du KSOC et la position finale du Ministère et donc de l’État, après la décision de Séoul de s’allier ou non.
En cas de soutien, l’aventure olympique et paralympique serait préservée. A l’inverse, en cas de refus d’appuyer le projet, le rêve d’un retour des Jeux en Corée du Sud s’effondrerait d’un seul coup, écornant au passage l’image de marque d’un pays qui a su gagner au fil des décennies la confiance du CIO, de Séoul 1988 à PyeongChang 2018, en passant par les Jeux Olympiques de la Jeunesse de Gangwon 2024.
Une remise en cause profonde de la candidature actuelle ne serait en tout cas pas sans rappeler le précédent de Boston / Los Angeles pour les Jeux de 2024.
Bien que le contexte général soit différent entre les deux cas, un parallèle peut toutefois être fait avec la cité du Massachusetts qui fut initialement sélectionnée par le Comité National Olympique des États-Unis, anciennement USOC devenu depuis Comité National Olympique et Paralympique (USOPC).
A l’époque, l’instance américaine avait en effet souhaité s’engager avec la cosmopolite ville de la côte Est, forte de sa jeunesse et d’une créativité remarquée quant à l’élaboration de son projet et ce, au détriment de l’expérimentée « Cité des Anges » pourtant auréolée de deux éditions olympiques (1932 et 1984), mais encore de San Francisco (Californie) et de la capitale fédérale, Washington (District of Columbia).
Pourtant, dans les mois ayant suivi la désignation de Boston, l’USOC avait peu à peu fait le constat d’une montée en puissance galopante d’une forme de défiance populaire à l’échelon local, jusqu’à ce que la Ville de Boston elle-même renonce à l’idée d’incarner l’ambition américaine pour les JO 2024.
Ce recul fracassant – commenté par le Président du CIO en exercice, Thomas Bach – avait dès lors amené l’USOC à reprendre ses orientations stratégiques pour finalement accorder sa confiance à celle qui avait déjà été perçue comme une sauveuse au début des années 1980 lorsqu’elle fut seule en lice pour orchestrer les Jeux de 1984 : Los Angeles.
La suite est connue. La flamboyante cité californienne rencontra Paris (France) dans un duel, rapidement transformé en duo, pour arrêter ensuite avec le CIO les modalités d’une double attribution historique, avec l’échéance 2024 pour la « Ville Lumière » et l’édition 2028 pour « The City of Stars ».
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