Au cours d’une réunion en présence des acteurs engagés dans le projet olympique et paralympique des Alpes françaises 2030, Michel Barnier a distillé un message pragmatique entre ambition et sobriété, alors que le Comité d’Organisation des Jeux (COJO) – dont on sait désormais qu’il sera présidé par un sportif – doit se mettre en place dans les semaines qui viennent.

Trouver l’équation adéquate pour assurer la bonne gouvernance des Jeux et la mise en œuvre des préparatifs d’organisation de l’événement. Voilà donc le défi habituellement posé dans le cadre de l’accueil des Jeux Olympiques et Paralympiques.
Pour les Alpes françaises 2030, cet exercice de style est toutefois agrémenté d’un périlleux challenge supplémentaire, avec la recherche constante d’un équilibre entre les territoires et peut-être davantage encore entre les acteurs politiques mobilisés.
Car en fusionnant l’ambition de deux Régions – Auvergne-Rhône-Alpes et Provence-Alpes-Côte-d’Azur – pour viser l’échéance 2030 en lieu et place d’une candidature susceptible d’être incarnée par l’une ou par l’autre à horizon 2034 ou 2038, l’empreinte politique s’est faite d’autant plus présente.
La présentation de la candidature avait d’ailleurs donné lieu à une parfaite mise en exergue de cette dimension politique, reléguant au second plan l’aspect sportif pourtant déterminant pour prétendre à recevoir les Jeux. De fait, le choix des clusters sportifs et la répartition des grands marqueurs des Jeux comme la sectorisation des Cérémonies ont été dictés par cette recherche d’équilibre.
Depuis, le sujet politique est resté en très bonne position, comme en témoigne ces dernières semaines la problématique autour de l’implantation des structures de gouvernance entre les Alpes du Nord et les Alpes du Sud.
Jusqu’à peu de temps, il était par ailleurs possible d’envisager la nomination d’une personnalité politique – ou tout du moins issue de la société civile – pour présider le futur Comité d’Organisation (COJO). Une hérésie si l’on se penche sur les tentatives passées pour les dossiers olympiques et paralympiques français – Paris 2012 et Annecy 2018 en tête – et surtout sur les leçons à retenir de la réussite de Paris 2024.
In fine, il est aujourd’hui acquis que la présidence du COJO sera assurée par un sportif.
Selon toute vraisemblance, le match devrait se jouer en coulisses entre deux biathlètes, à savoir Martin Fourcade, qui s’est récemment positionné, fort de son statut de membre du Comité International Olympique (CIO) et de Président de la Commission des Athlètes de Paris 2024, et Vincent Jay, acteur-clé dans l’émergence et l’élaboration du projet des Jeux sur le secteur régional Auvergne-Rhône-Alpes.
Derrière le leader qui incarnera le projet des Alpes françaises auprès du CIO, des Fédérations Internationales, de l’État, des Collectivités Territoriales, mais encore des acteurs privés pour le financement et de l’opinion publique pour l’adhésion populaire, les autres composantes de la gouvernance des Jeux devront être opérationnelles dans les meilleurs délais pour respecter le calendrier imposé par la livraison des Jeux en début d’année 2030.
Plus tôt ce mois-ci, deux Décrets ont en ce sens permis d’amorcer l’installation de la Délégation Interministérielle aux Jeux Olympiques et Paralympiques (DIJOP) et de façonner deux Comités accordant une large place aux Ministères.
Aussi, en réunissant ce jeudi 24 octobre 2024 les divers acteurs engagés autour de l’ambition olympique et paralympique pour 2030, à savoir les représentants des exécutifs régionaux et des représentants du Mouvement sportif tricolore, le Premier Ministre a souhaité poser les jalons des prochains mois.
Depuis l’Hôtel de Matignon (7e arrondissement de Paris), Michel Barnier et ses invités ont ainsi évoqué le cadrage institutionnel.
