Alpes françaises 2030 : Le lac de Serre-Ponçon comme éventuel écrin de la Cérémonie de clôture ?

Alors que Nice (Alpes-Maritimes) devait initialement abriter la Cérémonie de clôture des Jeux d’hiver de 2030, le retrait des épreuves de glace va conduire à une inévitable relocalisation du show final des Alpes françaises 2030. Même si nombre de questions restent en suspens autour du projet alpin, la problématique de la Cérémonie s’invite déjà dans les discussions au moment où la Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur cherche à se rassurer et à trouver la parade après le fiasco niçois.

Vue du plan d’eau d’Embrun près du lac de Serre-Ponçon, Hautes-Alpes, Provence-Alpes-Côte-d’Azur (Crédits – Ville d’Embrun)

Sur les bords de la Méditerranée, Nice s’est longtemps rêvée Ville Olympique.

Après l’échec de sa tentative pour obtenir l’investiture française dans la course aux JO 2018, la cité s’était pleinement engagée au service des Alpes françaises 2030.

Outre l’accueil des épreuves de glace – à l’exception du patinage de vitesse – et au-delà de l’installation d’un Village des Athlètes, Nice devait ainsi abriter la Cérémonie de clôture des Jeux. D’abord projetée au sein de l’Allianz Riviera, ladite Cérémonie fut ensuite évoquée au cœur du cadre mondialement connu de la Promenade des Anglais, le stade niçois ayant entre temps été présenté comme écrin du tournoi de hockey-sur-glace.

Comme l’avait affirmé avec enthousiasme celui qui était Maire de Nice en avril 2024, Christian Estrosi :

Je ne vois pas pourquoi on se contenterait d’un stade, même s’il est très beau, pour accueillir la Cérémonie de clôture alors que l’on peut offrir la plus belle baie du monde et une Promenade qui peut accueillir 300 000 personnes.

On ne va pas se priver de faire la Cérémonie de clôture sur les bords de la Méditerranée.

Si l’image de carte postale avait pu susciter une évidente curiosité, quelques mois avant l’attribution des Jeux par le Comité International Olympique (CIO), et peu avant la Cérémonie d’ouverture des Jeux de Paris 2024 orchestrée avec succès le long de la Seine, l’élection d’une nouvelle équipe municipale et les discussions menées avec cette dernière au cours des semaines passées ont finalement rendu le projet caduc.

De fait, en retirant les épreuves de glace – curling, hockey-sur-glace, patinage artistique, et short-track – des arènes niçoises, le Comité d’Organisation des Jeux (COJOP) des Alpes françaises 2030 et ses partenaires institutionnels ont implicitement acté l’abandon du cadre méditerranéen comme écrin de la clôture.

Aussi, face au retrait niçois – qui ampute de la Région les compétitions précitées au profit de la métropole lyonnaise en Auvergne-Rhône-Alpes – et alors que les Hautes-Alpes doivent encore accueillir les épreuves freestyle et le ski alpinisme comme sport additionnel, l’intégration régionale de la Cérémonie de clôture serait de nature à préserver ce qu’il reste de la contribution territoriale de Provence-Alpes-Côte-d’Azur pour les JO 2030.

A l’évidence, cette dernière compte bien se mobiliser pour trouver une solution alternative qui puisse valoriser le patrimoine régional, tout en rendant éclatante l’ultime célébration des Jeux.

Vue du lac de Serre-Ponçon, en Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur, depuis le Pic du Morgon (Crédits – Rémi Morel / Office de Tourisme Intercommunal de Serre-Ponçon)

A ce sujet, plusieurs options pourraient en temps utile émerger au fil des discussions entre les parties prenantes aux Jeux d’hiver, sachant que deux sites des Hautes-Alpes sont d’ores et déjà évoqués, à savoir Briançon et Embrun / Serre-Ponçon.

Tandis que le premier pourrait s’offrir un nouveau marqueur des Jeux, après le positionnement prévisionnel de l’un des Villages des Athlètes sur le Fort des Trois Têtes, le second pourrait apporter un spectaculaire décor mettant en exergue les Alpes tricolores.

D’ailleurs, la Maire d’Embrun n’a pas tardé à se positionner pour que son territoire puisse prendre le relais de Nice dans l’optique d’organiser la Cérémonie de clôture en 2030. Une option également évoquée par Renaud Muselier, Président de la Région, lors d’une conférence de presse tenue ce lundi 1er juin 2026.

