L’Indonésie sous la menace du CIO

En refusant l’octroi de visas d’entrée à l’équipe de gymnastique artistique israélienne en vue des 53èmes Championnats du Monde organisés par la Fédération Internationale de Gymnastique (FIG), l’Indonésie – candidate déclarée aux JO 2036 – se retrouve aujourd’hui sous la menace de possibles sanctions de la part du Comité International Olympique (CIO).

Kirsty Coventry, Présidente du CIO, lors de la réunion de la Commission Exécutive de l’institution olympique à Milan, Italie, le 19 septembre 2025 (Crédits – IOC / Francesco Scaccianoce)

Dans un contexte géopolitique des plus tendus au Proche-Orient et alors même qu’un – fragile – processus de paix a émergé ces derniers jours à l’initiative des États-Unis, l’Indonésie a affiché une franche fermeté à l’égard de l’équipe de gymnastique israélienne peu avant l’ouverture des Championnats du Monde de gymnastique artistique organisés à Jakarta du 19 au 25 octobre 2025.

De fait, en refusant l’accès à son sol aux athlètes et officiels israéliens, plus tôt ce mois-ci, l’Indonésie a souhaité rappeler sa position, n’entretenant pas de relations avec Israël et réclamant par ce dernier une reconnaissance d’un État palestinien libre et souverain.

Aussi, les autorités sportives israéliennes ont depuis tenté de contester cette décision devant le Tribunal Arbitral du Sport (TAS) et ce, au travers de deux recours.

Déposé le 10 octobre dernier, le premier a été formulé par la Fédération Israélienne de Gymnastique qui demandait expressément l’annulation de la déclaration officielle de la Fédération Internationale de Gymnastique (FIG), « prenant note » de la décision des pouvoirs publics indonésiens de ne pas délivrer de visas à la délégation israélienne. Quelques jours plus tard, le 13 octobre, un second recours fut cette fois-ci déposé à l’initiative de six gymnastes israéliens qualifiés pour les Mondiaux de Jakarta, demandant au TAS d’ordonner à la FIG de prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir la participation israélienne auxdits Mondiaux et, dans le cas d’un blocage persistant, de déplacer ou d’annuler la compétition internationale.

Or, dans une décision prononcée ce 14 octobre 2025, le TAS a rejeté les recours ainsi déposé, se fondant notamment sur la position de la FIG qui estimait ne pas avoir la compétence en matière de délivrance et de suivi de délivrance des visas.

(Crédits – NOC Indonesia)

Si la participation des gymnastes israéliens aux Championnats du Monde 2025 n’a pas été rendue possible, la décision indonésienne pourrait bien ne pas rester sans réponse de la part du CIO.

Dans un communiqué publié ce vendredi 17 octobre 2025, l’institution de Lausanne (Suisse) s’est dite préoccupée par la position de l’Indonésie, pays qui aspire depuis plusieurs années à accueillir les Jeux Olympiques et Paralympiques d’été.

Comme l’énonce le CIO :

La position de principe du CIO est très claire : tous les athlètes, équipes et officiels sportifs remplissant les critères d’admissibilité doivent pouvoir participer aux compétitions et manifestations sportives internationales, sans subir aucune forme de discrimination de la part du pays hôte, conformément à la Charte olympique et aux principes fondamentaux de non-discrimination, d’autonomie et de neutralité politique qui régissent le Mouvement olympique.

Il est donc de la responsabilité directe du pays hôte, de l’organisateur et des organisations sportives directement concernées de veiller à la pleine application de ce principe, en s’assurant que toutes les garanties requises ont été préalablement fournies par les autorités compétentes du pays hôte. Cette position a été réitérée par le CIO à de nombreuses reprises au fil des ans.

L’institution – qui pointe de facto la responsabilité tant des autorités indonésiennes que de la Fédération Internationale de Gymnastique – a par ailleurs précisé avoir engagé un dialogue auprès du Comité National Olympique et du gouvernement indonésien, avec le concours du membre du CIO dans le pays depuis 2019, Erick Thohir, sans résultat jusqu’à présent.

Mais face à l’intransigeance de l’Indonésie, le CIO pourrait prochainement hausser le ton, comme il a pu le faire par le passé à l’égard d’autres pays où une ingérence politique dans les affaires sportives a pu être constatée.

Outre la Russie et la Biélorussie dans le contexte propre au conflit ukrainien, le Koweït fut l’un d’entre eux, tout comme l’Inde, le Guatemala ou encore, l’Italie, qui aurait pu perdre gros, alors que le pays prépare activement l’organisation des Jeux d’hiver de Milan-Cortina 2026.

Dans le cas de l’Indonésie, le CIO a en tout cas d’ores et déjà fait savoir que la Commission Exécutive se pencherait sur la situation au cours de sa prochaine réunion mensuelle.

Les membres de la Commission Exécutive du CIO réunis à Milan, Italie, le 19 septembre 2025 (Crédits – IOC / Francesco Scaccianoce)

Plusieurs armes, listées au sein de la Règle 59 de la Charte olympique, sont à la disposition de l’institution et les parties pointées du doigt pourraient toutes être concernées par d’éventuelles sanctions eu égard au degré de gravité qu’estimera la Commission Exécutive.

