En révélant la première ses cartes dans la course à la candidature allemande pour une future édition des Jeux Olympiques et Paralympiques d’été, Berlin espérait sans doute prendre une longueur d’avance sur ses rivales. Néanmoins, le rêve des Jeux de la capitale fédérale semble aujourd’hui dans une impasse, entre atermoiements politiques et soutien populaire mitigé.

Défaite dans la course interne aux JO 2024 face à Hambourg qui fut alors sélectionnée à l’unanimité des membres de l’Assemblée Générale de la Confédération Allemande des Sports Olympiques (DOSB), Berlin apparaissait ces dernières années comme soucieuse de revenir sur le devant de la scène en proposant une nouvelle offre dans l’optique d’une candidature aux Jeux d’été, suivant l’approche et la méthodologie établies par les autorités sportives du pays.
Si la question du calendrier a longtemps été sujet à controverses et le demeure encore aujourd’hui – l’édition 2036 étant placée en miroir des Jeux de Berlin 1936 qui contribuèrent à la communication du régime nazi – plusieurs responsables et instances de la capitale fédérale avaient en parallèle multiplié les annonces et autres marques d’intérêt pour un tel projet.
Car malgré son statut, Berlin n’est jamais parvenu à reprendre le flambeau des Jeux, la dernière tentative présentée devant les membres du CIO remontant au début des années 1990 avec une candidature développée en direction des JO 2000 finalement attribués à Sydney (Australie).
Aussi, la capitale allemande entend construire les conditions d’un succès pour son projet soumis à l’appréciation du DOSB, avant d’envisager la réussite de sa candidature devant l’institution olympique.
En 2023, le Sénat de Berlin avait d’ailleurs encouragé une telle entreprise, avant que les autorités locales ne signent en novembre de la même année, un Protocole d’accord avec le DOSB, matérialisant alors la réflexion autour d’un projet fondé sur Berlin et plusieurs villes associées à travers le pays.
Depuis, le projet a été travaillé avec les indispensables parties prenantes, puis a été officiellement dévoilé le 27 mai 2025.
Baptisé « Berlin+ », le concept berlinois prévoit la mobilisation prioritaire de sites emblématiques comme le Stade Olympique au sein duquel a d’ailleurs été effectuée la présentation du projet.
Sur le modèle de Paris 2024, ce dernier envisage également l’intégration de sites existants dans quatre Länder allemands, à savoir le Brandebourg, le Mecklembourg-Poméranie-Occidentale, la Saxe, et le Schleswig-Holstein. La Rhénanie du Nord-Westphalie pourrait aussi être présente dans le cadre d’une candidature berlinoise, même si le territoire est actuellement largement intégré dans le périmètre de la candidature de la Région Métropolitaine Rhin-Ruhr.
Mais en dépit d’un concept utilisant des infrastructures existantes ou temporaires, avec le souci de limiter au maximum les investissements qui ne seraient pas indispensables à la tenue des Jeux, force est de constater que Berlin semble aujourd’hui à la traîne.
Deux facteurs-clés expliquent cette situation qui, si elle devait perdurer au cours des prochains mois, viendrait anéantir à petit feu les espoirs de succès de la candidature.
De fait, tandis que le Sénat de Berlin devait instaurer un Groupe de travail dédié à la promotion de la candidature de la capitale fédérale, celui-ci n’a pour l’heure toujours pas été mis en mouvement et ce, alors même que les parties concernées avaient initialement envisagé un début des travaux pour le 1er octobre 2025.
Preuve des atermoiements en cours, si ledit Groupe de travail doit à terme comptabiliser jusqu’à 12 membres, seules deux personnes auraient pour l’instant été recrutées.
La mise sur orbite chaotique est aussi constatée du côté de l’Administration centrale de Berlin qui, sous l’égide de la Sénatrice Iris Spranger, en charge de l’Intérieur, de la Digitalisation et des Sports, doit elle-aussi établir un Groupe de travail pour affiner les propositions et entériner les arbitrages.
Signe inquiétant quant au manque de rigueur entourant jusqu’à présent le projet olympique et paralympique, un porte-parole de l’Administration centrale évoquait ces jours-ci auprès du « Tagesspiegel » :
Cinq collègues du Département des Sports travaillent à temps partiel avec les ressources du projet sur la finalisation de l’offre.
Or, à ce stade, Berlin devrait théoriquement être dans une position bien plus affirmée et combative, d’autant plus qu’une consultation populaire devrait être opérée d’ici la fin du printemps 2026.
Sur ce point, les tendances actuelles ne sont pas de nature à rassurer les porteurs de la candidature berlinoise, et le récent succès référendaire de Munich – l’une des trois rivales allemandes – ne fait qu’accentuer le sentiment de paralysie de la capitale fédérale.
