Face à des concurrentes qui apparaissent plus déterminées, Berlin peine à s’affirmer comme une candidature solide pour porter les couleurs de l’Allemagne dans la course à une future édition des Jeux d’été. Si les pouvoirs publics tentent aujourd’hui un sursaut, la population affiche quant à elle une sérieuse défiance.

Ces dernières années, l’idée d’une candidature de Berlin pour les Jeux d’été de 2036 a pu susciter des doutes et surtout une certaine incompréhension alors que l’échéance visée correspond au centenaire des Jeux de 1936 largement utilisés au service de la communication du régime nazi dans l’entre deux-guerres.
Mais au-delà de la question calendaire, une nouvelle proposition émanant de la capitale fédérale allemande semble systématiquement en difficulté et ce, malgré le statut de Berlin qui, dans n’importe quel autre pays, lui offrirait une position de choix pour incarner un rêve des Jeux.
De fait, que ce soit dans la course internationale aux JO 2000 ou, plus récemment, pour décrocher l’investiture allemande pour disputer l’obtention des Jeux de 2024, Berlin n’a jamais réussi à convaincre et à obtenir les faveurs des décideurs.
Dans les années 1990, portée par la réunification de l’Allemagne, la candidature berlinoise est confrontée à la féroce rivalité de quatre villes elles aussi intéressées par la quête des Jeux de l’an 2000, à savoir Istanbul (Turquie), Manchester (Royaume-Uni), Pékin (Chine) et Sydney (Australie).
Le 23 septembre 1993 – quelques semaines après les retraits successifs de Milan (Italie) et de Brasília (Brésil), un temps en lice – les cinq candidates se présentent alors devant la 101ème Session du CIO réunie pour l’occasion à Monaco.
Ce jour-là, bien que quatre tours furent in fine nécessaires pour aboutir à la désignation de Sydney, une tendance s’était dégagée dès le premier tour, avec un duel au sommet entre la candidate australienne et sa concurrente chinoise.
De fait, tandis que Sydney rafla 30 suffrages lors du premier vote, contre 32 pour Pékin, Manchester ne dû se contenter que de 11 petites voix, devant Berlin (9) et Istanbul (7). Au tour suivant, Pékin confirma son avance en obtenant 37 voix, contre 30 pour Sydney, 13 pour Manchester et seulement 9 pour Berlin qui quitta dès lors la course. La troisième tour fut celui de la confirmation, avec l’écartement de la candidature britannique (11) et l’installation du duel final entre Sydney (37) et Pékin (40) qui, au quatrième et dernier tour se concrétisa par l’élection de la candidature australienne par 45 voix contre 43 pour la capitale chinoise, marquant l’une des finales les plus serrées de l’histoire des scrutins olympiques.
Quelques années plus tard, et malgré la déconvenue cuisante pour 2000, la capitale fédérale allemande témoigna à nouveau d’un intérêt pour l’obtention de l’événement planétaire.
Ainsi, en formalisant une candidature pour les JO 2024 et ce, dans le cadre d’un processus interne lancé par la Confédération Allemande des Sports Olympiques (DOSB), Berlin fit le pari de se relancer sur la scène olympique internationale. Un pari qui fut douché par l’ambition et la qualité du projet de Hambourg qui, grâce un concept séduisant et à une communication réfléchie, parvint à convaincre l’Assemblée Générale du DOSB.
Cette dernière désigna d’ailleurs Hambourg à l’unanimité face à Berlin. Plus qu’une nouvelle déconvenue, un véritable camouflet.
Aussi, l’intérêt manifesté pour le nouveau processus de sélection d’une candidature allemande en prévision de discussions portant sur l’échéance 2036, 2040 ou 2044, aurait pu se traduire par une démarche volontariste affirmée.
Or, à ce stade, Berlin apparaît très clairement en-deçà des espérances et ce, alors même que la capitale fédérale fut l’une des premières à se positionner aux côtés du DOSB.
Le Sénat de Berlin avait ainsi encouragé l’émergence d’une candidature en 2023, avant que les autorités locales ne s’engagent avec l’instance olympique allemande au travers d’un Protocole d’accord. Depuis, le projet a été travaillé, puis officiellement dévoilé le 27 mai 2025.
Misant largement sur l’utilisation d’infrastructures existantes ou temporaires, ledit projet – intitulé « Berlin+ » – n’hésite pas pour cela à sortir des frontières berlinoises, en proposant l’intégration de sites dans quatre Länder allemands, à savoir le Brandebourg, le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, la Saxe, et le Schleswig-Holstein. La Rhénanie du Nord-Westphalie pourrait aussi être sur la carte d’une candidature berlinoise, bien que le territoire soit actuellement intégré au périmètre de la candidature de la Région Métropolitaine Rhin-Ruhr.
Mais au dépit de ces éléments, la course interne du DOSB semble davantage se jouer entre les trois concurrentes de Berlin, avec de surcroît un avantage certain pour Munich, Ville Hôte des JO 1972, auréolée du succès référendaire du mois d’octobre 2025.
Il faut dire que la candidature berlinoise rencontre des difficultés évidentes pour structurer sa démarche, avec des atermoiements regrettables quant à l’installation effective de Groupes de travail au sein du Sénat et dans l’Administration centrale de Berlin.
