Alors que l’Italie se prépare à la réception des Jeux d’hiver de 2026, des voix s’élèvent aujourd’hui pour encourager l’émergence d’une candidature pour un événement de plus grande envergure encore, à savoir les Jeux Olympiques et Paralympiques d’été, avec possiblement un projet autour de Florence et de la Toscane.

De toute l’histoire des Jeux d’été, l’Italie n’a jusqu’à présent organisé l’événement qu’une seule fois, en 1960 à Rome. Depuis, la péninsule a maintes fois tenté sa chance pour reprendre le flambeau estival, sans jamais y parvenir, entre déconvenues lors des scrutins olympiques et abandons désastreux, en particulier avec les projets de Rome 2020 et 2024.
Or, dans la foulée des Jeux de Paris 2024 qui se sont achevés le 11 août dernier à l’issue d’une quinzaine sportive grandiose du fait de la qualité des sites mobilisés et de la ferveur populaire sans précédent relevé dans les enceintes sportives et en dehors, certains se mettent aujourd’hui à rêver d’une nouvelle ambition italienne.
Si la « Ville Lumière » a dû patienter un siècle pour revoir les Jeux, après des candidatures infructueuses et parfois des tensions avec le Comité International Olympique (CIO), la capitale française est finalement parvenue à renouer le lien et la confiance pour obtenir l’organisation des JO 2024.
Ce long cheminement – il faut en convenir – pourrait de facto inspirer les autorités italiennes dans la perspective d’une éventuelle candidature pour les Jeux d’été. Avant cela bien sûr, lesdites autorités doivent d’abord se concentrer sur la livraison – à certains égards chaotiques – des Jeux d’hiver de Milan-Cortina 2026, avant de se consacrer ensuite sur l’accueil probable en Lombardie des Jeux Olympiques de la Jeunesse 2028 pour lesquels la région milanaise est actuellement en dialogue ciblé avec le CIO.
Il n’empêche, en cas de succès pour la première des deux manifestations précitées, l’élan autour d’un nouveau projet estival pourrait rapidement se faire jour de l’autre côté des Alpes, à la condition évidemment que les pouvoirs publics viennent en soutien d’un projet porté par le Comité National Olympique Italien (CONI) présidé par Giovanni Malago.
Ce dernier avait bien eu des mots forts au moment où Rome s’apprêtait à quitter la course des JO 2024. Mais ce propos n’avait pas empêché le CONI de soumettre quelques mois plus tard l’idée d’une candidature aux Jeux d’hiver avec le succès que l’on connaît, Milan-Cortina 2026 ayant réussi à s’imposer face à la candidature suédoise de Stockholm-Åre en juin 2019.
Ainsi que l’avait pourtant affirmé Giovanni Malago à la mi-septembre 2016 :
Pour les 30 ou 50 ans qui viennent, nous dirons au revoir aux Jeux.
[…] La candidature est devenue un jeu complexe qui ne concerne plus seulement le sport, mais qui est désormais orienté pour moitié par la politique.
Lucide, celui qui est membre du CIO depuis 2019, faisait alors ce constat à l’aune d’une situation politique locale des plus tendues, la nouvelle Maire de Rome, Virginia Raggi finissant par mettre ses menaces à exécution en ne soutenant pas la candidature de la « Ville Éternelle ». L’homme fort du sport italien faisait aussi ce constat au regard du retrait soudain de la candidature de Rome 2020 pour – déjà – des raisons politico-économiques avec cette fois-là une décision prise au niveau du gouvernement transalpin.
Par la suite, la candidature de Milan-Cortina 2026 ne fut pas épargnée par les tensions politiques et autres querelles territoriales jusque dans les préparatifs, et il en sera certainement de même avec une éventuelle candidature aux Jeux d’été, ne serait-ce que pour déterminer les parties appelées à incarner le projet et à accueillir le moment venu l’événement planétaire.
Ces derniers jours, Matteo Renzi a en tout cas partagé son point de vue sur la question.
Ainsi que l’a exposé l’ancien Président du Conseil italien (2014-2016) sur le réseau social X (ex-Twitter), le 12 août 2024, soit au lendemain de la Cérémonie de clôture des Jeux de Paris 2024 :
Je l’avoue. Les Jeux Olympiques me rendent fou. Ils incarnent le triomphe du sport et donc la victoire des plus belles valeurs humaines. C’est aussi pour cela que nous avions lancé la candidature de Rome 2024 : cela aurait été merveilleux. Maintenant que les émotions sont archivées dans le cœur, deux choses restent à faire.