Ainsi, selon un sondage réalisé par « Infratest Dimap » pour le compte de la plateforme de médias « RBB » (RBB24 et RBB 88.8)* en juin dernier, seules 46% des personnes interrogées se déclaraient favorables à l’idée d’une candidature berlinoise dans la quête d’une prochaine édition des Jeux Olympiques et Paralympiques d’été. A l’inverse, 43% des sondés se disaient opposés à une telle perspective, tandis que 10% des sondés affichaient leur indécision sur le sujet.
Ce même sondage révélait par ailleurs un appui légèrement supérieur dans les quartiers de l’Ouest de Berlin (47% – 42%), tandis que les taux étaient quasi-identiques dans l’Est de la ville (45 % – 44%).
Parmi les autres enseignements de cette enquête sondagière, le soutien à la candidature apparaissait plus marqué au sein des 16-34 ans, avec tout de même une adhésion mitigée (52% pour, 32% contre, et 15% d’indécis) par rapport à ce que l’on peut habituellement constater auprès de cette tranche d’âge dans les territoires candidats aux Jeux. Les 35-49 ans affichaient eux-aussi un soutien timoré à l’idée d’une candidature (47% – 42% – 10%), alors que dans le même temps, les catégories plus âgées se démarquaient par une opposition plus ou moins tranchée : 50% parmi les 50-64 ans et 46% parmi les plus de 64 ans.
Ce niveau global de soutien au projet olympique et paralympique berlinois est évidemment à mettre en perspective avec l’adhésion populaire soulevée par la candidature de Munich, seconde ville du pays, et dernière cité allemande à avoir été Hôte des Jeux.
Dans la capitale bavaroise en effet, l’organisation d’un référendum à la fin du mois d’octobre 2025 s’est soldé par un tonitruant succès que les partisans du projet n’auraient sans doute pas rêvé obtenir ; les opposants ayant eu aussi été surpris de l’écart entre les suffrages.
Il faut dire qu’en réunissant 66,4% de voix favorables, la candidature munichoise a su balayer les échecs passés – pour les Jeux d’hiver 2022 en particulier pour lesquelles Munich fut contrainte de se retirer après le désaveu populaire – et frapper un grand coup sur la scène allemande et au-delà.
Nette, la victoire du « Oui » le fut d’autant plus qu’elle a été significative dans chacun des arrondissements de l’agglomération, avec jusqu’à 71,7% dans le secteur d’Allach-Untermenzing, 70,9% à Maxvorstadt, ou encore 70,5% à Altstadt-Lehel. Si certains des secteurs ont été moins enthousiastes à l’optique d’une candidature – à l’instar de Bogenhausen, Laim ou Sendling -, une large part des votes (61%) s’est tout de même tourné en faveur de la candidature olympique et paralympique.
Ce succès fut également salué parmi les autorités locales et même jusque dans les rangs du DOSB par le niveau de participation comptabilisée à 42%, soit au-dessus des consultations populaires habituellement opérées à Munich.
Pour Berlin, les semaines et mois à venir pourraient être synonyme de long chemin de croix, sauf si un sursaut venait à s’engager pour relever l’ambition de la ville qui, à ce jour, apparaît clairement en position d’observatrice.
L’état de grâce dont bénéficie Munich a certainement eu un impact sur la candidature berlinoise, mais il n’explique pas cependant la lenteur avec laquelle avance ladite candidature, le référendum étant survenu près d’un mois après la date initialement envisagée pour l’installation prévisionnelle des Groupes de travail du Sénat et de l’Administration centrale de Berlin.
La démarche – pas encore pleinement affirmée – des autorités locales pourrait davantage s’expliquer par les dernières orientations prises par celles-ci.
En effet, alors que la quête des Jeux avait jusqu’à présent été privilégiée, les mois passés ont permis de faire émerger l’idée d’une candidature à l’Exposition Universelle et, récemment, le Sénat berlinois a revu sa position pour cibler à la fois une future édition des Jeux et l’organisation de l’Expo 2035.
Or, viser ces deux grandes manifestations d’envergure planétaire pour un accueil quasi-simultanée – 2035-2036 – ou dans un espace temps rapproché – 2035-2040 – relève d’un défi quasi-impossible pour une seule ville.
Ces dernières années, l’exemple de Paris en a été une démonstration.
La capitale française avait un temps porté une réflexion pour une candidature à l’échelle de la métropole du Grand Paris en vue de l’Exposition Universelle de 2025, avant finalement de se concentrer sur l’obtention des Jeux Olympiques et Paralympiques de 2024 avec le succès que l’on connaît.
Si pour l’heure, aucune remise en question du projet berlinois n’est évoquée, un éventuel retrait n’est pas à exclure totalement ; ce dernier pouvant très bien avoir lieu avant la fin du processus de sélection du DOSB qui aurait alors à départager les trois candidates restantes, sauf si Hambourg et la Région Métropolitaine Rhin-Ruhr venaient à abandonner la course dans l’hypothèse de référendums défavorables.
* Sondage réalisé en juin 2025 auprès d’un échantillon représentatif de 1 148 personnes.
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