En outre, par-delà le manque d’entrain relevé jusqu’à présent parmi les décideurs, l’idée d’une candidature berlinoise ne suscite pas un engouement probant parmi la population, bien au contraire.
A l’aube de l’été 2025, un sondage réalisé par « Infratest Dimap » pour le compte de la plateforme de médias « RBB » (RBB24 et RBB 88.8)* en juin dernier faisait ainsi état d’un appui de 46% des personnes interrogées, alors que dans le même temps, 43% des sondés se disaient opposés à la perspective d’une candidature aux Jeux. A ce moment-là, 10% des sondés se déclaraient par ailleurs indécis.
Mais tandis que le DOSB a confirmé la poursuite de la réflexion en cours avec les quatre postulante allemandes, ces dernières semaines, l’écart entre les partisans d’une candidature de Berlin et les opposants à celle-ci s’est considérablement aggravé.
Dans un contexte où les autorités locales réfléchissent tout autant à une candidature aux Jeux qu’à la présentation d’un projet pour l’Exposition Universelle de 2035, un nouveau sondage est en effet récemment venu confirmer une direction négative pour Berlin qui, faute d’un sérieux sursaut dans les semaines à venir, se dirigera probablement vers l’abandon.
Concrètement, selon une enquête réalisée par l’institut « Civey » pour le compte du « Tagesspiegel », pas moins de 67% des Berlinois** se déclarent aujourd’hui opposés à une candidature de leur ville pour l’accueil d’une édition des Jeux en 2036, 2040 ou 2044.
Alors que le sondage du premier semestre 2025 – certes mené par un autre institut mais reflétant tout de même une photographie de l’opinion à un instant T – faisait apparaître une fragmentation équilibrée entre les pour et les contre, l’enquête réalisée du 31 octobre au 14 novembre 2025 montre une bascule significative et une défiance désormais bien installée au sein de la population, d’autant plus en considérant que 27% des Berlinois soutiennent l’idée d’une candidature et que seuls 6% des répondants se sont déclarés indécis.
A ces mauvais chiffres s’ajoute également la volonté des opposants rassemblés sous la bannière « NOlympia » de créer les conditions à la tenue prochaine d’un référendum. Une initiative en ce sens devrait se matérialiser sur le terrain et les réseaux sociaux à compter du 1er janvier 2026 pour recueillir les signatures d’un maximum de citoyens afin de tordre le bras des décideurs institutionnels.
Conscients que la défiance populaire sera un défi délicat à surmonter, les autorités ne comptent pas baisser les bras. Tout du moins pour le moment.
Pour tenter d’inverser la courbe et sans recourir à l’organisation d’un référendum qui n’est pas une disposition prévue localement, elles ont de facto décidé d’instaurer un Comité de Candidature composé pour partie de figures du sport berlinois et allemands, parmi lesquelles Malaika Mihambo, Championne Olympique du saut en longueur aux Jeux de Tokyo 2020, Championne du Monde de la discipline en 2019 et en 2022, et Championne d’Europe en 2018 et en 2024.
Les autorités ont par ailleurs annoncé le lancement prochain d’une procédure de participation du public jusqu’au 16 avril 2026.
Cela se traduira en particulier par la mise en place d’ateliers participatifs et de forums – dans les quartiers et en ligne – pour approcher la population et essayer de la convaincre du bien fondé d’un projet olympique et paralympique en insistant sur les bénéfices d’une telle entreprise pour Berlin et sa région.
Comme l’a déclaré cette semaine le Maire de Berlin, Kai Wegner, dans un propos cité par le « Tagesspiegel » :
Notre objectif est d’enflammer l’enthousiasme pour les Jeux Olympiques et Paralympiques et d’avoir un dialogue constructif avec les Berlinois.
[…] J’ai beaucoup lu ces dernières semaines. Nous serions en retard : c’est un non-sens absolu. Le DOSB n’évaluera la demande qu’au début du mois de juin 2026. Nous avons tout à fait raison.
Au-delà de ces initiatives, les autorités entendent aussi miser sur un argument de poids, consistant à rappeler le statut de capitale et l’aura internationale de Berlin et ce, sachant que l’attractivité et la visibilité en dehors des frontières nationales sont des points de notation importants dans l’examen du DOSB.
Récemment, la Sénatrice Iris Spranger, en charge de l’Intérieur, de la Digitalisation et des Sports, a d’ailleurs voulu marquer les esprits en estimant qu’une candidature autre que Berlin ne pourrait être couronnée de succès.
Ainsi qu’elle l’a affirmé :
Nous organisons régulièrement des événements majeurs – l’EURO 2024, le marathon notamment. La NFL a connu ici un énorme succès, et en janvier, la NBA sera présente. Au niveau international, nous n’aurons aucune chances sans Berlin. Et le DOSB le sait aussi.
Une prise de position ferme, mais qui semble surtout témoigner d’une fébrilité évidente du côté de Berlin où chacun se souvient de la déculottée infligée par le DOSB au début de l’année 2015… en dépit du statut international de la capitale fédérale allemande.
* Sondage réalisé en juin 2025 auprès d’un échantillon représentatif de 1 148 personnes.
** Sondage réalisé du 31 octobre au 14 novembre 2025 auprès d’un échantillon représentatif de la population berlinoise de 1 000 personnes.
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