Concernant le pays d’abord, la Commission Exécutive pourrait acter le retrait du droit d’être un Hôte intéressé ou un candidat à l’organisation des Jeux Olympiques (Règle 59, 1.7). Cela anéantirait purement et simplement l’ambition indonésienne de prétendre à l’accueil à plus ou moins long terme.

Or, l’Indonésie a eu à maintes reprises l’occasion d’émettre sa volonté d’organiser une future édition des Jeux, fixant ces dernières années l’échéance de 2036 après avoir un temps misé sur 2032.

Le pays – qui fut d’ailleurs l’un des premiers à se positionner sur 2036 après l’attribution de l’édition précédente à Brisbane et au Queensland (Australie) – a en particulier fait de son rêve olympique un leitmotiv pour le développement d’une nouvelle capitale qui, à terme, viendra remplacer Jakarta.

L’ancien Président de la République, Joko Widodo, avait à ce titre rencontré l’ancien Président du CIO, Thomas Bach, en diverses occasions, notamment lors du Sommet du G20 organisé dans le pays en novembre 2022.

A l’époque, le leader indonésien qui a quitté ses fonctions en octobre 2024 avait affirmé :

Je transmets aujourd’hui la volonté et l’empressement de l’Indonésie à accueillir les Jeux Olympiques de 2036 dans la nouvelle capitale de l’archipel.

En tant que Président du G20 en cette année 2022, avec d’autres dirigeants du G20, je souligne par ailleurs le rôle important du sport pour la santé, et pour unir le monde, surtout en ce moment.

[Le succès des prochaines éditions des Jeux Olympiques et Paralympiques] soulignera en outre l’importance de la neutralité politique dans les événements sportifs internationaux, ainsi que l’autonomie des organisations sportives.

Une déclaration de principe qui tranche considérablement avec la situation actuelle.

Pour ce qui est du CNO indonésien ensuite, l’instance exécutive du CIO pourrait prononcer une suspension (Règle 59, 1.4, a), voire le retrait de la reconnaissance provisoire (Règle 59, 1.4, b), ce qui pourrait priver l’Indonésie de toute participation aux Jeux de 2026 et potentiellement au-delà, sachant que la sanction ultime reste le retrait de la reconnaissance définitive (Règle 59, 1.4, c), retrait qui ne peut toutefois être engagé que par la Session du CIO.

Si la Commission Exécutive peut aussi envisager des sanctions à l’égard des autorités publiques et sportives indonésiennes, elle pourrait également choisir de sanctionner la Fédération Internationale de Gymnastique.

Cette option reste néanmoins peu probable dans le cas présent, sauf à considérer que l’annulation ou le retrait des Mondiaux de gymnastique aurait pu être décidé et conduit par la FIG malgré l’imminence de l’événement.

En imaginant que la Commission Exécutive décide de s’engager sur cette voie, plusieurs options se présentent à elle, notamment le retrait de la reconnaissance provisoire (Règle 59, 1.2, c), la reconnaissance définitive restant la prérogative de la Session. Plus hypothétiques encore, l’instance olympique pourrait s’orienter vers un retrait (Règle 59, 1.2, a) ou une suspension (Règle 59, 1.2, b) du programme des Jeux Olympiques, ce qui exclurait la gymnastique – pourtant sport-phare dudit programme – des JO 2028.

L’ancien Président du Comité International Olympique, Thomas Bach, avec l’ex-Président de la République d’Indonésie, Joko Widodo, et le membre du CIO, Erick Thohir, en marge du Sommet du G20 organisé en 2022 à Bali (Crédits – IOC / Greg Martin)

Le CIO pourrait aussi, par l’intermédiaire de sa Commission Exécutive, ne prononcer qu’un simple avertissement à l’égard des parties concernées et ce, dans une volonté de ne pas rajouter de la crise à une situation périlleuse et inflammable au sens où les appels au boycott ou à l’exclusion des équipes sportives israéliennes pourraient trouver un nouvel écho.

Quoiqu’il en soit, le CIO entend poursuivre autant que possible sa mission de préservation du sport face aux intérêts extérieurs.

Ainsi que l’a résumé l’institution dans son communiqué de cette fin de semaine :

Le sport doit demeurer un espace sûr, où les athlètes peuvent réaliser leurs rêves, sans être tenus responsables des décisions politiques prises.

Il n’empêche, avec ou sans sanctions, la situation vécue ces derniers jours par les gymnastes israéliens devraient immanquablement laisser des traces dans les relations diplomatico-sportives entre le CIO et l’Indonésie.

Bien que le processus de sélection des Futurs Hôtes des Jeux soit actuellement en suspens, il semble en effet acquis que l’Indonésie – même si elle a in fine la possibilité de candidater – a aujourd’hui hypothéqué ses chances de décrocher les anneaux olympiques.

Des chances qui s’étaient déjà réduites ces dernières années, notamment dès l’été 2023, au cours duquel le pays avait renoncé à abriter la deuxième édition des Jeux Mondiaux de Plage – les World Beach Games – sous la supervision de l’Association des Comités Nationaux Olympiques (ANOC), altérant en conséquent le crédit de l’Indonésie sur la scène olympique.


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