A peine le dialogue ciblé a-t-il été ouvert avec la candidature des Alpes françaises en vue des Jeux d’hiver de 2030 qu’apparaît déjà un point de crispation autour de la carte des sites qui, après avoir été présentée le 07 novembre dernier, doit désormais être finalisée.

Comme attendu, la Commission Exécutive du Comité International Olympique (CIO) a fait connaître sa décision concernant l’enclenchement de la phase de dialogue ciblé dans le cadre du processus décisionnel entourant l’attribution à venir des Jeux d’hiver de 2030.
Mercredi 29 novembre 2023, ladite Commission a ainsi suivi les recommandations de la Commission de Futur Hôte, en poursuivant la discussion avec la candidature des Alpes françaises pour l’édition 2030 et avec celle de Salt Lake City (Utah, États-Unis) pour l’échéance 2034.
Mais alors que la seconde a d’ores et déjà célébré le retour annoncé des Jeux d’hiver sur son sol, après avoir accueilli les JO 2002, la première candidature connaît pour sa part un début de polémique en ce qui concerne la localisation des futures compétitions.
De fait, dès vendredi 1er décembre 2023, les porteurs du projet ont fait savoir que deux des stations initialement présentées sur la carte des sites dévoilée le 07 novembre dernier devraient in fine être écartées du dispositif et ce, suivant les recommandations formulées par l’institution olympique pour réduire le nombre de sites à mobiliser.
Concrètement, Val d’Isère (Savoie), pour les slaloms féminin et masculin de ski alpin, et Isola 2000 (Alpes-Maritimes), pour le ski cross et le snowboard cross sortent de la carte et n’accueilleront donc pas de compétitions, sauf à envisager une nouvelle refonte du projet.
Pour plus de compacité, et bénéficiant certainement de l’apport des Championnats du Monde organisés du 06 au 19 février 2023, Méribel récupère ainsi le slalom féminin, disposant dès lors de l’intégralité des épreuves féminine de ski alpin, tandis que Courchevel voit arriver le slalom masculin, confortant son statut pour le ski alpin, en sus de l’accueil prévu des épreuves de combiné nordique et de saut à ski.
Concernant le ski cross et le snowboard cross, et conformément à l’accord liant les deux Régions pour une juste répartition des épreuves, les deux disciplines devraient rester en Provence-Alpes-Côte-d’Azur en prenant la direction de Serre-Chevalier et/ou de Montgenèvre dans le département des Hautes-Alpes.
L’annonce de ce recalibrage du projet – pour partie pressenti avant même le dévoilement de la carte au début du mois de novembre – a immédiatement suscité l’incompréhension du côté des sites concernés, mais également auprès de Jean-Claude Killy, légende du ski alpin, triple Champion olympique lors des Jeux de Grenoble 1968 et membre honoraire du CIO.
Ainsi qu’il l’a fait savoir ce jour dans un communiqué :
Je suis attristé et scandalisé par la décision péremptoire de retirer Val d’Isère du dispositif des JO 2030.
On a ainsi jeté sans analyse, sans concertation et sans fondement rationnel un pan entier de l’histoire du ski de compétition.
[Val d’Isère devrait rester sur la carte compte-tenu] de l’excellence de ses pistes et de ses infrastructures toutes existantes et rodées, son expertise de l’organisation, son histoire forte et sa passion pour le ski de compétition et l’Olympisme.
Dénonçant une décision qu’il juge précipitée, celui qui fut, des années durant, l’un des membres influents de l’institution olympique après avoir été un acteur-clé de l’organisation des Jeux d’Albertville 1992 a aussi précisé :
Ce n’est pas moi, c’est l’autre. C’est ce que j’entends aujourd’hui.
Personne, dans tous les échanges que j’ai pu avoir au cours des dernières heures, n’en assume la responsabilité. Il semblerait que le dialogue qui devait durer jusqu’au printemps soit déjà terminé.
[…] Je pense qu’il est important de reconsidérer cette décision.
Voix respectée du sport tricolore bien qu’en retrait depuis plusieurs années, Jean-Claude Killy espère sans doute – avec cette déclaration forte – que le délai accordé par le CIO à la candidature pour finaliser son concept général sera pleinement utilisé pour réexaminer les conditions d’accueil des épreuves.
