JO 2036-2040 : L’Afrique du Sud formalise son souhait de candidater

Après avoir ajourné les discussions autour d’une candidature à l’organisation des Jeux d’été, plus tôt cette année, le Cabinet gouvernemental sud-africain a finalement décidé d’amorcer l’entrée du pays dans la phase de dialogue continu avec le Comité International Olympique (CIO) en vue de présenter un projet pour l’édition 2036 ou 2040.

Vue du Cape Town Stadium, Le Cap, Afrique du Sud (Crédits – Cape Town 2040)

En février dernier, les autorités gouvernementales avaient coup sur coup soufflé le chaud et le froid sur l’ambition olympique et paralympique de l’Afrique du Sud.

Alors que le pays est régulièrement cité comme possible prétendant à l’organisation d’une première édition des Jeux d’été sur le continent africain, des discussions s’étaient engagées avec les leaders de la Confédération sud-africaine des sports et Comité Olympique (SASCOC) dont certains – accompagnés du Ministre des Sports, des Arts et de la Culture, Gayton McKenzie – avaient fait le déplacement jusqu’à Lausanne (Suisse), siège de la Maison Olympique, en novembre 2024.

Or, quelques mois plus tard, après l’exposé par ce même Ministre d’un document de travail fondé sur l’idée d’une candidature, le Cabinet gouvernemental décida de reporter l’approfondissement d’un projet concurrentiel pour l’accueil d’une future édition des Jeux.

Aussi, faute d’une reprise des échanges de façon soutenue, le SASCOC engagea à l’été 2025 une réorientation calendaire, écartant dans l’immédiat l’échéance 2036 pour envisager davantage 2040.

Comme l’affirma en ce sens le Président de l’instance olympique sud-africaine, Barry Hendricks, le 1er juillet dernier :

Nous n’avons pas pu obtenir, par l’intermédiaire du Ministère, l’approbation du Cabinet. Nous allons donc mettre cela en suspens pour le moment afin de nous permettre d’envisager 2040.

[…] Il y a trois phases pour postuler aux Jeux Olympiques : la toute première est la phase de consultation et d’obtention des soutiens, ce qui nous a manqué. Mais ceci nous a donné un aperçu précieux du processus, pour lequel nous savions dans notre esprit que c’était soit pour 2036, soit pour 2040.

Il y a onze pays en lice pour 2036, et la plupart d’entre eux ont déjà déposé des candidatures, avant même que nous embarquions. Nous nous sentons très à l’aise avec ce constat.

Réunion au siège du CIO à Lausanne, Suisse, avec le Ministre sud-africain des Sports, des Arts et de la Culture, et des représentants du Comité Olympique et Paralympique d’Afrique du Sud, vendredi 22 novembre 2024 (Crédits – Gayton McKenzie / Page officielle X, ex-Twitter)

Cependant – et comme souvent dans la sphère olympique – un bouleversement est survenu depuis.

Comme l’a ainsi annoncé la Présidence de la République dans une déclaration officielle publiée à l’issue de la réunion du Cabinet gouvernemental, orchestrée ce jeudi 13 novembre 2025, l’Afrique du Sud revient sur le devant de la scène et formalise son souhait de candidater à l’organisation d’une future édition des Jeux.

Cette fois-ci, 2036 et 2040 sont clairement et ostensiblement évoquées, laissant entrevoir la possibilité pour le pays de maintenir son ambition, même en cas de possible déconvenue quant à la première échéance visée.

En adoptant une telle position, le Cabinet gouvernemental – qui fait un pas décisif en direction d’une candidature – approuve l’entrée de l’Afrique du Sud dans l’indispensable phase de dialogue continu avec le CIO.

Autrement dit, l’Afrique du Sud rejoint la longue liste des postulantes à l’accueil des Jeux d’été et démontre de facto à l’institution olympique son désir d’être accompagnée pour travailler un projet qui doit être affiné avec l’ensemble des parties prenantes, avant qu’une ville ou un territoire ne soit sélectionné pour porter les couleurs sud-africaines.

