Renforcé par le succès référendaire à Munich, le processus de sélection d’une candidature allemande pour une future édition des Jeux d’été a récemment pris une nouvelle tournure, avec l’entrée de l’Allemagne dans la phase de dialogue continu avec le Comité International Olympique (CIO). A la grande satisfaction des représentants sportifs et des autorités fédérales.

En Allemagne, la perspective d’une prochaine candidature olympique et paralympique se précise chaque mois davantage.
Après avoir mené une refonte de la procédure de désignation d’une candidature depuis 2023, et après l’installation de quatre prétendantes régionales, la Confédération Allemande des Sports Olympiques (DOSB) a dernièrement entériné la poursuite de l’aventure en direction des Jeux d’été de 2036, 2040 ou 2044.
En parallèle de cette décision attendue, l’instance allemande a pu apprécier l’appui exprimé par le Gouvernement fédéral à l’égard de cette nouvelle ambition et ce, à l’aune de la signature d’un Protocole d’accord tenant notamment sur la répartition des rôles et du financement entre les divers acteurs d’une telle entreprise.
Autre point – et non des moindres – qui démontre tout autant la préparation et la détermination du DOSB a faire éclore une candidature concurrentielle sur la scène mondiale : l’entrée de l’Allemagne dans la phase de dialogue continu avec le CIO. Cette étape – fondamentale – assure de facto au pays un suivi et des conseils de la part de l’institution olympique qui, le moment venu, s’engagera avec un ou plusieurs Hôtes potentiels dans la phase de dialogue ciblé.
Bien sûr, cette montée en puissance graduée de l’Allemagne s’explique aussi en grande partie par le succès du référendum orchestré à Munich – Ville Hôte des JO 1972 et candidate à l’investiture allemande – à la fin du mois d’octobre 2025.
A l’évidence, un échec aurait été perçu comme un signe d’affaiblissement du processus de candidature Outre-Rhin et aurait sans doute eu pour conséquence première de paralyser les trois autres postulantes qui, pour certaines, doivent encore opérer la mise en place d’une consultation populaire.
A l’inverse, le succès constaté – par-delà les espérances avec une participation marquée et surtout l’approbation du projet de candidature par 66,4% des votants – a indéniablement placé Munich en position de force, tout en légitimant la nouvelle méthodologie entourant le processus décisionnel instauré par le DOSB.
D’ailleurs, l’entrée de l’Allemagne dans la phase de dialogue continu avant la fin de l’année 2025 a été justifiée par le succès référendaire dans la capitale bavaroise.
Comme l’a en ce sens affirmé auprès du « Augsburger Allgemeine », la Ministre d’État en charge du Sport et du Bénévolat après sa participation à la visite d’une délégation allemande au siège du CIO :
Nous avons eu une conversation très, très agréable, et c’était génial que nous ayons eu cette opportunité.
L’Allemagne est maintenant dans ce qu’il convient d’appeler le dialogue continu, c’est-à-dire la première étape du processus internationale.
Le CIO est extrêmement bien informé sur la façon dont notre processus de sélection interne se déroule. Il était vraiment important que la décision de Munich tombe avec ce solide résultat. C’était un point très positif.
Si nous réussissons à questionner et à emmener nos citoyens avec nous, alors le CIO examinera de près notre candidature.
Investie au niveau fédéral dans le suivi et l’accompagnement du processus mis en place par le DOSB, Christiane Schenderlein a également profité de cette prise de parole au début du mois de décembre pour saluer la qualité des candidatures en lice.
Tandis que l’Allemagne entend formaliser une nouvelle offre compétitive, après ses échecs successifs pour les JO 2000 (Berlin), 2012 (Leipzig), 2018 (Munich), 2022 (Munich) et 2024 (Hambourg), les quatre prétendantes déclarées ont en effet présenté des orientations ambitieuses auprès du DOSB, orientations qui doivent désormais être affinées jusqu’au 04 juin 2026.
Ainsi que l’a en tout cas fait savoir la Ministre d’État :
Je vois toujours toutes les candidatures à un même niveau. Il y a beaucoup de bonnes idées.
Nous devons voir maintenant comment la Rhénanie du Nord-Westphalie se positionne, comment Hambourg se positionne. A Berlin, la discussion est actuellement menée de manière très controversée. Je pense qu’il est bon et important que le Maire de Berlin s’engage clairement en faveur d’une candidature.
Munich a déjà obtenu sa qualification. Une approbation à plus de 66%, c’est un résultat clair. Cela donne à la Bavière l’occasion de continuer son travail sur la candidature de manière ciblée.
Ce propos résume finalement assez bien la tendance actuelle, avec Munich en pôle position, une capitale fédérale en retrait et deux outsiders en embuscade qui se sont engagés à consulter leur population au cours du printemps 2026.
Un succès à l’image de celui de Munich maintiendrait un certain suspens quant à l’examen approfondi et in fine la décision que prendra le DOSB avant la fin de l’année 2026. Un échec en revanche se soldera par la mise en orbite quasi-assurée de la capitale bavaroise.