Comme l’a en tout cas argumenté Chantal Eymeoud, un tel cadre pourrait constituer pour les JO 2030 l’équivalent alpin de ce que la Seine a pu être pour les JO 2024.

Dans une note d’opportunité de plus de quatre pages, celle qui occupe aussi les fonctions de Présidente de la Communauté de Communes de Serre-Ponçon, et de 2ème Vice-Présidente de la Région, justifie notamment en ces termes sa position :

Là où la Seine racontait l’histoire de la capitale, Embrun / Serre-Ponçon en Région Sud raconterait l’histoire des montagnes françaises, de leurs habitants, de leurs sports, de leur patrimoine naturel et de leur engagement pour un modèle de Jeux plus durable.

Une Cérémonie organisée sur les rives du lac et du plan d’eau d’Embrun, associant l’eau, les sommets enneigés, les stations olympiques, les athlètes et les habitants du territoire, offrirait une signature visuelle immédiatement identifiable à l’échelle mondiale.

Le miroir naturel du lac, les reliefs environnants et les panoramas ouverts sur les massifs alpins constitueraient une scène spectaculaire sans équivalent dans l’histoire des Jeux Olympiques d’hiver.

Visuel du Théâtre des Cérémonies envisagé dans le cadre de la candidature olympique et paralympique d’Annecy 2018 (Crédits – Annecy 2018 / Archives)

Une promesse alléchante qui n’est pas sans rappeler le cadre envisagé par Annecy 2018 pour opérer les Cérémonies de Jeux finalement attribués à la persévérante PyeongChang (Corée du Sud) candidate pour la troisième fois après ses échecs pour 2010 et 2014.

A l’époque, la candidature française avait avancé l’idée d’un show inaugural sur la vaste promenade du Pâquier, face au lac d’Annecy et aux massifs alpins environnants.

Fort d’une jauge conséquente de 42 000 places, l’éphémère « Théâtre des Cérémonies » tel que baptisé devait être agencé en arc de cercle ouvert sur le lac où la vasque olympique aurait été installée sur une structure temporaire en flottaison.

Un cadre majestueux qui avait été décrit et illustré dès le premier volet du dossier de candidature et qui aurait nécessité un investissement spécifique de 32,5 millions de dollars (valeur 2010) :

A Annecy, les Cérémonies d’ouverture, de clôture et de remise des médailles se dérouleront dans le Théâtre des Cérémonies.

[…] Depuis les gradins […], les spectateurs assisteront à un spectacle magique. Émergeant du lac, la vasque olympique sera visible depuis ses rives comme depuis les cimes dominant Annecy.

Ayant par la suite eu l’opportunité de juger de la faisabilité de ce chantier in situ, la Commission d’Évaluation du CIO avait certes reconnu la magnificence des lieux, tout en apportant un bémol loin d’être anecdotique.

Ainsi que l’avait relevé le Rapport de ladite Commission :

Les bords du lac offriraient un décor des plus impressionnants et des possibilités intéressantes pour ces Cérémonies, même si l’espace disponible pourrait représenter quelques enjeux en termes de logistiques, en particulier liés au mouvement des athlètes, aux entrées réservées et aux besoins des médias.

Visuel du Théâtre des Cérémonies de la candidature d’Annecy 2018 (Crédits – Annecy 2018 / Archives)

Un point de vigilance qui pourrait à nouveau être d’actualité, cette fois dans le cas de la proposition de Serre-Ponçon si d’aventure le site des Hautes-Alpes venait à être étudié puis sélectionné par le COJOP.

Quoiqu’il en soit, la Maire d’Embrun se montre confiante quant à la possibilité d’établir la Cérémonie de clôture aux abords de l’écrin aquatique, évoquant à la fois un territoire habitué à la réception d’événements et en mesure d’apporter une jauge adaptée à l’échelle des Jeux d’hiver.

L’édile cite notamment la venue régulière du Tour de France cycliste, de même que l’organisation de l’Outdoormix Festival qui, orchestré sur le plan d’eau d’Embrun, près du lac de Serre-Ponçon, rassemble chaque année environ 200 000 festivaliers pour ce qui n’est autre que l’un des principaux rendez-vous européens consacrés aux sports outdoor et de montagne. Elle rappelle en outre l’organisation de l’Embrunman considéré comme l’un des triathlons les plus exigeants au monde.

