JO 2036-2044 : Soutien populaire mitigé pour une candidature berlinoise

La perspective d’une candidature olympique et paralympique de Berlin, dans la course à l’investiture allemande aux côtés de trois autres prétendants, suscite, pour l’heure, un relatif soutien de la part de la population de la capitale fédérale et ce, alors que les autorités envisagent la tenue prochaine d’un référendum.

Vue du parvis et du Stade Olympique de Berlin (Crédits – Site officiel de l’Olympiastadion Berlin)

Candidate malheureuse aux Jeux de l’an 2000, puis tentée par la course aux Jeux de 2024 avant d’être écartée au profit de Hambourg pour porter les couleurs de l’Allemagne, Berlin pourrait bien à nouveau regarder le dénouement de la course aux Jeux Olympiques et Paralympiques depuis les coulisses.

La capitale fédérale allemande – qui a présenté les grands axes de son projet à la fin du mois de mai dernier – rencontre en effet une timide adhésion populaire à en croire un récent sondage réalisé par « Infratest Dimap » pour le compte de la plateforme de médias « RBB » (RBB24 et RBB 88.8)*.

Ainsi, seules 46% des personnes interrogées se déclarent aujourd’hui favorables à l’idée d’une candidature berlinoise dans la quête d’une prochaine édition des Jeux Olympiques et Paralympiques d’été. A l’inverse, 43% des sondés se disent opposés à une telle entreprise, démontrant dès lors un solide socle hostile.

Mais alors que les autorités locales envisagent la tenue d’un référendum d’ici juin 2026 pour trancher la question d’une candidature aux Jeux, la clé du succès – ou de la déroute – pourrait bien venir des 10% de personnes indécises.

A mesure que le projet sera affiné et précisé aux yeux de l’opinion publique, le taux d’indécis devrait se réduire, avec un basculement d’un côté ou de l’autre.

Bien sûr, ces données émanent d’un sondage, soit une enquête réalisée à un instant déterminé. Il n’empêche, eu égard aux chiffres d’ores et déjà serrés et au soutien populaire mitigé en résultant, l’issue du référendum à venir apparaît des plus incertaines.

De quoi susciter l’inquiétude des porteurs de la candidature, et peut-être aussi la satisfaction des concurrentes de ladite candidature qui, elles-aussi, vont programmer une consultation populaire dans les mois prochains, à l’image de Munich qui a déjà annoncé son intention d’organiser un référendum le 26 octobre 2025.

De manière plus approfondie, le sondage réalisé à l’échelle de Berlin indique un appui légèrement supérieur dans les quartiers de l’Ouest de la capitale fédérale (47% – 42%), tandis que les taux sont presque à égalité au niveau des quartiers de l’Est (45 % – 44%).

Autre enseignement à retenir – et non des moindres dans l’optique d’un référendum – le soutien à l’égard de la candidature est plus marqué au sein des 16-34 ans, bien que l’adhésion reste timorée (52% pour, 32 % contre et 15% d’indécis) pour une catégorie d’âge habituellement nettement plus enthousiaste lorsqu’il s’agit d’évoquer la venue des Jeux dans un territoire.

Les 35-49 ans restent eux-aussi favorables à l’idée d’une candidature (47% – 42% – 10%), tandis que les catégories plus âgées se démarquent par une opposition plus ou moins tranchée : 50% parmi les 50-64 ans et 46% parmi les plus de 64 ans.

Concernant l’adhésion à la candidature eu égard aux appartenances partisanes, il ressort de l’enquête sondagière que les électeurs des deux grandes formations politiques du pays – la CDU (61%) et le SPD (58%) – sont majoritairement favorables à la perspective d’une nouvelle offre olympique et paralympique de la capitale fédérale, avec aussi un soutien légèrement en-dessous du seuil des 50% chez les partisans du parti écologiste Grüne (48%).

A l’inverse, les électeurs des partis d’extrême gauche (Die Linke) et d’extrême droite (AfD) se montrent davantage sceptiques, avec un rejet de l’ordre de 48% chez les premiers et de 49% chez les seconds. Pour ces derniers, le niveau d’indécis atteint même les 17%, tandis que les soutiens à une candidature ne sont que 32%.

Cartographie générale du concept olympique de Berlin+ présenté mardi 27 mai 2025 (Crédits – Département de l’Intérieur et des Sports du Sénat de Berlin)

De manière générale, les opposants à une candidature berlinoise expriment leur crainte d’une projet dispendieux et dont les aménagements ne seraient pas forcément utiles à la population et au territoire.

Aussi, il apparaît capital que les porteurs de la candidature fassent un travail explicatif relevé lorsqu’ils devront présenter les contours détaillés du projet qui, aujourd’hui, repose sur un concept fondé sur la mobilisation de plus de 90% de sites existants ou temporaires au travers de Jeux ouverts sur les territoires, quatre Länder étant en outre associés aux côtés de Berlin.

Ce nécessaire effort de pédagogie – pour rassurer au maximum la population et tenter, sinon de convaincre les opposants, tout du moins de rallier les indécis – est d’autant plus important que Berlin doit certainement garder à l’esprit les déboires de Hambourg qui, après être sortie victorieuse de la course interne pour les JO 2024, avait dû affronter les urnes avec un résultat bien éloigné des espoirs formulés durant le développement du projet.

Il faut dire qu’à l’époque, la ville portuaire avait tardé à exposer les chiffres-clés de son ambition olympique et paralympique, ne faisant la présentation des détails budgétaires que dans les dernières semaines avant la consultation populaire qui avait in fine fait dérailler la candidature, conduisant celle-ci à l’abandon soudain dès l’automne 2015.

Dans sa quête des Jeux, Berlin devra également être en mesure de proposer une candidature dépassant les clivages entre les partisans d’un projet par-delà les échéances disponibles, et ceux qui militent pour un projet déployé sur une édition autre que celle de 2036 qui renverrait selon eux au souvenir des Jeux de Berlin 1936, agencés et coordonnées par le régime nazi.

Pour Berlin en tout cas, la course aux anneaux olympiques et aux agitos paralympiques ne sera pas de tout repos.

Car la cité pourrait aussi payer son statut de capitale fédérale. Un paradoxe alors que cela peut être perçu comme un imparable argument dans nombre de pays.

Dans le cas présent, la position institutionnelle de Berlin n’est d’ailleurs pas sans rappeler celle de Washington (District of Columbia) qui, engagée dans la bataille pour l’investiture américaine en vue des JO 2024, avait été lourdement pénalisée par ce statut singulier, au détriment notamment de Boston (Massachusetts) qui fut initialement sélectionnée par le Comité Olympique des États-Unis (alors USOC, devenu depuis USOPC).

* Sondage réalisé en juin 2025 auprès d’un échantillon représentatif de 1 148 personnes.


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