Sur ce point, les pouvoirs publics et les autorités sportives et olympiques du pays pourront notamment compter sur la réflexion menée depuis maintenant plusieurs années par le think-tank « CT 2040 » pour imaginer les contours et les opportunités d’une candidature. Ladite structure a en ce sens d’ores et déjà présenté ses objectifs au printemps 2023, avant d’éditer un rapport démontrant le potentiel conséquent de 84% de sites existants ou temporaires sur le périmètre et aux alentours du Cap, Ville Candidate aux JO 2004. Des travaux qui ont par la suite profité d’une visite en France à l’occasion des Jeux d’été de Paris 2024 par les porteurs de cette initiative.

Quoiqu’il en soit, et ainsi que l’a indiqué la Présidence de la République dans la déclaration officielle de ce jour, comme pour prouver sa détermination à aller de l’avant :

Ce dialogue avec le CIO est une démarche préliminaire et exploratoire essentielle pour faire progresser la candidature de l’Afrique du Sud à l’obtention de l’organisation des Jeux Olympiques et Paralympiques de 2036 ou de 2040.

Le Cabinet gouvernemental est confiant quant à la capacité de l’Afrique du Sud à accueillir les Jeux Olympiques, compte tenu de ses infrastructures disponibles.

La déclaration ainsi formulée fait d’ailleurs quelque peu écho aux encouragements formulés l’an dernier par celui qui occupait alors les fonctions de Président du CIO, Thomas Bach, et qui, au milieu de la décennie 1990 dirigeait la Commission d’Évaluation lorsque Le Cap fut l’une des postulantes aux Jeux de 2004.

La déclaration intervient en outre à un moment particulier, sachant que le CIO est désormais présidé par Kirsty Coventry, première femme et première personnalité africaine à ce poste.

Kirsty Coventry à la tribune de la 144e Session du CIO après son élection à la présidence, le 20 mars 2025 (Crédits – IOC / Greg Martin)

Certes, l’arrivée au sommet du Mont Olympe de l’ex-Ministre des Sports du Zimbabwe peut être perçue comme une aubaine pour les prétentions du continent africain. Il n’empêche, cela ne présage en aucune façon de la destinée de la candidature sud-africaine ou d’une autre issue du même continent ; le cas de Thomas Bach, ancien leader de la Confédération Allemande des Sports Olympiques (DOSB), étant un exemple dans ce domaine.

Malgré plus de trois décennies dans les arcanes du pouvoir olympique à Lausanne et plus particulièrement un double mandat présidentiel dans le fauteuil du Baron Pierre de Coubertin, Thomas Bach n’a jamais pu apprécier l’attribution d’une édition des Jeux à l’Allemagne et ce, bien que le pays ait multiplié les tentatives de Berlin 2000 à Leipzig 2012, en passant par Munich 2018, Munich 2022 et, plus récemment, Hambourg 2024.

Pour l’Afrique du Sud, la nouvelle approche adoptée par les autorités est en tout cas de nature à repositionner le pays aux yeux du CIO.

Bien sûr, le processus de sélection des Futurs Hôtes a été remis à plat, plus tôt cette année à l’initiative de Kirsty Coventry – soucieuse d’imprimer sa vision du Mouvement olympique -, mais l’intérêt exprimé ce jour survient tout de même en sachant que d’une part, le Qatar a récemment eu l’occasion de montrer les muscles, que, dans le même temps, la candidature de l’Inde a été affaiblie et que, d’autre part, l’Allemagne monte en puissance pour espérer reprendre le flambeau des Jeux pour le continent européen.

D’autres pays, comme la Corée du Sud, ont également fait part d’un intérêt pour une quête des Jeux qui, jusqu’à présent, semblait mettre en exergue la rivalité entre l’Asie et l’Europe pour se partager 2036-2040.

Aussi, en ravivant aujourd’hui sa marque d’intention en direction du CIO et des Jeux, l’Afrique du Sud entend prendre date, quinze ans après avoir opéré l’organisation de la Coupe du Monde de football, et s’affirmer par conséquent comme une rivale à surveiller dans les mois qui viennent.

A noter que, hasard ou non, l’approbation de l’entrée dans la phase de dialogue continu avec le CIO a été officialisée à moins d’une semaine de la venue en Afrique du Sud du Sommet du G20 qui, malgré l’absence de leaders de premier plan pour les États-Unis – en conflit diplomatique avec les dirigeants sud-africains – et la Chine, pourrait constituer en coulisses une opportunité de promouvoir l’ambition olympique et paralympique de la « nation arc-en-ciel ».


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