Selon Chantal Eymeoud, ces manifestations régulières et la configuration du site pourraient dès lors permettre d’établir sur place un théâtre temporaire susceptible d’accueillir un nombre de spectateurs supérieur ou en tout cas équivalent à celui fixé par Milan-Cortina 2026 pour la Cérémonie de clôture des derniers Jeux Olympiques d’hiver au sein des Arènes antiques de Vérone (12 000 places).

Pour compléter son argumentaire, la Maire d’Embrun fait aussi deux parallèles – ou clins d’œil – en convoquant « EDF », gestionnaire de la retenue de Serre-Ponçon et possible Partenaire des Jeux, pour contribuer à bâtir un spectacle où l’innovation et la durabilité pourraient être les maîtres-mots, mais également une référence à la cité niçoise, Embrun étant surnommée la « Nice des Alpes » eu égard à son climat favorable et à son ensoleillement.

En résumé, Chantal Eymeoud estime que la tenue de la Cérémonie de clôture à Embrun / Serre-Ponçon serait un choix judicieux pour les organisateurs et le territoire dans son ensemble.

Comme elle le déclare avec ambition :

Ce choix permettrait d’offrir au monde une Cérémonie dans un décor naturel unique ; de prolonger l’innovation engagée par Paris 2024 avec la Seine ; de valoriser un territoire déjà reconnu pour l’accueil d’événements internationaux ; de renforcer le positionnement de « Jeux durables » en choisissant un site engagé et reconnu dans la production d’énergie renouvelable ; de créer une image iconique et mémorable pour la clôture des Jeux de 2030.

A travers Embrun / Serre-Ponçon en Région Sud, les Alpes françaises disposeraient d’une scène naturelle exceptionnelle pour écrire une nouvelle page de l’histoire olympique mondiale.

Visuel du Théâtre des Cérémonies de la candidature d’Annecy 2018 (Crédits – Annecy 2018 / Archives)

Dans l’immédiat cependant, la question des Cérémonies d’ouverture et de clôture n’est pas à l’ordre du jour pour des organisateurs davantage soucieux de finaliser la tant attendue carte des sites sportifs.

Cette dernière – incluant les derniers bouleversements avec le probable retour de Val d’Isère, le retrait de Nice et l’intégration de Lyon et sa métropole – doit en effet être soumise à l’approbation du CIO dans les jours à venir, avant une validation espérée à la fin du mois de juin 2026.

Pour les Cérémonies, le COJOP devra en tout cas tenter de maintenir un semblant d’équilibre entre Provence-Alpes-Côte-d’Azur et Auvergne-Rhône-Alpes où le show d’ouverture pourrait être agencé dans l’enceinte du Groupama Stadium de Décines-Charpieu en périphérie de Lyon.

Si Auvergne-Rhône-Alpes bénéficie désormais d’une plus grande couverture en ce qui concerne les compétitions à orchestrer, la déplacement de la clôture des Jeux du Sud vers le Nord serait considéré comme un nouvel échec pour la Région présidée par Renaud Muselier qui a déjà ciblé avec force le Maire de Nice, Eric Ciotti, suite au retrait des épreuves de glace.

Or, dès la phase de candidature, les acteurs régionaux engagés pour l’émergence d’un projet alpin avaient acté le principe d’une ouverture des Jeux en Auvergne-Rhône-Alpes et d’une clôture en Provence-Alpes-Côte-d’Azur.

Mais au-delà des promesses et des espoirs, la réflexion à conduire devra surtout tenir compte des contraintes techniques et logistiques, notamment quant à l’accessibilité pour les différents publics des Jeux, des spectateurs aux journalistes, en passant par les représentants du CIO et des Fédérations Internationales, et bien sûr aussi des délégations officielles venues des quatre coins du monde.

La vitrine des Jeux que représente une Cérémonie nécessite de facto le respect d’un strict cahier des charges, que le spectacle s’opère dans un écrin sportif adapté de la dimension d’un stade ou bien au sein d’un milieu extérieur à configurer en conséquence avec, dans le cas d’un espace naturel comme celui de Serre-Ponçon, une vigilance accrue quant à l’intégration de la problématique environnementale.


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