Parmi les problématiques qui influeront immanquablement sur l’issue des scrutins référendaires annoncés pour le 19 avril 2026 en Rhénanie du Nord-Westphalie, soit dans le périmètre de la candidature de la Région Métropolitaine Rhin-Ruhr, et pour le 31 mai 2026 à Hambourg, la question du financement des Jeux sera au centre des débats.
Si chaque candidature aux Jeux veille à travailler au mieux ce sujet – d’autant plus au regard d’une opinion publique toujours plus attentive à l’utilisation des deniers publics et à l’impact d’un événement de cet ampleur – les décideurs allemands vont redoubler de vigilance pour ne pas connaître les déboires du projet de Hambourg 2024.
A l’automne 2015, la présentation tardive des prévisions budgétaires entourant le projet olympique et paralympique de la ville portuaire des bords de l’Elbe avait en effet eu pour conséquence de provoquer une inversion des courbes dans les sondages et ce, alors que Hambourg 2024 avait jusqu’alors œuvré à l’installation d’une campagne promotionnelle massive et multi-supports.
Le désaveu finalement constaté lors du référendum opéré à Hambourg et à Kiel – ville sélectionnée pour l’accueil des compétitions de voile – ne fut dès lors pas une surprise, sachant que le projet reposait sur un financement à plus de 12,35 milliards d’euros.
Sur ce global relativement conséquent, le budget d’organisation se serait élevé à quelques 3,395 milliards d’euros, tandis que les investissements hors-organisation – soit les aménagements à consentir par les pouvoirs publics et leurs partenaires – auraient atteint 6,591 milliards d’euros, sans compter les investissements indirectement liés aux Jeux et comprenant en particulier les travaux de dépollution et de mise à niveau du secteur de Kleiner Grasbrook, cœur du concept de Hambourg 2024 (2,367 milliards d’euros).
Mais au-delà de ces montants, un chiffre avait surtout retenu l’attention du public : 7,4 milliards d’euros, soit la part de l’investissement public nécessaire pour produire l’effort général dans l’optique des Jeux, avec sur cette part, 1,2 milliard à la charge exclusive de la Ville de Hambourg.
Inenvisageable pour les citoyens qui décidèrent de sacrifier l’idée d’une candidature, provoquant de facto la chute de cette dernière et le retrait de l’Allemagne de la course aux Jeux d’été.
Gardant en mémoire cette déconvenue, les quatre prétendantes allemandes actuelles veulent proposer un concept misant sur l’existant ou tout du moins sur l’exploitation d’infrastructures temporaires, plutôt que sur la construction de nouvelles enceintes pérennes, sauf si cela est jugé nécessaire pour l’attractivité du territoire et l’après-JO.
Chacune aura d’ailleurs l’opportunité de présenter ses propres orientations budgétaires devant les Groupes de travail qui évalueront la faisabilité et la crédibilité de ces dernières au printemps 2026.
Pour les autorités fédérales, la problématique financière constituera bien évidemment un élément des discussions à poursuivre avec le DOSB et l’ensemble des parties prenantes à l’ambition olympique et paralympique, incluant les Collectivités, mais également les investisseurs privés qui seront sollicités pour apporter leur contribution.
A ce stade, la Ministre du Sport et du Bénévolat estime que les conditions sont réunies pour garantir le financement des Jeux en Allemagne.
Comme l’a en ce sens affirmé Christiane Schenderlein :
Nous pouvons financer les Jeux.
Nous avons aussi un fort intérêt de la part du secteur privé.
Il est vraiment impressionnant de constater que les entreprises allemandes disent très clairement : « Nous voulons soutenir les Jeux en Allemagne ». Et nous, en tant que Gouvernement fédéral, nous sommes clairement attachés à l’idée d’une candidature.
Aujourd’hui, la balle est dans le camp des quatre candidatures et du DOSB qui aura à juger de l’opportunité de s’engager avec tel ou tel projet, en tenant compte aussi bien de la dimension sportive, que des aspects économiques et de durabilité.
Munich, Hambourg, Berlin, et la Région Métropolitaine Rhin-Ruhr travaillent en cela pour affiner leur projet respectif et proposer une vision ambitieuse mais néanmoins maîtrisée des Jeux.
Il en va à la fois de leur propre maintien dans la course interne, avec la capacité de convaincre les acteurs de l’événement olympique et paralympique, englobant les autorités sportives et politiques, les investisseurs privés et aussi l’opinion publique.
La candidature qui parviendra à obtenir les faveurs de ces quatre panels prendra assurément une option pour la désignation allemande.
L’aventure s’écrira ensuite à l’échelle mondiale ; aventure durant laquelle il conviendra de se démarquer de la concurrence pour promouvoir et proposer la meilleure offre possible aux yeux du CIO qui, au bout du compte, décidera de l’identité du ou des candidatures autorisée(s) à intégrer la phase de dialogue ciblé qui préfigure l’élection du Futur Hôte.
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