Pour le COJO, aux côtés du futur Président de l’instance, devraient notamment siéger un Directeur Général et un Bureau exécutif rassemblant les parties au projet dans un équilibre parfait entre acteurs sportifs et acteurs politiques.
Au-delà du Comité d’Organisation – dont l’implantation en Auvergne-Rhône-Alpes est certaine, même si le choix de la localisation précise fait encore débat – les discussions de ce jeudi ont aussi tourné autour de la Société de Livraison des Ouvrages Olympiques (SOLIDEO).
Appelée à prendre corps sur un modèle semblable à celle liée à Paris 2024, cette instance complémentaire s’installera en Provence-Alpes-Côte-d’Azur, sans doute à Marseille (Bouches-du-Rhône), selon le souhait émis par le Président de la Région, Renaud Muselier.
Plus globalement, Michel Barnier a aussi profité de cette réunion au sommet pour porter un message mêlant l’affirmation d’une ambition dans un territoire faisant partie des berceaux des sports d’hiver et la volonté de suivre une certaine sobriété tant sur le plan financier que sur le volet environnemental.
L’ancien élu savoyard est en effet bien conscient que ces deux éléments-clés des préparatifs seront scrutés de près à mesure que les préparatifs s’accéléreront, plus encore que pour Paris 2024, le modèle des Jeux d’hiver étant spécifique.
Surtout, en ayant à l’esprit la nécessité de graver dans le marbre législatif une loi olympique et paralympique au cours du premier trimestre 2025, après avoir signé la garantie de l’État en cet automne 2024, Michel Barnier est également tout à fait conscient qu’il travaille aujourd’hui sur un siège éjectable eu égard à la crise politique persistante du fait de l’absence de majorité absolue à l’Assemblée Nationale et de la fragilité de l’équilibre politique trouvé jusqu’à présent au centre et à la droite de l’échiquier.
Aussi, en imposant sa marque de fabrique, celui qui fut co-Président du Comité d’Organisation des Jeux d’hiver d’Albertville 1992 entend guider au mieux les acteurs en présence, avec pragmatisme, sang-froid et détermination.
Comme pour faire un lien entre les JO 1992 – qui sont aujourd’hui encore considérés comme un modèle du genre dans les arcanes olympiques – et l’édition de 2030 qui devra nécessairement façonner un nouveau schéma organisationnel pour tenir compte de la problématique climatique, Michel Barnier veut pouvoir compter sur le regard avisé d’un certain Jean-Claude Killy.
Amis de longue date, les deux hommes se connaissent bien pour avoir dirigé les Jeux d’Albertville. Récemment, ils s’étaient d’ailleurs entretenus à l’Hôtel de Matignon – première rencontre non-politique du Premier Ministre depuis sa nomination – et prochainement, le triple Champion Olympique de ski alpin des JO 1968 pourrait avoir un rôle symbolique mais néanmoins fort pertinent dans le contexte actuel.
Au cœur du futur Conseil d’administration des Alpes françaises 2030, Jean-Claude Killy pourrait ainsi occuper un siège en tant que personnalité qualifiée.
Ce retour au premier plan sonnerait comme une reconnaissance ultime pour l’attachement de l’ancien skieur au territoire alpin et pour l’engagement de celui-ci vis-à-vis des valeurs olympiques, lui qui fut particulièrement pointé du doigt – en France – pour sa proximité avec le Président de la Fédération de Russie, Vladimir Poutine, lorsqu’il occupa les fonctions de Président de la Commission de Coordination des Jeux d’hiver de Sotchi 2014.
Avec une telle venue, nul doute que la cartographie des sites retenus pour l’accueil des JO 2030 pourrait se trouver impacter, Jean-Claude Killy étant notamment un fervent partisan de l’intégration de Val d’Isère (Savoie) au sein du dispositif.
Sa connaissance des rouages olympiques – lui qui demeure très respecté au CIO malgré son retrait de la scène – pourrait en outre être d’une précieuse utilité pour les organisateurs des JO 2030 d’ores et déjà engagés dans une épreuve de contre-la-montre.
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