A environ 45 jours de la Cérémonie d’ouverture des Jeux Olympiques de Paris 2024, la France s’installe dans une crise politique majeure avec, à l’aune des résultats nationaux des élections européennes, l’annonce par le Président de la République de la dissolution de l’Assemblée Nationale et la convocation de facto d’élections législatives anticipées devant avoir lieu entre fin juin et début juillet.

Alors que la livraison des sites sportifs s’opère peu à peu, et que les installations éphémères se déploient les unes après les autres dans le paysage francilien, à l’image du stade d’escalade au Bourget (Seine-Saint-Denis) ou des équipements prévus le long de la Seine à Paris, le contexte politique national est brutalement venu rappeler aux organisateurs des Jeux et au Comité International Olympique (CIO) la complexité du système institutionnel français.
Si le mille-feuille administratif a toujours été un point de vigilance de l’institution olympique lors de l’examen des candidatures tricolores, la mise à l’épreuve n’a toutefois jamais pris la tournure de la présente actualité.
De fait, après avoir connu les élections régionales de 2015 qui avaient conduit à une alternance à l’échelle de l’Île-de-France entre la majorité de gauche et la nouvelle présidente de droite, puis le scrutin présidentiel de 2017 qui avait porté au pouvoir Emmanuel Macron, le Comité de Candidature – puis d’Organisation (COJO) – de Paris 2024 n’avait jusqu’alors pas connu de bouleversement institutionnel de grande ampleur. Certes, les Municipales de 2020, quoique orchestrées dans le contexte singulier de la pandémie mondiale de Covid-19, avaient, au-delà du statu quo parisien, donné quelques sueurs froides rapidement balayées du côté de Marseille (Bouches-du-Rhône) où la nouvelle majorité élue avait un temps voulu renégocier la participation de la Cité Phocéenne dans l’ordonnancement des Jeux.
Aujourd’hui, le contexte a cependant évolué au regard des résultats des élections européennes qui se sont déroulées ce dimanche 09 juin 2024.
Face à la déroute de son camp, le Chef de l’État a en effet décidé de dissoudre l’Assemblée Nationale, entraînant par conséquent la convocation d’élections législatives anticipées.
Comme le prévoit l’article 12 de la Constitution :
Les élections générales ont lieu vingt jours au moins et quarante jours au plus après la dissolution.
Dans le cas présent, Emmanuel Macron a d’ores et déjà fixé les dates du scrutin, à savoir le 30 juin pour le premier tour et le 07 juillet pour le second.
Cette situation place dès lors les Jeux dans une situation quelque peu ubuesque, l’issue des élections à venir devant avoir lieu moins d’un mois avant l’ouverture de l’événement sportif planétaire pour lequel des milliers d’athlètes, des millions de spectateurs et des dizaines de Chefs d’État et autres dignitaires étrangers sont attendus à Paris et en France.
Le Président de la République engage ici un véritable coup de poker, faisant le constat d’un blocage parlementaire consécutif aux législatives de 2022, législatives qui n’avaient alors pas permis de dégager une majorité absolue pour ses troupes, et d’un contexte national où l’extrême droite atteint un niveau inédit pour un scrutin européen.
Bien sûr, la convocation de nouvelles élections n’aura pas une incidence capitale sur les préparatifs des Jeux de Paris 2024, les organisateurs maintenant le cap en sachant que les affaires courantes sont de toute façon assurées par le gouvernement en exercice, notamment sur le volet sécuritaire.
Il n’empêche, au-delà d’un éventuel impact que pourrait in fine avoir un basculement parlementaire, le CIO regarde sans doute avec circonspection l’actualité politique française du moment, surtout en tenant compte de l’attribution prochaine des Jeux d’hiver de 2030… aux Alpes françaises, à l’occasion de la Session du CIO du 24 juillet 2024.
Or, le ficelage du dossier technique n’est pas encore complet.
Pour preuve, outre les problématiques portant sur la répartition des sites, la candidature tricolore demeurait la semaine passée dans l’attente de la garantie de l’État, garantie qui devait être fournie par le Premier Ministre, avec l’aval du Président de la République, avant la date limite du 11 juin, soit à la veille de la réunion de la Commission Exécutive du CIO au cours de laquelle la Commission de Futur Hôte des Jeux d’hiver doit exposer son Rapport.
Le CIO se retrouve ici dans une situation sans précédent, tout du moins sur un tel espace-temps restreint.
L’institution va en effet être amenée à poursuivre son travail avec un même Hôte pour deux événements majeurs – Jeux d’été de Paris 2024 et Jeux d’hiver des Alpes françaises 2030 – le tout dans un contexte de fortes tensions politiques. Car quelque soit le résultat du scrutin des 30 juin et 07 juillet 2024, il est à parier que les critiques virulentes à l’endroit du Chef de l’État perdureront jusqu’à la prochaine échéance présidentielle programmée pour le printemps 2027. A moins que le Président ne décide finalement de remettre son propre mandat en jeu, ce que certains commentateurs politiques ont déjà commencé à évoquer dès hier soir.
Toute proportion gardée, cela rappelle une autre situation délicatement perçue du côté de Lausanne, à savoir le cas de Rio 2016.
A l’époque, l’organisation des Jeux avait été parasitée par la crise sociale et politique brésilienne, le pays connaissant alors d’immenses manifestations dans les rues des grandes villes et l’enclenchement d’une procédure de destitution à l’encontre de la Présidente, Dilma Roussef. Cette crise avait propulsé sur le devant de la scène son Vice-Président et futur successeur, Michel Temer, qui avait été copieusement sifflé au soir de la Cérémonie d’ouverture.
Les préparatifs brésiliens avaient par ailleurs été aggravés par les retards et les critiques portés sur les chantiers olympiques dans un contexte de grande bureaucratie.
Plus récemment, le CIO a aussi observé les mutations institutionnelles opérées en Australie, avec d’abord l’alternance à l’échelle de l’État Fédéral puis un changement de Premier Ministre à la tête du Queensland. Mais dans ce cas précis, l’échéance des Jeux de Brisbane ne devant intervenir qu’en 2032 permet une plus grande marge de manœuvre et une adaptabilité tant pour les organisateurs que pour les pouvoirs publics.
Pour le cas français, l’institution de Lausanne (Suisse) affiche officiellement sa confiance.
Actuellement présent à Paris – où il a notamment salué la récente pose des anneaux olympiques sur la Tour Eiffel – Thomas Bach a ainsi évoqué ce lundi 10 juin 2024 l’unité qui a fait la force de la candidature et des préparatifs d’organisation des Jeux de Paris 2024.
Comme l’a affirmé le Président du CIO en marge de la visite d’une école en présence de la Maire, Anne Hidalgo :
C’est un processus démocratique qui ne va pas perturber les Jeux.
Nous voyons une grande unité en faveur des Jeux Olympiques de Paris 2024.
On sent l’enthousiasme qui est évident ici et, c’est pourquoi, la France est habituée à faire des élections, et ils vont le faire encore une fois, et on aura un nouveau gouvernement et un nouveau Parlement, et tout le monde va supporter les Jeux Olympiques.
Les semaines à venir permettront d’éclaircir la situation.
Preuve que les Jeux restent un totem à préserver pour au moins une partie de la sphère politique, Marine Le Pen, chef de file du Rassemblement National – mouvement politique arrivé largement en tête du scrutin de ce dimanche – avait récemment évoqué la possibilité pour le Président Macron de dissoudre l’Assemblée Nationale, mais en attendant le mois de septembre et la fin de la période olympique et paralympique.
Le Chef de l’État n’aura finalement pas attendu.
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