La première : empêcher le gouvernement de tenter de mettre la main sur la gestion du CONI. Le sport est et doit rester indépendant.
La seconde : rêver de l’avenir. Nous avons raté le train de 2024, mais il est désormais temps de planifier la prochaine opportunité. En 2028, les Jeux Olympiques auront lieu à Los Angeles, en 2032 en Australie, en 2036 en Asie, et espérons-le, en Inde.
Si nous voulons avoir une chance, nous devons attendre le cycle européen de 2040. Rome s’est éliminée d’elle-même. Milan aura les Jeux Olympiques d’hiver.
C’est au tour d’un autre territoire italien.
Dans la même publication, l’ancien Maire de Florence (2009-2014) et figure du Parti Démocrate italien va plus loin encore, en évoquant une possible candidature de la ville, berceau et fleuron de la Renaissance.
Comme l’explique Matteo Renzi :
J’aimerais beaucoup que ce soit Florence et la Toscane : elles ont tout pour accueillir les Jeux Olympiques. Pensez à la splendeur mondiale de Jeux Olympiques toscans, ce serait une bombe médiatique, quelle beauté !
[…] Un projet comme celui-ci prend des années mais il peut faire la différence. Ce serait bien d’essayer.
Tel un véritable appel du pied, le natif de Florence tente ici de réveiller l’ambition d’un territoire qui fut par le passé un éphémère candidat pour les Jeux de 1976.
Matteo Renzi ne devrait en tout cas pas manquer de réitérer dans les mois qui viennent une position qu’il partage déjà avec le Président de la Région de Toscane.
Avant l’ouverture de l’édition parisienne, Eugenio Giani avait en effet évoqué la perspective d’une candidature de la Toscane, avec aussi la volonté de dépasser ce seul cadre.
Ainsi que l’avait déclaré le leader régional sur le réseau social Facebook au soir du 23 juillet dernier :
Je m’adresserai aux amis d’Émilie-Romagne pour relancer le projet olympique entre nos deux régions.
Je travaillerai pour le projet Toscana-Emilia 2036 parce que les Jeux Olympiques, comme l’a démontré le début du Tour de France depuis la Toscane, sont une occasion unique pour l’attraction mondiale.
Dans la perspective des Jeux de Paris, je suis convaincu que notre politique sportive a développé des conditions favorables pour les 10 600 clubs sportifs en Toscane et nous sommes parmi les régions avec le plus grand nombre d’athlètes à Paris.
Bien que Florence puisse le cas échéant porter les couleurs d’une candidature italienne aux Jeux d’été, il semble évident qu’un tel projet devra s’établir sur la base d’un concept régional pour bâtir des synergies avec d’autres villes et territoires qu’il conviendra d’identifier.
Ce schéma – qui renvoie au concept formalisé entre la Lombardie, le Trentin-Haut-Adige et la Vénétie pour les JO 2026 – devra en outre tenir compte des enseignements des réformes olympiques pour limiter au maximum les aménagements pérennes qui n’auraient pas d’utilité après les Jeux, tout en prenant exemple sur des projets passés et en cours, à l’instar de ce qu’à pu faire Paris pour 2024.
Nul doute que les propos des deux figures régionales du Parti Démocrate italien seront commentés et scrutés au sein du microcosme politique – en particulier par la Présidente du Conseil, Giorgia Meloni, et ses proches issus des rangs de l’extrême-droite et de la droite populiste – mais également auprès du CIO et ce, même si aucune déclaration formelle d’intérêt n’a pour l’instant été engagée par le CONI.
Sur ce dernier point, il est cependant à rappeler que le nouveau processus décisionnel pour les Futurs Hôtes permet aux prétendantes de pouvoir avancer masqués, sans devoir se dévoiler publiquement, le temps de mettre en œuvre des discussions avancées avec l’institution olympique.
Les mois à venir donneront certainement une indication quant à l’orientation que prendra le cas échéant l’Italie, à savoir poursuivre son destin olympique et paralympique en misant rapidement sur les Jeux d’été après les Jeux d’hiver de Milan-Cortina 2026, ou prendre davantage le temps de la réflexion avant de s’engager à nouveau dans une aventure de cette ampleur.
La délimitation territoriale devra de surcroît aller de pair avec une détermination calendaire. Si Matteo Renzi évoque l’échéance de 2040 et Eugenio Giani celle de 2036, il apparaît à l’heure actuelle plus envisageable de viser la plus lointaine des deux éditions, édition pour laquelle plusieurs candidatures européennes se sont d’ores et déjà positionnées de façon plus ou moins officielle.
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