Pour rappel, la candidature des Alpes françaises doit présenter son projet technique, de la carte au modèle de financement en passant par les garanties institutionnelles indispensables, d’ici le mois de mars 2024.
Quelques semaines plus tard, courant avril, la Commission de Futur Hôte procédera sur cette base à une visite des sites, avant d’établir un rapport en juin 2024, un mois avant la désignation formelle attendue pour la Session du CIO qui se tiendra du 22 au 24 juillet 2024 à Paris en amont de l’ouverture des Jeux d’été dans la capitale française.
Dans le laps de temps qui lui est imparti, la candidature française doit également préciser ses plans pour le patinage de vitesse, sachant que le projet ne prévoit pas la construction d’un Anneau de vitesse pérenne.
Aussi, deux options restent sur la table, avec soit la mobilisation d’un site dans un pays européen limitrophe, soit l’aménagement d’un site temporaire dans l’une des deux Régions parties au projet.
Outre le cas du patinage de vitesse, la question d’une nouvelle patinoire doit aussi être tranchée du côté de Nice. Dans l’optique d’abriter une partie des épreuves de glace, la ville des Alpes-Maritimes ambitionne en effet de bâtir un écrin flambant neuf de 12 000 places – avec une jauge réduite de moitié à l’issue des Jeux – dans le secteur de la Plaine du Var, non loin de l’Allianz Riviera.
Reste par ailleurs le cas du site de snowboard pour les Jeux Paralympiques dont la localisation n’est pas actée. A ce jour, une mutualisation avec les épreuves olympiques n’est pas envisagée.
Au-delà des sites destinés à recevoir les compétitions olympiques et paralympiques, d’autres points en suspens devront être affinés par les porteurs de la candidature. Cela concernera notamment le financement des Jeux – avec un budget d’organisation aujourd’hui évoqué aux alentours de 1,5 milliard d’euros – mais encore l’emplacement des Villages des Athlètes et le cadrage envisagé pour la Cérémonie d’ouverture, aucun lieu déterminé n’ayant pour l’heure été présenté.
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La cacophonie semble se répandre sur cette candidature précipitée sans concertation.
– Etrange qu’on n’envisage pas de rentabiliser, pour une fois, l’Azur Arena d’Antibes (5300), qui pourrait à moindre frais héberger le curling à 20mns du stade de Nice.
– Etrange qu’on n’envisage pas de mutualiser un projet d’Arena d’Euroligue de basket (de 9 à 10 milles places, d’ores et déjà obligatoire) de son altesse à Monaco (là encore seulement 20mns de trajet). Ce qui aurait forcément l’aval du CIO, avec une référence historique du Rocher dans l’accueil d’une compétition Olympique (et qui prendrait à sa charge le coût de cette salle sans pb).
– Etrange qu’on ne cherche pas à rentabiliser un Palais Nikaia structurellement déficitaire depuis des décennies, en profitant de ses larges portes de fond de scène, pour y loger une immense tribune de 3 à 5 milles places (ex : Iekaterinebourg arena pour la CdM2018) pour avoir une grosse arena de 9 à 12 milles places). D’autant plus étrange, qu’on préfère lui attribuer une concurrence cannibale d’une autre arena bien plus moderne juste à qqs mètres, qui post JO ne sera pas tenable pour les finances locales.
– Etrange qu’on ne profite pas de l’héritage des JO passés. En particulier la Halle Olympique d’Albertville ou la patinoire de Méribel, par ex. (tous 2 sur la carte des sites envisagés) qui ne sont absolument pas cités dans les coms sur cette candidature. On peut également penser à Briançon et Chamonix qui sont de gros leaders en hockey/Ligue Magnus. Alors qu’on voit même des cartes qui prennent en compte la glace à Marseille ou Gap, très éloignés, bien qu’on cherche à réduire les sites au max.
Et quid du site d’accueil de la cérémonie d’ouverture dont personne ne parle et qui est pourtant le point quasi le plus important ?
Pour finir, je verrai bien une piste longue pérenne dans la plaine de Serre Chevalier ou Montgenèvre.
Effectivement, nombre de points restent en suspens.
Pour aller plus loin, je vous invite à consulter l’article publié ce mercredi, avec d’ailleurs un comparatif avec Salt Lake City : https://sportetsociete.org/2023/12/05/jo-2030-2034-les-candidatures-a-lheure-du-dialogue-cible-avec-le-cio/