JO 2036 : La boxeuse Nikhat Zareen plaide pour l’accompagnement des sportifs indiens

Alors que la candidature de l’Inde pour l’organisation des Jeux d’été de 2036 a passé un cap déterminant avec l’envoi de la lettre d’intention à destination de la Commission de Futur Hôte du Comité International Olympique (CIO), la formation des sportifs vers le haut-niveau demeure une problématique centrale pour le projet en cours de développement.

Nikhat Zareen en visite à la Tour Eiffel lors de sa venue aux Jeux Olympiques de Paris 2024 (Crédits – Nikhat Zareen / Page officielle X, ex-Twitter)

Depuis 1900, date de la première participation d’un athlète indien aux Jeux Olympiques, et plus encore depuis 1920, édition lors de laquelle une première délégation chargée de représenter le pays a figuré sur la liste des participants, l’Inde n’a récolté que 41 médailles aux Jeux d’été, incluant 10 titres, dont 8 en hockey-sur-gazon.

Sur la seule édition de Paris 2024, la délégation en lice n’a réussi à empocher que 6 breloques. Avec ce bilan sans la moindre médaille d’or, l’Inde ne s’est d’ailleurs classée qu’à une bien faible 71e place au tableau des médailles, derrière la Lituanie et devant la Moldavie.

Ce constat illustre un paradoxe. De fait, tout en étant le plus grand pays au monde sur le plan démographique, l’Inde reste paradoxalement une petite nation sur le plan des performances sportives sur la scène olympique.

Or, ce décalage pose question à l’heure où le pays se lance dans la course à l’organisation des Jeux en espérant réaliser l’exploit que parvint à faire la grande rivale régionale – la Chine – en décrochant les JO 2008.

Si la perspective de l’événement accueilli in situ peut bien sûr susciter un formidable effet tremplin, la marche à atteindre constitue tout de même un défi majeur pour l’Inde. Toute proportion gardée, la Chine a œuvré des décennies durant – dans des conditions singulières il faut en convenir – pour faire émerger des athlètes capables de rivaliser avec les meilleurs compétiteurs de la planète, avec en parallèle le développement à marche forcée d’infrastructures de pointe. Mais avant même d’obtenir l’organisation des Jeux, la Chine disposait déjà d’un solide palmarès sportif.

Aussi, l’Inde se trouve aujourd’hui à un carrefour stratégique, certains dirigeants sportifs internationaux gardant à l’esprit le fiasco de l’organisation des Jeux du Commonwealth en 2010, fiasco qui avait repoussé de plusieurs années la possibilité de voir s’installer une candidature indienne pour les JO.

Avec néanmoins un modèle de sélection complètement repensé et le dialogue élevé au rang de priorité dans les arcanes du pouvoir olympique, l’Inde peut à présent recommencer à rêver à devenir une future destination pour le plus grand événement sportif au monde.

Ces dernières années, les autorités du pays ont en tout cas préparé l’éclosion d’une candidature, Ahmedabad étant identifiée depuis au moins 2021 comme probable centre névralgique pour le déploiement d’un projet combinant nouveaux sites sportifs et aménagement du territoire que ce soit au niveau de l’urbanisme, des transports et des services à destination de la population.

Un challenge colossal, qui n’effraye toutefois pas les principaux acteurs engagés dans cette ambition olympique et paralympique, bien décidés à s’affirmer aux yeux du monde.

Visuel du concept de Parc Olympique pour Ahmedabad, Gujarat, Inde, dans la perspective des Jeux d’été de 2036 (Crédits – Gujarat Olympic Planning and Infrastructure Corporation Ltd)

Mais au-delà des chantiers à mener pour permettre la venue des Jeux, et même si l’Inde est désormais perçue comme un partenaire en devenir du Mouvement olympique, notamment en ce qui concerne les droits commerciaux et télévisés, les autorités indiennes devront immanquablement œuvrer à la mise en place d’une stratégie sportive visant à détecter les futurs talents et à accompagner les sportifs pour que ces derniers puissent être compétitifs dans l’optique et en amont des JO 2036.

Consciente de cet impératif, la boxeuse Nikhat Zareen a d’ailleurs récemment plaidé pour l’établissement de Centres de formation sous l’égide de l’Autorité Sportive Indienne (SAI) et ce, dans chacun des États composant le pays.

Ainsi que l’a affirmé dans une interview à l’agence « IANS », la double Championne du Monde (50 kg) en 2022 et 2023 :

L’accueil des Jeux Olympiques de 2036 par l’Inde sera une énorme motivation pour les athlètes.

Si nous voulons accueillir des événements majeurs comme les Jeux Olympiques, je pense que chaque État devrait avoir des Centres labellisés par la SAI. Actuellement, il n’y a que des Centres régionaux. Si j’ai besoin de m’entraîner, je dois me rendre dans des endroits comme Rohtak, Guwahati, Aurangabad, ou partout où ces Centres se trouvent.

Évoquant à juste titre sa propre expérience et les sacrifices à consentir pour atteindre le haut-niveau, Nikhat Zareen a aussi souligner que :

Si je dois lutter autant pour m’entraîner, imaginez les défis que doivent relever les jeunes pour se préparer en vue de 2036. Je prendrai ma retraite d’ici-là, mais pour eux, ce sera difficile. Convaincre leurs parents de les envoyer si loin pour s’entraîner sera un véritable challenge.

Si chaque État dispose d’un Centre SAI avec de bons entraîneurs, tout le monde en bénéficiera et nous pourrons nous concentrer sur les athlètes à l’échelon local.

La formation des jeunes athlètes doit être une priorité. La qualité des infrastructures dont ils pourront prétendre doit également être au cœur d’une stratégie globale menée à l’échelle du pays tout entier.

Sur ce point, la boxeuse indienne qui a pris part aux Jeux de Paris 2024 estime que :

La capitale de chaque État devrait avoir un bon stade et une politique sportive pour soutenir les jeunes athlètes qui n’ont pas de ressources financières stables.

En sponsorisant leur équipement au niveau local, en leur fournissant des entraîneurs de qualité et en leur donnant accès à des installations, nous pouvons leur donner un coup de pouce solide, les aider à atteindre le niveau senior et potentiellement rendre la nation fière.

Tout un programme qui illustre si besoin l’immense chantier à venir pour l’Inde dans sa quête des Jeux.


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